jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202333 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 2 |
| Avocat requérant | SP AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Pather, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 août 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de son permis de conduire serbe contre un permis de conduire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de procéder à l'échange de son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, et subsidiairement de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 440 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision attaquée ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route et de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que la décision du 18 août 2022 a été abrogée et l'instruction de la demande du requérant rouverte.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme E été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 14 février 2024 à 11 heures en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant serbe entré en France en septembre 2017, a sollicité le 3 mars 2022 l'échange de son permis de conduire serbe délivré le 13 octobre 2021 contre un permis de conduire français. L'administration lui a refusé cet échange le 18 août 2022 au motif que sa demande n'avait pas été présentée dans le délai d'un an suivant la date de début de validité de son premier titre de séjour. M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Par une décision du 16 décembre 2022, communiquée au tribunal dans le cadre de l'instance, le préfet de la Loire-Atlantique a abrogé sa décision du 18 août 2022. Toutefois, cette décision a produit des effets juridiques, qui n'ont pas disparu, en privant M. A du droit à conduire. Il s'ensuit que la demande de M. A tendant à l'annulation de la décision du 18 août 2022 n'a pas perdu son objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée pour le préfet de la Loire-Atlantique par Mme B D, directrice du centre d'expertise ressources titres (CERT) échange de permis de conduire étrangers, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 12 octobre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
4. En second lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ". L'arrêté pris en application de cet article en vigueur à la date de la décision attaquée est l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen. Aux termes du I de l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 : " I. ' Tout titulaire d'un permis de conduire délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit obligatoirement demander l'échange de ce titre contre un permis de conduire français dans le délai d'un an qui suit l'acquisition de sa résidence normale en France. ".
5. L'article 15 de l'arrêté précité du 12 janvier 2012 a abrogé l'article 6 du précédent arrêté du 8 février 1999 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen. L'article 6 de l'arrêté du 8 février 1999 disposait que : " Tout titulaire d'un permis de conduire national doit obligatoirement demander l'échange de ce titre contre le permis français pendant le délai d'un an qui suit l'acquisition de sa résidence normale en France, la date d'acquisition de cette résidence étant celle d'établissement effectif du premier titre de séjour ou de résident. / Ce délai pourra, le cas échéant, être prolongé de la durée des séjours impliquant changement de résidence que le titulaire du permis aura pu effectuer postérieurement à l'étranger. / En outre, si, à l'occasion du retour en France, un nouveau titre de séjour ou de résident lui est délivré, le délai d'un an courra à compter de la date d'établissement de ce titre correspondant à la nouvelle acquisition de la résidence normale en France. / Enfin, l'échange demeure possible ultérieurement si, pour des raisons d'âge ou pour des motifs légitimes d'empêchement, il n'a pu être effectué dans le délai prescrit. ".
6. La décision attaquée est fondée sur le motif tiré de ce que la demande d'échange de permis de conduire a été déposée par M. A au-delà du délai d'un an suivant la date de validité de son premier titre de séjour, le 3 mars 2022, en méconnaissance de l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen. M. A soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article R. 222-3 du code de la route et de l'arrêté du 12 janvier 2012 dès lors que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 15 octobre 2019, ne lui a pas permis d'effectuer sa demande d'échange de permis de conduire dans le délai prescrit par l'article R. 222-3 du code de la route, qu'il n'a de nouveau acquis sa résidence en France que le 12 mars 2021, date d'obtention d'un nouveau titre de séjour. Toutefois, dès lors qu'il ne ressort pas du dossier que M. A aurait quitté le territoire français pendant cette période de plus d'un an où il n'était plus titulaire d'un titre de séjour, il ne peut être regardé comme justifiant d'une interruption effective de sa résidence normale en France ni, par suite, d'un nouvel établissement sur le territoire national susceptible de lui permettre de bénéficier d'un nouveau délai d'échange. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que l'administration a fait une inexacte application des dispositions précitées en rejetant sa demande.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Loire-Atlantique du 18 août 2022 doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme dont M. A demande le paiement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
La magistrate désignée,
Signé
F. ELa greffière,
Signé
S. YNIESTA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
No 2202333
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026