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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202289

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202289

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantHUGON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2022, sous le n° 2202289, M. A D, représenté par Me Hugon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 9 décembre 2019 du silence gardé par le préfet des Hautes-Pyrénées sur sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre à cette même autorité de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2022.

II. Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2022, sous le n° 2202290, Mme B E épouse D, représentée par Me Hugon, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 9 décembre 2019 du silence gardé par le préfet des Hautes-Pyrénées sur sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à défaut, d'enjoindre à cette même autorité de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous la même astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Crassus, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant arménien né le 26 février 1979 à Erevan en Arménie, est entré en France, selon ses déclarations le 8 octobre 2014, accompagné de son épouse Mme B E et de ses trois enfants. Il a présenté une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 17 avril 2009, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 19 février 2010. Ils ont formulé le 8 août 2019 une demande de titre de séjour portant la mention " visiteur ". Sans réponse de l'administration, M. D et son épouse Mme E épouse D demandent au tribunal d'annuler les décisions par lesquelles le préfet des Hautes-Pyrénées a implicitement refusé de leur délivrer un titre de séjour.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2202289 et n° 2202290 concernent la situation d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

4. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme E épouse D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". L'article R. 432-2 du même code précise que : " La décision implicite mentionnée à l'article R* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".

6. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans le cas où une décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D et Mme E épouse D ont présenté une demande de titre de séjour datée du 8 août 2019. Par ailleurs, un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 13 juin 2022 a été délivré à Mme E épouse D. Le silence gardé par l'administration sur ces demandes a fait naître, au terme d'un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet en application des dispositions précitées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courrier du 5 mai 2022, M. D et Mme E épouse D ont sollicité auprès du préfet des Hautes-Pyrénées la communication des motifs de leur décision de refus de séjour. Il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'un accusé de réception comportant les mentions prévues par les textes rappelés ci-dessus ait été délivré aux requérants au moment de leur demande de titre de séjour de telle sorte qu'aucun délai de recours contentieux n'était opposable à leur demande de communication de motifs, ni que le préfet des Hautes-Pyrénées aurait répondu à une telle demande. Par suite, en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, les requérants sont fondés à soutenir que les décisions nées du silence gardé par le préfet des Hautes-Pyrénées sur leur demande de titre de séjour sont entachées d'un défaut de motivation.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, les décisions implicites de rejet nées le 9 décembre 2019 du silence gardé par le préfet des Hautes-Pyrénées sur la demande de titre de séjour de M. D et de Mme E épouse D doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

11. Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu, qu'il soit enjoint au préfet des Hautes-Pyrénées de réexaminer les demandes de titre de séjour présentées par M. D et Mme E épouse D dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement et de leur délivrer un récépissé autorisant leur présence sur le territoire le temps du réexamen de leur demande, lequel ne leur permettra toutefois pas de travailler. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'astreinte présentées par les requérants.

Sur les frais de l'instance :

12. M. A D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Hugon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hugon de la somme globale de 2 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Mme E épouse D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les décisions implicites par lesquelles le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D et Mme E épouse D sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Pyrénées de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. D et Mme E épouse D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer, dans l'attente de ce réexamen, un récépissé de demande de titre de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Hugon, conseil de M. D et Mme E épouse D, une somme de 2 000 (deux mille) euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Hugon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. A D, à Mme B E épouse D et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Neumaier, conseillère,

Mme Crassus, conseillère,

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

L. CRASSUS

La présidente,

Signé

M. SELLESLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

Nos 2202289,2202290

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