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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202277

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202277

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202277
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantDUMAZ ZAMORA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2022, M. C D A représenté par Me Dumaz Zamora, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision figurant dans le courrier du 18 août 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande d'admission au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans cet intervalle, de le munir d'un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et ne permet pas de s'assurer que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- il a méconnu les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, ainsi que l'a jugé la cour administrative d'appel de Bordeaux dans son arrêt du 16 octobre 2022, sa présence ne saurait caractériser une menace pour l'ordre public ; l'ensemble des enquêtes ouvertes à son encontre ont été classées sans suite, le procureur de la République a fait droit à la majorité de ses demandes d'effacement des mentions contenues dans le fichier TAJ et un recours a été déposé devant le président de la chambre d'instruction pour les mentions restantes ;

- il a également méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a enfin méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- les conséquences de la décision attaquée sont manifestement disproportionnées quant à sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ailleurs, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portès,

- et les observations de Me Dumaz Zamora représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D A, né le 24 juillet 2003 à Conakry (Guinée), est entré irrégulièrement en France à la fin de l'année 2017 ou au début de l'année 2018, à l'âge de 14 ans. Pris en charge par le département des Pyrénées-Atlantiques au titre de l'aide sociale à l'enfance, il a été accueilli au sein de la maison d'accueil à caractère social (MECS) Pyrénées Actions Jeunesse, qu'il a quittée le 24 juin 2021. Le 22 septembre 2021, il a été placé en garde à vue pour des faits d'usage de produits stupéfiants. Il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français émise le 23 septembre 2021 par le préfet des Pyrénées-Atlantiques et, par un arrêt n° 22BX01063 du 6 octobre 2022, la cour administrative d'appel de Bordeaux a confirmé la légalité de cette décision mais a annulé la décision portant interdiction de retour également prise à l'encontre de M. A. L'intéressé a sollicité le 8 mai 2022, son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-22, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision du 18 août 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle mentionne notamment les articles L. 423-22, L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circonstance que M. A ne s'est pas " inscrit dans un réel processus d'intégration " et qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 23 septembre 2021 dont la légalité a été validée par jugement n° 2102571 du présent tribunal et qu'une instance non suspensive est pendante devant la cour administrative d'appel de Bordeaux. Dans ces conditions, et quand bien même la décision attaquée, qui n'avait pas à faire figurer l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, ne mentionne pas les attestations de suivi de la mission locale des Pyrénées-Atlantiques des 3 et 10 mai 2022 et la circonstance que M. A s'est préinscrit, le 3 mai 2022, à une formation " plaquiste plâtrier ", le moyen tiré du défaut de motivation ainsi que celui tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation, tels que soulevés, doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement en France avant l'âge de quinze ans, soit près de quatre ans avant la décision attaquée. Hormis une attestation de sa présence en classe du certificat d'aptitude professionnelle peinture du lycée des métiers et de l'habitat et industrie de Gelos, du 3 septembre 2018 au 7 juillet 2019, et d'une convention de stage et d'un contrat d'apprentissage réalisés dans ce cadre, des attestations de suivi de la mission locale des Pyrénées-Atlantiques des 3 et 10 mai 2022 et sa préisncription, le 3 mai 2022, à une formation " plaquiste plâtrier ", il n'apporte aucun élément de nature à justifier des liens privés et familiaux qu'il aurait tissé en France. En outre, le requérant ne démontre nullement qu'il serait dépourvu de toute attache en Guinée où il a déclaré avoir des liens, lors de son audition du 23 septembre 2021 d'une enquête de flagrance. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision portant refus de titre de séjour méconnaîtrait les dispositions et stipulations précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et aurait des conséquences disproportionnées sur la situation de M. A, doivent être écartés.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité caractérisée par des difficultés de recrutement et figurant sur la liste établie au plan national par l'autorité administrative, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il lui appartient d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément sur la situation personnelle de l'étranger, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

7. Les circonstances que M. A est entré irrégulièrement en France avant l'âge de quinze ans, y réside depuis plus de quatre ans et est inscrit dans une formation professionnelle ne suffisent pas à constituer une considération humanitaire ni un motif exceptionnel au sens et pour l'application des dispositions précitées. Ainsi les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste dont serait entachée la décision litigieuse, doivent être écartés.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".

9. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté la demande de titre de séjour de M. A au motif que celui-ci faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 23 septembre 2021 dont la légalité a été confirmée par jugement n° 2102571 du présent tribunal et qu'une instance non suspensive était pendante devant la cour administrative d'appel de Bordeaux.

10. Au surplus, il ressort des pièces du dossier, notamment du courrier du procureur de la République du 27 juin 2022, que M. A est défavorablement connu des services de police pour des faits d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public, commis en février 2020, pour des faits réitérés de complicité de vol et de recel de biens provenant de délits punis d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement, commis au cours des années 2020 et 2021, ainsi que plus récemment, pour des faits de viol sur un mineur de plus de quinze ans, qui auraient été commis le 23 juin 2021. S'il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment pas des mentions de la décision attaquée, que M. A a fait l'objet de condamnations à ce titre et s'il est précisé par le requérant que certaines de ces mentions ont fait l'objet d'un effacement du fichier du traitement des antécédents judiciaires, compte tenu de la nature de ces infractions et délits, du caractère répété de certains d'entre eux et de leur aggravation, le préfet des Pyrénées-Atlantiques, dont la décision pouvait être fondée sur les seuls motifs sus-indiqués, pouvait mentionner le comportement reproché au requérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par le requérant, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête ne peuvent également qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont le requérant demande le versement à son conseil sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller,

Mme Portès, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

E. PORTES

La présidente,

Signé

S. PERDU La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

N°2202277

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