mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202317 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | SELARL DUTIN FREDERIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2022, Mme D E, représentée par Me Dutin, demande au tribunal d'annuler la décision du 21 juin 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Landes lui a notifié des indus de diverses prestations dont des indus de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant total de 823,23 euros et un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 18 421,80 euros.
Elle soutient que :
- la communauté de vie avec M. C n'est pas caractérisée dès lors qu'il n'y a eu aucune reprise de vie commune depuis leur séparation le 16 mars 2015 ;
- si celui-ci est parfois présent à son domicile, c'est uniquement pour assumer son rôle de père auprès de leurs deux enfants handicapés, alors qu'il ne bénéficie pas d'un logement fixe ;
- M. C a été hébergé chez M. D pendant la période du 1er février 2019 au 1er février 2022 ;
- les échanges financiers qui ont eu lieu ont eu pour seul objet de rembourser les courses que M. C a pu faire pour ses enfants, ce qui ne permet pas de caractériser une communauté d'intérêts financiers.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 3 juillet 2023 et 4 avril 2024, la caisse d'allocations familiales des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la communauté d'intérêts avec M. C est établie dès lors que la consultation des relevés de compte des intéressés laisse apparaître des transactions financières mensuelles régulières et que le contrat de location est toujours établi aux deux noms ;
- la requérante a reconnu, lors de sa garde à vue en date du 3 mars 2022, avoir procédé à de fausses déclarations en se déclarant mère isolée alors qu'elle vivait au quotidien avec M. C, avant de revenir sur ses déclarations lors de son entretien avec le contrôleur assermenté le 14 avril suivant ;
- le pôle social du tribunal judiciaire de Mont de Marsan a débouté la requérante de l'ensemble de ses demandes en jugeant que l'indu notifié le 21 juin 2022 était fondé.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code civil ;
- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme MADELAIGUE en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de Mme MADELAIGUE a été entendu, puis les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D E s'est vue notifier le 21 juin 2022 par la caisse d'allocations familiales (CAF) des Landes des indus de diverses prestations d'un montant total de 36 881,24 euros. Par une décision du 5 décembre 2022, le directeur de la CAF des Landes a retenu le caractère frauduleux de la non-déclaration par la requérante de la reprise de vie commune avec son ex-compagnon M. C depuis au moins le 1er janvier 2019. Par la présente requête, Mme E qui indique vouloir saisir en parallèle le pôle social du tribunal judiciaire de Mont de Marsan pour la part d'indu correspondant à un trop perçu d'allocation de soutien familial, doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 21 juin 2022 en tant qu'elle lui notifie des indus de revenu de solidarité active d'un montant de 18 421,80 euros et de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 823,23 euros.
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou de prime exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. Pour apprécier le bien-fondé de cette décision, il examine les droits du requérant au cours de la période ayant donné lieu au constat de l'indu, au regard des textes applicables à cette période.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu garanti est calculé, pour chaque foyer, en faisant la somme : / 1° D'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer ; / 2° D'un montant forfaitaire, dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du revenu garanti () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Selon l'article L. 262-9 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges () ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. La vie maritale peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
4. D'autre part, aux termes de l'article 3 du décret du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019 () ". Des dispositions similaires ont été édictées par le décret du 29 décembre 2020 pour l'aide exceptionnelle de fin d'année servie au titre de l'année 2020 et par le décret du 15 décembre 2021 pour l'aide exceptionnelle de fin d'année servie au titre de l'année 2021. Aux termes de ces dispositions, un versement indu de l'aide exceptionnelle attribuée à un allocataire du revenu de solidarité active au titre de cette allocation doit être regardé comme relevant des " sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active " au sens de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles.
5. Mme E conteste l'existence d'une communauté d'intérêt entre M. C et elle, et fait valoir que si des échanges financiers réguliers ont eu lieu entre eux à compter du mois de janvier 2019, ces échanges n'ont concerné que des remboursements de courses que M. C a pu faire pour ses enfants. Il résulte toutefois de la synthèse des relevés des comptes Nickel de Mme E et de M. C, récapitulés dans le jugement du 23 juin 2023 du tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan, saisi sur l'indu d'allocation de soutien familial, que ces échanges étaient réguliers et réciproques, qu'ils étaient effectués pour des montants variant entre 100 et 1 200 euros et ne concernaient pas uniquement les courses relatives aux enfants, représentant ainsi une communauté d'intérêt financier et matériel. D'autre part, il ressort du rapport d'enquête établi le 25 mai 2022 par un contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales des Landes, que le contrat de location immobilier était toujours établi aux noms de Mme E et de M. C. si Mme E soutient que M. C était parfois présent à son domicile afin " d'assumer son rôle de père ", mais qu'il ne vivait plus chez elle, les attestations qu'elle produit, notamment celles de M. A et Mme B indiquant que M. C est sans domicile fixe et ne vit plus avec Mme E, et celle de M. D qui indique avoir hébergé M. C à titre gratuit du 1er février 2019 au 1er février 2022, qui ne sont au demeurant pas accompagnées des pièces d'identité de leurs auteurs, établies pour les besoins de la cause, sont dénuées de valeur probante et ne sauraient suffire à corroborer les allégations de la requérante. Mme E ne démontre pas davantage l'absence d'une vie commune avec M. C en produisant des attestations d'élection de domicile de M. C au centre communal d'action sociale de Mont de Marsan, qui ne constitue qu'une boite postale, d'autant que la requérante avait indiqué dans un courrier du 5 mai 2022 adressé au contrôleur de la CAF que M. C passait l'essentiel de ses journées à son domicile et avait déclaré à l'officier de police judiciaire assermenté, lors de son audition en date du 3 mars 2022 : " () je voudrai vous faire des déclarations spontanées car je vous ai menti. J'ai réfléchi cette nuit et je préfère dire la vérité et assumer. Tout d'abord, je reconnais avoir fait de fausses déclarations auprès de la CAF afin d'obtenir des aides auxquelles je ne peux normalement prétendre, je m'explique : je me suis déclarée en mère isolée avec mes deux enfants afin de toucher plus d'argent alors qu'en réalité je vis au quotidien avec Titi () " confirmant ainsi les constatations du rapport d'enquête de la CAF des Landes. Ainsi, l'administration établit par un faisceau d'indices suffisant l'existence d'une vie commune, caractérisée par la résidence commune de Mme E et de M. C à la même adresse et par une communauté d'intérêt financier à compter du 1er janvier 2019 au moins.
6. Il résulte de ce qui précède que les indus de RSA et de prime exceptionnelle de fin d'année sont fondés. Par suite, les conclusions de Mme E tendant à l'annulation de la décision du 21 juin 2022 en tant qu'elles concernent le revenu de solidarité active et les indus de prime exceptionnelle de fin d'année doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme D E et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie pour information en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Landes.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 07 mai 2024
La magistrate désignée,
F. MADELAIGUELa greffière,
S. YNIESTA
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
No 2202317
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026