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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202375

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202375

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantTHOMAS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Procédure devant le tribunal administratif de Bordeaux :

Par une ordonnance de renvoi du 17 octobre 2022, la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a transmis au tribunal administratif de Pau la requête, présentée par la commune de Saint-Barthélémy-d'Agenais, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Bordeaux le 13 octobre 2022, sous le n° 2205473.

Procédure devant le tribunal administratif de Pau :

Par cette requête, enregistrée le 18 octobre 2022, la commune de Saint-Barthélémy-d'Agenais, représenté par Me Tandonnet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les ordonnances du 19 septembre 2022 n°2100389 par lesquelles la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a taxé à la somme de 7 152,84 euros le montant des frais et honoraires de l'expertise confiée à M. D E et à la somme de 4 330,60 euros le montant des frais et honoraires de l'expertise confiée à M. G A et mis à sa charge la totalité de ces frais et honoraires ;

2°) à titre principal, de mettre les frais et honoraires des expertises à la charge de M. et Mme B ;

3°) à titre subsidiaire, de mettre les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. D E à la charge exclusive de M. et Mme B et de mettre les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. G A, pour moitié à sa charge et pour moitié à la charge de M. et Mme B.

Elle soutient que :

- l'expertise est lacunaire de sorte qu'elle ne permet pas d'établir un lien de causalité entre les désordres constatés par les époux B et les travaux publics qu'elle a réalisés ; la démolition du mur de la mairie a eu pour conséquence de ne plus protéger la propriété des époux B des intempéries mais il ne s'agissait pas d'un mur mitoyen et c'est aux propriétaires que revient la charge d'assurer l'étanchéité de leur propriété ;

- elle n'est pas à l'origine de la demande d'expertises ; ces dernières étaient utiles aux requérants, ce qui justifie que les frais et honoraires soient mis à leur charge ;

- seule l'expertise diligentée par le sapiteur est susceptible de présenter une utilité pour la commune, justifiant une éventuelle mise à sa charge de seulement la moitié des frais et honoraires de cette expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, M. F B et Mme H B, représentés par Me Thomas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Barthélémy-d'Agenais la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, M. E et M. A, représentés par Me Devaux, conclut à ce que les ordonnances du 19 septembre 2022 soient confirmées en ce qu'elles ont fixé la rémunération due à M. E à hauteur de 7 152,84 et celle due à M. A à hauteur de 4 330,60 euros, et à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Barthélémy-d'Agenais la somme de 2 000 euros, à verser à chacun des experts, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les frais et honoraires fixés correspondent au travail effectué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sellès, présidente,

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de travaux de démolition réalisés en 2019 par la commune de Saint-Barthélémy-d'Agenais, M. et Mme B ont constaté l'apparition de désordres sur leur maison. Ils ont saisi le tribunal administratif de Bordeaux d'une requête en référé expertise. Par une ordonnance du 19 mai 2021, M. D E a été désigné comme expert afin de déterminer les causes des éventuels désordres et de préciser si ces derniers ont pu être provoqués ou aggravés par les travaux de démolition. Par une ordonnance du 15 juillet 2021 du même tribunal, M. G A a été désigné comme sapiteur. Par deux ordonnances du 19 septembre 2022, la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a taxé les frais et honoraires à la somme de 7 152,84 euros le montant des frais et honoraires de l'expertise confiée à M. D E et à la somme de 4 330,60 euros le montant des frais et honoraires de l'expertise confiée à M. G A et les a mis à la charge exclusive de la commune. Par la présente requête, la commune de Saint-Barthélémy-d'Agenais demande la réformation de ces ordonnances.

Sur les conclusions à fin de réformation de l'ordonnance de taxation :

2. Aux termes de l'article R. 621-11 du code de justice administrative : " Les experts et sapiteurs mentionnés à l'article R. 621-2 ont droit à des honoraires, sans préjudice du remboursement des frais et débours. / Chacun d'eux joint au rapport un état de ses vacations, frais et débours. / Dans les honoraires sont comprises toutes sommes allouées pour étude du dossier, frais de mise au net du rapport, dépôt du rapport et, d'une manière générale, tout travail personnellement fourni par l'expert ou le sapiteur et toute démarche faite par lui en vue de l'accomplissement de sa mission. / Le président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement () fixe par ordonnance, conformément aux dispositions de l'article R. 761-4, les honoraires en tenant compte des difficultés de l'opération, de l'importance, de l'utilité et de la nature du travail fourni par l'expert ou le sapiteur et des diligences mises en œuvre pour respecter le délai mentionné à l'article R. 621-2. Il arrête sur justificatifs le montant des frais et débours qui seront remboursés à l'expert. / S'il y a plusieurs experts, ou si un sapiteur a été désigné, l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent fait apparaître distinctement le montant des frais et honoraires fixés pour chacun. () ". Aux termes de l'article R. 621-13 de ce code, dans sa rédaction issue du décret du 16 juin 2023 relatif à l'expertise devant les juridictions administratives et judiciaires, et applicable aux instances en cours : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Ces frais et honoraires sont, en principe, mis à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, ils peuvent être mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. ()". Aux termes de l'article R. 761-5 du même code : " Les parties, l'Etat lorsque les frais d'expertise sont avancés au titre de l'aide juridictionnelle ainsi que, le cas échéant, l'expert, peuvent contester l'ordonnance mentionnée à l'article R. 761-4 devant la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance () ".

3. D'une part, l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquide et taxe les frais et honoraires d'expertise revêt un caractère administratif et non juridictionnel. Le recours dont elle peut faire l'objet en application des dispositions précitées de l'article R. 761-5 du code de justice administrative est un recours de plein contentieux par lequel le juge détermine les droits à rémunération de l'expert ainsi que les parties devant supporter la charge de cette rémunération. Il appartient à la juridiction saisie de réduire le montant des honoraires, frais et débours qui lui paraissent excessifs. La taxation des honoraires prend en compte les difficultés des opérations, l'importance, l'utilité et la nature du travail fourni par l'expert.

4. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, dans sa rédaction issue du décret du 23 juin 2023, que la désignation de la ou des parties devant régler les frais de l'expertise doit prendre en compte de façon équitable l'utilité qu'elle présente non seulement pour le ou les demandeurs mais aussi pour la personne publique mise en cause. La charge des frais et honoraires de l'expert est ainsi répartie sans préjudice de l'application ultérieure, le cas échéant, des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative lorsqu'une expertise effectuée en application d'une décision du juge des référés se rattache à la détermination d'un préjudice dont l'indemnisation est demandée dans le cadre d'un recours au fond, et que les frais et honoraires y afférents sont alors compris dans les dépens de cette instance principale.

5. En premier lieu, la commune requérante ne peut pas utilement se prévaloir, pour contester la mise à sa charge des frais et honoraires des expertises, du caractère lacunaire des rapports d'expertise et de ce que les dommages ne leur sont pas imputables dès lors qu'il appartiendra au seul juge du fond, saisi de l'instance principale, d'apprécier le bien-fondé de ces moyens.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction que M. et Mme B ont sollicité la conduite d'une expertise afin de déterminer l'origine des infiltrations d'eau qui affectent la maison d'habitation dont ils sont propriétaires. Les expertises ordonnées par le juge des référés ont permis de disposer de données, établies de manière contradictoire, permettant d'appréhender la nature, l'origine et l'étendue des désordres affectant l'habitation en cause, de connaître la nature et le montant des travaux à exécuter afin de remédier à ces désordres, et de déterminer l'imputabilité de ces derniers. Dans son rapport, M. G A a permis de rétablir la limite de propriété entre la propriété des époux et le fonds appartenant à la commune. M. E, quant à lui, a estimé, dans son rapport, que la commune était responsable des désordres subis par M. et Mme B. Par suite, ces rapports ont été utiles aussi bien à M. et Mme B, qui pourront utiliser les éléments de ces rapports au soutien d'un recours juridictionnel à visée indemnitaire, qu'à la commune de Saint-Barthélémy-d'Agenais, pour déterminer les responsabilités en cause. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre les frais et honoraires des experts à la charge provisoire de ces deux parties à hauteur de 50 % chacune. L'article 2 des ordonnances du 19 septembre 2022 n°2100389 doit être réformé en ce sens.

Sur les frais de l'instance :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les époux B ni par les experts M. E et M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Le montant des frais et honoraires des expertises réalisées par M. E et M. A sont mis à la charge à parts égales de M. et Mme B et de la commune de Saint-Barthélémy-d'Agenais, d'autre part.

Article 2 : Les ordonnances du 19 septembre 2022 n°2100389 par lesquelles la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a fixé les frais et honoraires de M. E et de M. A et a décidé de la répartition de leur charge sont réformées en ce qu'elles ont de contraire à l'article 1er de la présente décision.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à la commune de Saint-Barthélémy-d'Agenais, à M. F B, à Mme H B à M. E, à M. A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie pour information en sera adressée au président du tribunal administratif de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Crassus, conseillère.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

M. SELLÈSL'assesseure,

Z. CORTHIERLa greffière,

M. DANGENG

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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