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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202390

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202390

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantSELARL ETCHE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire en production de pièces et des mémoires, enregistrés le 25 octobre 2022, le 24 novembre 2022, le 2 août 2023, le 27 octobre 2023 et le 14 novembre 2023, Mme A D et M. B C, représentés par Me Guirriec, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2022 par lequel le maire de Bayonne a accordé à la société Sopradour un permis de construire en vue de la démolition d'une construction existante et de l'édification d'un bâtiment comportant vingt logements et un local commercial ;

2°) de prononcer la suppression des écrits injurieux et outrageants de la société Sopradour et de condamner cette dernière à leur verser des dommages-intérêts en application de l'article L. 741-2 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué a été délivré postérieurement à l'expiration du délai d'instruction de la demande de permis de construire et la naissance d'une décision tacite de rejet ;

- il méconnaît les articles L. 121-13 et L. 121-16 du code de l'urbanisme dès lors que la commune de Bayonne est une commune littorale et que, si le projet s'insère dans un espace urbanisé, il se situe sur la bande littorale de cent mètres et entraîne une densification significative en méconnaissance de ces dispositions ;

- il est entaché de fraude dès lors que le projet litigieux constitue, avec le projet mitoyen de la société PI3A, un ensemble immobilier unique devant faire l'objet d'un permis de construire unique et que ces projets ont fait l'objet de demandes de permis distinctes dans le but d'échapper à l'obligation d'intégration de logements locatifs sociaux prévue dans ce secteur par les dispositions du paragraphe 2-1 du E du titre 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne ;

- il méconnaît les articles L. 153-11, L. 425-3 et R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les articles UA 1, UA 7.1.1, UA 11.2.1, UA 12.3.1 et UA 12.4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 juin 2023, le 28 septembre 2023, le 30 octobre 2023 et le 16 novembre 2023, la société à responsabilité limitée Sopradour, représentée par Me Delhaes, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D et autre une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Mme D et autre ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par Mme D et autre ne sont pas fondés ;

- les dispositions de l'article UA 11.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne sont entachées d'illégalité dès lors qu'elles méconnaissent le principe d'accessibilité et d'intelligibilité de la loi et ne pouvaient ainsi lui être opposées par le maire de cette commune.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er septembre 2023 et le 30 octobre 2023, la commune de Bayonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- Mme D et autre ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par Mme D et autre ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Diard,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guirriec, représentant Mme D et autre, et de Me Dauga, substituant Me Delhaes, représentant la société Sopradour.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 juillet 2022, le maire de Bayonne a accordé à la société Sopradour un permis de construire en vue de la démolition d'une construction existante et de l'édification d'un bâtiment comportant vingt logements et un local commercial. Par des arrêtés du 29 mars 2023 et du 20 octobre 2023, cette même autorité a délivré au même pétitionnaire des permis de construire modificatifs. Mme D et autre demandent l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aucun texte ou principe général ne s'oppose à la délivrance d'un permis de construire postérieurement à l'expiration du délai d'instruction de la demande de permis de construire et la naissance d'une décision tacite de rejet. Par suite, à supposer même qu'une telle décision soit née, le moyen tiré de ce que le permis attaqué ne pouvait être délivré postérieurement à l'expiration de ce délai est inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet porte sur un établissement recevant du public, le permis de construire tient lieu de l'autorisation prévue par l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité administrative compétente qui peut imposer des prescriptions relatives à l'exploitation des bâtiments en application de l'article L. 143-2 du code de la construction et de l'habitation. Le permis de construire mentionne ces prescriptions. Toutefois, lorsque l'aménagement intérieur d'un établissement recevant du public ou d'une partie de celui-ci n'est pas connu lors du dépôt d'une demande de permis de construire, le permis de construire indique qu'une autorisation complémentaire au titre de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation devra être demandée et obtenue en ce qui concerne l'aménagement intérieur du bâtiment ou de la partie de bâtiment concernée avant son ouverture au public. ".

4. Il résulte de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme que lorsque l'aménagement intérieur de locaux constitutifs d'un établissement recevant du public, qui nécessite une autorisation spécifique au titre de l'article L. 111-8 du code de la construction et de l'habitation, n'est pas connu lors du dépôt de la demande de permis de construire, l'autorité compétente, dont la décision ne saurait tenir lieu sur ce point de l'autorisation prévue par le code de la construction et de l'habitation, ne peut légalement délivrer le permis sans mentionner expressément l'obligation de demander et d'obtenir une autorisation complémentaire avant l'ouverture au public, et ce, alors même que le contenu du dossier de demande de permis de construire témoignerait de la connaissance, par le pétitionnaire, de cette obligation.

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux prévoit, au sein d'une partie du bâtiment située en rez-de-chaussée, un local commercial destiné à recevoir du public dont l'aménagement intérieur n'était pas connu lors du dépôt de la demande de permis de construire, et que l'arrêté attaqué ne mentionne pas qu'une autorisation complémentaire au titre de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation devra être demandée et obtenue en ce qui concerne cet aménagement intérieur. Les circonstances que le rapport soumis à la sous-commission départementale pour l'accessibilité des personnes handicapées rappelle cette obligation et que le pétitionnaire en aurait ainsi eu connaissance, et que les prescriptions contenues dans l'avis émis le 5 octobre 2021 par le service départemental d'incendie et de secours, dont l'arrêté attaqué prévoit qu'elles doivent être respectées, mentionnent l'obligation de déposer un dossier d'aménagement pour la cellule commerciale au titre de l'article R. 123-22 du même code, ne peuvent utilement pallier cette lacune. Dès lors, l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme. Toutefois, par un arrêté du 20 octobre 2023, le maire de Bayonne a délivré à la société Sopradour un permis de construire modificatif qui mentionne expressément cette obligation. L'arrêté du 20 octobre 2023 a donc eu pour effet de régulariser le vice dont est entaché l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme est inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 321-2 du code de l'environnement : " Sont considérées comme communes littorales, au sens du présent chapitre, les communes de métropole et des départements d'outre-mer : / 1° Riveraines des mers et océans, des étangs salés, des plans d'eau intérieurs d'une superficie supérieure à 1 000 hectares ; / 2° Riveraines des estuaires et des deltas lorsqu'elles sont situées en aval de la limite de salure des eaux et participent aux équilibres économiques et écologiques littoraux. La liste de ces communes est fixée par décret en Conseil d'Etat, après consultation des conseils municipaux intéressés. / () ". Aux termes de l'article R. 321-1 du même code : " Sont considérées comme communes littorales au sens du 2° de l'article L. 321-2 les communes riveraines d'un estuaire ou d'un delta désignées ci-après : / () 13° Dans le département des Pyrénées-Atlantiques : () Bayonne ; / () ". Aux termes de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme : " En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage () ".

7. Ne peuvent déroger à l'interdiction de toute construction sur la bande littorale des cent mètres que les projets réalisés dans des espaces urbanisés, caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions, à la condition qu'ils n'entraînent pas une densification significative de ces espaces.

8. Il résulte des dispositions précitées que la commune de Bayonne, riveraine de l'estuaire de l'Adour, est une commune littorale au sens du 2° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet litigieux, situé dans la bande littorale de cent mètres, supporte une construction existante devant être démolie, est bordé au nord-est par l'avenue capitaine E, voie publique longeant la rive de l'Adour sur laquelle prennent place les bâtiments de la société nautique de Bayonne, au sud-est par une construction au-delà de laquelle s'étendent, à l'alignement de la voie publique et le long de l'Adour, trois bâtiments collectifs d'une volumétrie similaire au projet puis d'autres constructions, au sud-ouest par des maisons individuelles comportant deux niveaux implantées en surplomb, et au nord-ouest par des constructions similaires. L'espace dans lequel s'insère le projet litigieux, dans lequel la quasi-totalité des parcelles sont déjà bâties, est caractérisé ainsi par un nombre et une densité significatifs de constructions, et doit, dès lors, être regardé comme un espace urbanisé. En outre, ce projet, qui consiste en l'édification d'un bâtiment collectif comportant vingt logements et un local commercial, n'entraînera pas une densification significative de cet espace. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été délivré en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. / La délibération prise en application de l'alinéa précédent est notifiée aux personnes publiques associées mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9. / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ".

10. Si Mme D et autre soutiennent que, par une délibération du 4 mars 2015, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Côte Basque Adour a prescrit l'élaboration d'un plan local d'urbanisme intercommunal, qu'un débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables a eu lieu le 21 décembre 2016, et que le maire de Bayonne aurait ainsi dû surseoir à statuer sur la demande de permis de construire en application de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, ils n'apportent aucune précision sur l'état d'avancement du futur plan local d'urbanisme intercommunal à la date de l'arrêté attaqué, ce qui ne permet pas au tribunal d'apprécier le bien-fondé de ce moyen.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme : " Les constructions, même ne comportant pas de fondations, doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire. / () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. / () ".

12. Il résulte de ces dispositions que la construction d'un ensemble immobilier unique, même composé de plusieurs éléments, doit en principe faire l'objet d'une seule autorisation de construire, sauf à ce que l'ampleur et la complexité du projet justifient que des éléments de la construction ayant une vocation fonctionnelle autonome puissent faire l'objet de permis distincts, sous réserve que l'autorité administrative soit en mesure de vérifier, par une appréciation globale, que le respect des règles et la protection des intérêts généraux que garantirait un permis unique sont assurés par l'ensemble des permis délivrés. En revanche, des constructions distinctes, ne comportant pas de liens physiques ou fonctionnels entre elles, n'ont pas à faire l'objet d'un permis unique, mais peuvent faire l'objet d'autorisations distinctes, dont la conformité aux règles d'urbanisme est appréciée par l'autorité administrative pour chaque projet pris indépendamment.

13. Les dispositions du paragraphe 2-1 du E du titre 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne prévoient, dans les secteurs de diversité sociale n° 1, une obligation d'intégration de logements locatifs sociaux pour les opérations de construction ou d'aménagement à destination d'habitation de plus de 20 logements ou de plus de 1 400 m² de surface de plancher à destination d'habitation. Les dispositions de l'article UA 11 du même règlement régissent l'aspect extérieur des constructions et l'aménagement de leurs abords et prévoient notamment que " toute construction ou toute intervention architecturale doit respecter l'identité urbaine et paysagère du lieu dans lequel elle s'inscrit (). / Le projet doit prendre en compte les principes de composition urbaine et architecturale du contexte dans lequel il s'inscrit : implantation (ordre et alignement), volumétrie générale, rapports d'échelles, reliefs de façades, rythmes des percements, proportions des pleins et des vides, marquage des différents registres, depuis le soubassement jusqu'au couronnement / Selon le contexte et la nature de l'ouvrage, l'insertion du projet peut se faire par la recherche de continuités, de transitions ou d'effets de contrastes. / () L'autorisation de travaux peut être refusée, ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions, si du fait du non-respect de ces principes, le projet est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ou à l'intérêt d'un ensemble bâti. / () Le rythme des façades doit s'harmoniser avec celui des bâtiments voisins. / () ". Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

14. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.

15. Ainsi qu'il a été dit au point 8, le bâtiment projeté est bordé au sud-est par une parcelle sur laquelle s'implante une construction, et qu'au-delà s'étendent, à l'alignement de la voie publique, trois bâtiments collectifs puis d'autres constructions. A supposer que l'autorité administrative ait tenu compte, pour contrôler le respect des dispositions précitées de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne et de l'article R. 111- 27 du code de l'urbanisme, du projet de la société PI3A autorisé par un permis de construire délivré le 1er juillet 2022 en vue de la démolition de la construction rappelée précédemment, implantée sur la parcelle voisine, et de l'édification d'un bâtiment collectif, d'une volumétrie similaire au projet litigieux et aux trois bâtiments collectifs précités, entre lesquels il doit s'insérer, il ressort des pièces du dossier que, même en l'absence de réalisation du projet de la société PI3A, le projet de la société Sopradour pris isolément n'entraîne pas une rupture significative avec la construction voisine existante, en dépit de la volumétrie moins importante de cette dernière construction, compte-tenu de la volumétrie des trois bâtiments collectifs implantés au-delà de cette même construction, similaire au projet litigieux. Dès lors, ces deux projets sont, en tout état de cause, dépourvus de tout lien fonctionnel et, en l'absence également de tout lien physique, pouvaient faire l'objet d'autorisations distinctes, dont la conformité aux dispositions du paragraphe 2-1 du E du titre 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne devait être appréciée par l'autorité administrative pour chaque projet pris indépendamment. Par suite, l'arrêté attaqué n'est pas entaché de fraude.

16. En sixième lieu, à le supposer soulevé, le moyen tiré de la méconnaissance par l'arrêté attaqué des dispositions du paragraphe 2-1 du E du titre 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne, dont le bâtiment autorisé comporte vingt logements et présente une surface de plancher destinée à l'habitation de 1 258,50 m², soit un nombre et une surface inférieurs aux projets auxquels s'appliquent ces dispositions, et dont la conformité à ces mêmes dispositions doit s'apprécier indépendamment du projet voisin de la société PI3A pour les mêmes motifs que ceux développés au point 15, est inopérant.

17. En septième lieu, aux termes de l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne : " Sont interdits : / () - les constructions à destination artisanale, commerciale, relevant du régime des installations classées soumises à autorisation () ".

18. Il ressort des pièces du dossier que si la construction autorisée par l'arrêté attaqué est en partie à destination commerciale, elle ne relève toutefois pas du régime des installations classées pour la protection de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne est inopérant.

19. En huitième lieu, aux termes de l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne : " () la règle d'implantation des constructions diffère selon qu'elle se situe : / - dans la bande des 20 mètres divisée, elle-même, en une bande avant de 10 mètres et une bande arrière de 10 mètres ; / - au-delà de la bande des 20 mètres. / La bande des 20 mètres de profondeur est mesurée perpendiculairement à la voie, en tout point de la limite de l'alignement () / 7.1 Règle générale / 7.1.1 Dans la bande des 20 mètres : / a. Dans la bande avant de 10 mètres () : Toute construction sera implantée sur toute la largeur de l'unité foncière de limite en limite. / b. Dans la bande arrière de 10 mètres () : Toute construction peut être implantée sur une ou les limites séparatives, ou bien, en retrait. En cas de retrait, les constructions doivent être implantées à une distance au moins égale à 5 m de la limite. / () 7.1.2 Au-delà de la bande des 20 mètres ou lorsque la limite séparative constitue une limite de zone () : / Toute construction doit être implantée en limite ou en retrait d'au moins 2 m des limites séparatives et tout point de cette construction doit être éloigné de la limite séparative d'une distance au moins égale à sa hauteur diminuée de trois mètres (D = H - 3) () ".

20. Il ressort des pièces du dossier, notamment du règlement graphique du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne, que la limite séparative nord-ouest du terrain d'assiette du projet litigieux constitue une limite entre la zone UA et la zone UB. Dès lors, seules les dispositions précitées du paragraphe 7.1.2 de l'article UA 7 du règlement du même plan local d'urbanisme sont applicables à l'implantation du projet litigieux par rapport à cette même limite séparative. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ce que cette implantation méconnaît les dispositions précitées du paragraphe 7.1.1 du même article est inopérant.

21. En neuvième lieu, aux termes de l'article UA 11.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne : " Toute construction doit être adaptée à la topographie du lieu et son implantation ne doit pas engendrer des affouillements et exhaussements trop importants. ".

22. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice et des plans de coupe joints au dossier de demande de permis de construire, que le terrain d'assiette du projet est relativement plat au niveau de l'alignement de la voie publique, ainsi que dans la bande avant de dix mètres à partir de cet alignement, dans laquelle est implantée la construction existante devant être démolie, et que ce terrain présente une forte déclivité positive à l'arrière de cette construction jusqu'à la limite de fond de parcelle, au niveau de laquelle le terrain naturel est situé à une hauteur d'environ 6,85 mètres par rapport à celle de la voie publique. Il résulte des plans de coupe et de la note de calcul établie par un géomètre expert joints au dossier de demande qui a donné lieu à la délivrance d'un second permis de construire modificatif le 20 octobre 2023, que le projet autorisé par l'arrêté attaqué prévoit l'excavation d'un volume de 1 453 m3 de terre afin d'aplanir le terrain sur la totalité de sa superficie, sans aucune excavation en-dessous du niveau de la voie publique. En outre, le parc de stationnement, prévu par le projet conformément à l'article 12.3 du règlement du plan local d'urbanisme, doit occuper une partie de chacun des trois premiers niveaux du bâtiment projeté, en majeure partie dans le volume de la construction résultant de cette excavation. Dans ces circonstances, et compte tenu de la configuration des lieux, les affouillements prévus ne peuvent être regardés comme trop importants. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été délivré en méconnaissance de l'article UA 11.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne.

23. En dixième lieu, aux termes de l'article UA 12.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne applicables à la construction des logements autres que les logements locatifs aidés par l'Etat, implantés dans la zone UA en dehors du secteur UAe : " () / Il sera en outre réservé 1,5 m² par logement pour la création d'aires de stationnement des 2 roues et voitures d'enfants. / () ".

24. Il résulte des dispositions précitées que le projet litigieux, qui comporte vingt logements et doit ainsi prévoir des aires de stationnement des deux roues d'une superficie minimale de 1,5 m² par logement, soit un total 30 m², ne prévoit qu'un unique local de stationnement des deux roues d'une superficie de 24,58 m², inférieure à la superficie minimale exigée. Dès lors, l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions précitées de l'article UA 12.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne. Toutefois, par un arrêté du 29 mars 2023, le maire de Bayonne a délivré à la société Sopradour un permis de construire modificatif qui a notamment pour objet la création d'un local de stationnement destiné aux deux roues d'une superficie de 30,21 m². L'arrêté du 29 mars 2023 a donc eu pour effet de régulariser le vice dont est entaché l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UA 12.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne est inopérant.

25. En onzième lieu, aux termes de l'article UA 12.4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne : " Les accès, dégagements et voies de circulation interne des stationnements doivent être conçus et dimensionnés de façon à permettre la manœuvre aisée des véhicules et l'accessibilité effective des places. / En raison d'impossibilités objectives et insurmontables, résultant de motifs techniques, d'architecture ou d'urbanisme, il peut être autorisé la réalisation de places commandées, dont le nombre maximum est de 2 places par opération. / () ".

26. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit trente-quatre places de stationnement sur trois niveaux, dont quinze places en rez-de-chaussée au niveau de la voie publique et dix-neuf places aux deux niveaux supérieurs qui seront accessibles par un ascenseur monte-véhicules. La circonstance que ces dernières places seront desservies par un ascenseur, lequel n'est pas destiné au stationnement, n'est pas de nature à les qualifier de places commandées dès lors qu'elles resteront effectivement accessibles en dépit de l'attente pouvant résulter de l'utilisation de cet équipement. En outre, il n'est pas établi que la voie de circulation interne entre l'accès à la voie publique et l'ascenseur, devant lequel est prévu un espace libre important, ne permettrait pas la manœuvre aisée des véhicules, même dans le cas où la circulation de plusieurs véhicules, notamment durant les heures d'affluence, entraînerait une attente pour l'utilisation de l'ascenseur, dont la capacité est d'un unique véhicule, et provoquerait un encombrement temporaire. Par ailleurs, la circonstance que cet équipement ne permettrait pas l'accessibilité aux étages des catégories de véhicules de moins de 3,5 tonnes les plus lourds, ce qui résulterait des devis produits par le pétitionnaire en vue de l'installation d'ascenseurs pouvant supporter des charges ne pouvant excéder en dernier lieu 3 tonnes, à la supposer établie, n'est au demeurant pas de nature à méconnaître les dispositions précitées. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été pris en méconnaissance des dispositions précitées de l'article UA 12.4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne.

27. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

28. Il ressort des pièces du dossier que la voie publique assurant la desserte du projet est à double sens de circulation et présente un tracé rectiligne assurant une bonne visibilité. La circonstance, mentionnée au point 26, que l'utilisation de l'ascenseur monte-véhicules est susceptible, notamment durant les heures d'affluence, de provoquer un encombrement temporaire au sein de l'espace de circulation interne du bâtiment projeté, n'est pas de nature à établir un risque pour les usagers de la voie publique, en dépit de l'existence à proximité d'un arrêt pour les véhicules de transports en commun, d'un passage piéton et d'un ralentisseur, ainsi que du parc de stationnement de la société nautique de Bayonne situé en face de l'accès au projet. En outre, il n'est pas davantage établi que les services de secours et de lutte contre l'incendie ne pourraient pas accéder à l'ensemble du bâtiment. Par suite, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d' erreur manifeste d'appréciation.

29. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Bayonne et la société Sopradour, les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme D et autre doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

30. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

31. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société Sopradour au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur la demande de suppression d'écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires :

32. Aux termes de l'article L. 741-2 du code de justice administrative : " Sont également applicables les dispositions des alinéas 3 à 5 de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 ci-après reproduites : / " Art. 41, alinéas 3 à 5. - Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte-rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. / Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. / Pourront toutefois les faits diffamatoires étrangers à la cause donner ouverture, soit à l'action publique, soit à l'action civile des parties, lorsque ces actions leur auront été réservées par les tribunaux et, dans tous les cas, à l'action civile des tiers. " ".

33. Le passage du mémoire en défense de la société Sopradour selon lequel " les requérants prétendent de manière fallacieuse que leur propriété se situe au droit de la façade arrière du projet, alors que leur propriété n'est pas contigüe, puisque située à plus de 20m et en biais. Ce travestissement de la réalité vise manifestement à induire en erreur la juridiction de céans quant à la configuration de lieux " n'excède pas les limites de la controverse entre les parties dans le cadre d'une procédure contentieuse et ne présente pas un caractère injurieux ou outrageant au sens des dispositions précitées. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu d'en prononcer la suppression et de ne pas condamner la société Sopradour à verser à Mme D et autre une somme, au demeurant non chiffrée, au titre des dommages-intérêts en application des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881, reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative,

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D et autre est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Sopradour au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à la commune de Bayonne et à la société à responsabilité limitée Sopradour.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. DIARDLe président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE

CASTILLON

La greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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