vendredi 21 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202315 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ROMAZZOTTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Romazzotti, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
-elle est insuffisamment motivée
-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
-elle est insuffisamment motivée
-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
-elle est insuffisamment motivée
-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme E en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 octobre 2022 :
- le rapport de Mme Dumez-Fauchille, magistrate désignée ;
- les observations de Me Romazzotti, représentant M. A, assisté de Mme B, interprète, qui reprend les conclusions et développe les moyens développés dans sa requête. En outre, elle conclut à ce que M. A soit admis à l'aide juridictionnelle provisoire et soutient que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi de délai de départ volontaire sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité algérienne, est entré irrégulièrement en France en 2020, selon ses déclarations. Par arrêté du 16 octobre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fait obligation à M. A de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, de faire droit à la demande de M. A tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
5. La décision attaquée vise L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et cite le 1° de cet article. Elle se fonde en outre sur ce que l'intéressé ne justifiait pas être entré régulièrement en France ni avoir sollicité la régularisation de sa situation administrative depuis son entrée sur le territoire français, sur ce qu'il n'est par ailleurs détenteur d'aucun document en cours de validité autorisant son séjour dans un autre Etat de l'espace Schengen, et sur ce qu'il n'établit pas remplir les conditions requises par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 pour l'obtention de plein droit d'un certificat de résidence. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ".
8. Si M. A, entré irrégulièrement en France en 2020 selon ses déclarations soutient avoir entamé des démarches en vue de régulariser sa situation, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations et admet, en tout état de cause, ne pas être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de cette décision. () ". Aux termes de l'article L.612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;() ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ". Aux termes de l'article L.613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
10. La décision attaquée vise notamment les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se fonde sur le risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dès lors que, entré irrégulièrement sur le territoire français, il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a déclaré explicitement son intention de ne pas se conformer à une éventuelle mesure d'éloignement, et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Par suite, cette décision est suffisamment motivée en droit et en fait.
11. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A
12. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français et, qu'à la date de la décision attaquée, il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'octroyer un délai de départ volontaire sur ce motif, lequel permettait à lui seul de prendre la décision attaquée.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
14. La décision attaquée vise l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se fonde sur ce que M. A, de nationalité algérienne, ne justifie pas être exposé à des traitements visés à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans l'hypothèse d'un renvoi dans son pays d'origine.
15. En second lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
17. Si le préfet fait valoir que le comportement de M. A présente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il est défavorablement connu des services de police, pour des faits de vente à la sauvette, détention frauduleuse en vue de la vente de tabac manufacturé, recel habituel de bien provenant d'un vol, violation de domicile, vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, il se borne, à cet égard, à produire des extraits du fichier automatique des empreintes digitales. Toutefois, un tel document permet seulement de constater que M. A a été entendu par des services d'enquête pour ces faits, il ne permet pas, en revanche, d'établir que les infractions considérées auraient, à l'issue de l'enquête, étaient jugées suffisamment caractérisées pour donner lieu à des poursuites pénales, alors, au surplus, que le requérant soutient que ces faits ne sont pas avérés et qu'ils n'ont jamais donné lieu à une quelconque condamnation. Dans ces conditions, en estimant que la présence de M. A sur le territoire français créait une menace pour l'ordre public, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a commis une erreur d'appréciation. Si la décision attaquée doit tenir compte de l'ensemble des quatre critères rappelés au point précédent, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet des Pyrénées-Atlantiques aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur l'existence d'une menace à l'ordre public présentée par le comportement de M. A. Par suite, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
18. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 16 octobre 2022, seulement en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
D E C I D E :
Article 1er : M. C A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision de l'arrêté du 16 octobre 2022 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulée.
Article 3 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. A et au préfet des Pyrénées-Atlantiques. Copie en sera adressée à Me Romazzotti.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.
La magistrate désignée,
Signé
V. E
La greffière,
Signé
M. D
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière,
Signé
M. D
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026