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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202244

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202244

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSANCHEZ-RODRIGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 octobre 2022 et le 14 février 2023, M. C E A, représenté par Me Sanchez-Rodriguez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2022 par lequel la préfète des Landes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Landes de procéder à son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à venir et, dans l'attente de ce réexamen, de lui remettre un récépissé sans délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6 de l'accord-franco algérien ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits enfants ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, celle fixant le délai de départ volontaire l'est aussi.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, celle fixant le pays de renvoi l'est aussi.

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et son droit au respect de sa vie familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2023, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu lors de l'audience publique le rapport de Mme Corthier.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E A, de nationalité algérienne, né le 19 octobre 1989, est entré sur le territoire français le 22 avril 2016 muni d'un visa Schengen court séjour valable du 15 mars 2016 au 10 septembre 2016. Il a sollicité, le 21 décembre 2021 auprès de la préfecture des Landes une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 29 août 2022, la préfète des Landes a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

S'agissant du défaut d'examen :

2. Il ressort des motifs de la décision attaquée que la préfète des Landes a examiné si la situation personnelle et familiale de M. A était de nature à lui ouvrir droit à la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi, elle a notamment relevé qu'il était resté en situation irrégulière sans demander de titre de séjour après la fin de validité de son visa, qu'il n'apportait pas la preuve d'un empêchement pour retourner dans son pays d'origine et solliciter un regroupement familial dans le cadre de la procédure réglementaire classique, qu'il n'apportait que très peu de documents prouvant sa présence en France depuis 2016 et que son épouse avait déclaré en 2018 que son mari avait quitté le territoire français, que la promesse d'embauche dont il se prévalait ne mentionnait pas le type de contrat et n'était accompagnée d'aucun document concernant l'entreprise. En outre, la préfète des Landes relève notamment qu'il n'apporte aucun élément sur son intégration en France, qu'il a été condamné à deux reprises pour des faits de " conduite d'un véhicule ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ", " usage illicite de stupéfiants, " conduite d'un véhicule sans permis " et " refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter ", qu'il ne justifie pas du caractère exceptionnel de sa situation et ne fait valoir aucune considération humanitaire. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète des Landes n'aurait pas procédé à un examen complet et approfondi de sa situation personnelle et familiale avant de prendre la décision attaquée, la circonstance qu'elle a considéré que les avis d'impôt sur les revenus qu'il avait transmis n'étaient pas suffisants pour attester d'une présence en France depuis 2016 ne saurait suffire à démontrer qu'elle n'aurait pas examiné sa situation avant de prendre la décision attaquée.

S'agissant de l'atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6 de l'accord franco-algérien :

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

4. En premier lieu, M. A se prévaut de sa résidence habituelle en France depuis avril 2016 soit une durée de six ans à la date de la décision attaquée. Il ressort des pièces du dossier que par attestations datant de décembre 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques certifie que M. A et son épouse ont bénéficié de prestations, notamment d'allocation de logement, de prime d'activité et de revenu de solidarité active, d'avril 2016 à décembre 2016, en mars 2017, en juin 2017, de janvier 2018 à mars 2018, en octobre 2018, et enfin de décembre 2019 à novembre 2021. Ces documents, concernant des périodes discontinues d'avril 2016 à novembre 2021, ne peuvent être regardés comme établissant la présence continue du requérant sur le territoire français depuis 2016. Par ailleurs, M. A justifie d'avis d'impôt sur les revenus au titre des revenus de son foyer des années 2016, 2017, 2018, 2019, 2020 et 2021. Cependant, ces avis font état uniquement de revenus déclarés de son épouse et ainsi n'établissent pas sa présence en France. Enfin, M. A produit des courriers de la caisse primaire d'assurance maladie de Bayonne du 15 décembre 2016 et du 12 janvier 2018 accusant réception de sa demande d'aide médicale d'Etat, du 5 janvier 2017 l'informant de l'obtention de cette aide, et du 19 novembre 2019 l'informant de l'échéance de ses droits à cette aide au 30 janvier 2020. Ces documents n'établissent pas non plus la présence continue de M. A sur le territoire français depuis avril 2016.

5. En deuxième lieu, il est constant que son épouse, Mme B D, de nationalité algérienne, dispose d'un certificat de résidence sur le territoire français valable jusqu'en 2026.

6. En troisième lieu, M. A fait état du caractère ancien et stable de sa relation avec son épouse avec laquelle il s'est marié le 30 août 2012. Il ressort des pièces du dossier que le 30 août 2012, M. A et Mme D se sont mariés en Algérie. En revanche, ainsi qu'il a été dit précédemment, les documents analysés au point n° 4 ne permettent pas de regarder comme établie la vie commune de ce couple en France depuis l'entrée sur le territoire du requérant en avril 2016.

7. En quatrième lieu, M. A se prévaut de la naissance et de la scolarisation en France de ses deux filles. Il ressort des pièces du dossier que les époux A ont deux filles nées respectivement le 3 juin 2017 et le 26 juin 2018 à Bayonne. Par attestations du 22 octobre 2021 et du 16 septembre 2022, le directeur de l'école maternelle publique Pauline Kergomard certifie que les deux enfants du couple sont scolarisés au sein de cette école pour les années scolaires 2021-2022 et 2022-2023. Si M. A fait état d'un bordereau de situation de la totalité des produits locaux dus à la trésorerie de Saint-Martin-de-Seignanx arrêté au 15 septembre 2022, ce document ne justifie pas de la participation du requérant à l'entretien de ses filles dans la mesure où il fait état des sommes dues, recouvrées ou restant dues par M. A au titre des frais de cantine et de crèche - garderie pour les années 2020 à 2022. Par ailleurs, la promesse d'embauche du 4 octobre 2021 par une entreprise de plomberie dont se prévaut le requérant, ne peut être regardée comme prouvant sa participation à l'entretien de ses enfants. Dès lors M. A n'établit pas sa participation à l'éducation et à l'entretien de ses filles.

8. En cinquième lieu, M. A ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans et où résident sa mère et ses quatre frères. Il ne justifie pas de tentative d'intégration socio-professionnelle sur le territoire national, à l'exception de la promesse d'embauche du 4 octobre 2021 par une entreprise de plomberie qui n'a pas été suivie des formalités requises. Par ailleurs, il n'est pas davantage établi que M. A et son épouse ne puissent pas poursuivre leur vie familiale en Algérie, pays dont ils ont tous les deux la nationalité, avec leurs deux enfants, ni que ces derniers ne pourraient y poursuivre leur scolarité. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le 3 novembre 2017, Mme A a formé une demande tendant au bénéfice des dispositions relatives au regroupement familial. Par décision du 5 avril 2018, le préfet des Landes a rejeté cette demande, confirmée par décision du 13 mai 2019. La requête de Mme A contre cette décision a été rejetée par jugement du 18 juin 2020 n° 1800983, confirmée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 23 février 2021 n° 20BX02669.

9. En sixième et en dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par le tribunal de grande instance de Dax le 11 septembre 2019 à une amende et à une obligation d'accomplir un stage de sensibilisation aux dangers de l'usage de produits stupéfiants pour des faits de " conduite d'un véhicule ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ", " usage illicite de stupéfiants, " conduite d'un véhicule sans permis " puis par le tribunal judiciaire de Bayonne le 5 mai 2021 à une amende et à une suspension de permis de conduire pendant trois mois pour récidive d'" usage illicite de stupéfiants " et pour " refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter ". Par suite, il s'ensuit que dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète des Landes aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale et aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

S'agissant de l'intérêt supérieur de l'enfant :

10. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

11. Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée n'a ni pour effet, ni pour objet de séparer M. A de ses deux enfants qui ont la même nationalité que lui, ainsi que son épouse. La circonstance que ses deux enfants soient scolarisés en France en école de maternelle ne fait pas obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie, dont tous les membres sont ressortissants, et à ce que ses enfants y poursuivent leur scolarité. En outre, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il n'est pas établi que M. A participe à l'entretien et à l'éducation de ses filles, ni qu'il ait été présent sur le territoire français depuis avril 2016. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

S'agissant de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté :

13. Pour les mêmes motifs que ceux développés aux points n° 4 à n° 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant un délai de départ volontaire :

14. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. D'une part, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

16. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point n° 12, le moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et à son droit au respect de sa vie familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits enfants doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du 29 août 2022 de la préfète des Landes ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête ne peuvent également qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la préfète des Landes, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E A et à la préfète des Landes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Neumaier, conseillère,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

Z. CORTHIER

La présidente,

Signé

M. SELLES

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne à la préfète des Landes, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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