lundi 7 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202414 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DUMAZ-ZAMORA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, transmise le 27 octobre 2022 à l'administration pénitentiaire, M. D B, alors écroué à la maison d'arrêt de Pau, demande l'annulation de l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fixé comme pays de destination d'une éventuelle mesure d'éloignement, tout pays dans lequel il sera légalement admissible.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il précise qu'en l'état, la requête ne contient l'exposé d'aucune conclusion ni d'aucun moyen et doit, par suite, être rejetée comme étant irrecevable.
Par un mémoire, enregistré le 4 novembre 2022, M. D B, désormais placé au centre de rétention d'Hendaye, représenté par Me Dumaz Zamora, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 5 octobre 2022 ;
3°) de condamner l'Etat à verser à son avocat, la somme de 1 200 euros, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 janvier 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il précise que :
- le préfet méconnait l'article L. 724-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité de la chose jugée le 30 septembre 2022 en tant que la décision fixant le pays de destination n'exclue pas l'Afghanistan, et permet donc une éventuelle reconduite vers ce pays ;
- le préfet a également, de nouveau, méconnu les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il conteste qu'à supposer qu'il soit légalement admissible en Iran, ce que semble indiquer l'arrêté attaqué, il ait donné son accord pour un éloignement à destination de ce pays.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Pau a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 29 septembre 2022 à 11 h 30 en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Dumaz Zamora, représentant M. B, présent, en présence d'un interprète en langue Bari, qui précise que des conclusions et moyens nouveaux soulevés jusqu'à la clôture de l'instruction peuvent être pris en compte, en vertu notamment des dispositions de l'article R. 776-5 du code de justice administrative ; les conclusions à fin d'annulation sont fondées dès lors que le nouvel arrêté ne tient pas compte du jugement du 30 septembre, méconnaît la chose alors jugée ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; en outre, la décision du préfet méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et révèle, enfin, un détournement de pouvoir dès lors qu'en réalité le requérant ne pourra être éloigné et que, par suite, son maintien en centre de rétention n'est justifié que par des motifs politiques ;
- le préfet n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né en 1995 à Ghazni (Afghanistan), de nationalité afghane, est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 1er octobre 2019. Il a déposé une demande d'asile et, par une décision du 17 février 2021, l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire. L'intéressé a sollicité la délivrance de la carte pluriannuelle prévue par les dispositions de l'article L.424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et s'est vu délivrer par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, le 24 mars 2021, un récépissé de cette demande, valable jusqu'au 23 septembre 2021, et l'autorisant à travailler. Ce récépissé a été renouvelé, dans les mêmes conditions, jusqu'au 26 décembre 2021. A la suite de sa mise en examen et de son placement en détention provisoire, le 13 octobre 2021, pour des faits de menaces de mort avec ordre de remplir une condition, et de port d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, sans motif légitime, faits qui s'étaient produits au centre d'accueil des demandeurs d'asile Isard Cos à Pau, le directeur général de l'OFPRA lui a retiré le bénéfice de la protection subsidiaire, le 5 novembre 2021. M. B a été condamné par le tribunal correctionnel de Pau, le 14 mars 2022, à une peine d'emprisonnement de deux ans dont six mois avec sursis probatoire d'une durée de trois ans, confirmée par la cour d'appel de Pau. Par ailleurs, le recours formé par M. B à l'encontre de la décision lui retirant la protection subsidiaire a été rejeté par la CNDA, le 3 mai 2022. Par un arrêté du 29 août 2022 le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire durant trois ans.
2. Par un jugement du 30 septembre 2022, la magistrate désignée du présent tribunal a annulé la décision fixant le pays de destination prise dans l'arrêté du 29 août 2022, en ce qu'elle prévoyait qu'il serait éloigné à destination du pays dont il a la nationalité, à savoir l'Afghanistan, et a rejeté le surplus des conclusions présentées.
3. Par un arrêté du 5 octobre 2022, notifié à M. B le 25 octobre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pris un nouvel arrêté dans lequel il fixe comme pays de destination d'une mesure d'éloignement, tout pays dans lequel il sera légalement admissible. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté du 5 octobre 2022.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir soulevée par le préfet des Pyrénées-Atlantiques :
5. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".
6. Aux termes du II de l'article R. 776-2 du même code : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ".
7. Aux termes du II de l'article R. 776-5 de ce code : " Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. / Lorsque le délai est de quarante-huit heures ou de quinze jours, le second alinéa de l'article R. 411-1 n'est pas applicable et l'expiration du délai n'interdit pas au requérant de soulever des moyens nouveaux, quelle que soit la cause juridique à laquelle ils se rattachent. / Le requérant qui, dans le délai de quarante-huit heures ou de quinze jours selon les cas, a demandé l'annulation de l'une des décisions qui lui ont été notifiées simultanément peut, jusqu'à la clôture de l'instruction, former des conclusions dirigées contre toute autre de ces décisions. ".
8. Par cet arrêté du 5 octobre 2022, notifié le 25 octobre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. Ainsi que le fait valoir le préfet en défense, la requête adressée au greffe depuis la maison d'arrêt de Pau où était incarcéré M. B, dans le délai de recours de quarante-huit heures, ne contient l'exposé d'aucun moyen, au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de cette décision. Toutefois, en vertu des dispositions précitées du II de l'article R. 776-5 du code de justice administrative, M. B était recevable à régulariser sa requête après l'expiration du délai de recours, comme il l'a fait par un mémoire enregistré le 4 novembre 2022, contenant l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé de nouvelles conclusions et, enfin, rédigé totalement en français.
9. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, tirée de la méconnaissance des prescriptions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, ne peut qu'être écartée.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
10. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
11. Par un jugement du 30 septembre 2022, devenu définitif, la magistrate désignée du présent tribunal a annulé la décision fixant le pays de destination prise dans l'arrêté du 29 août 2022, en ce qu'elle prévoyait que M. B serait éloigné à destination du pays dont il a la nationalité, à savoir l'Afghanistan. L'arrêté en litige, du 5 novembre 2022, prévoit que l'intéressé " sera éloigné à destination de tout pays dons lequel il établit être légalement admissible ". Dans ces conditions, eu égard à l'autorité de la chose jugée qui s'attache à l'annulation prononcée le 30 septembre 2022, cette décision en tant qu'elle n'exclut pas expressément l'Afghanistan comme pays d'éloignement doit être annulée. Elle méconnaît également sur ce point, ainsi que cela a été jugé, les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que le dernier alinéa des dispositions précitées de l'article L. 721 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'aile.
12. En revanche, les circonstances alléguées que l'obligation de quitter le territoire français ne pourra pas être exécutée, ne suffisent pas à établir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en prenant une décision fixant le pays de renvoi, sans déterminer précisément le pays vers lequel il va être éloigné, ou que l'arrêté est entaché de détournement de pouvoir.
13. Il y a donc lieu d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 du préfet des Pyrénées-Atlantiques en tant seulement qu'il n'exclue pas l'Afghanistan des pays à destination desquels M. B peut être éloigné en exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sans délai, prise à son encontre le 29 août 2022.
14. Le surplus des conclusions à fin d'annulation est rejeté.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, et sous réserve que Me Dumaz Zamora, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à ce conseil de la somme de 1 000 euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi susvisée du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 5 octobre 2022 fixant le pays de destination d'un éloignement de M. B est annulé en tant qu'il n'exclue pas l'Afghanistan.
Article 3 : L'Etat versera à Me Dumaz Zamora, avocate de M. B, une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Dumaz Zamora renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par M. B est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Pau, le 7 novembre 2022.
La magistrate désignée,
Signé
S. A
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
M. C
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026