mardi 15 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202476 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et une production de pièces, enregistrés le 10 novembre 2022 et le 14 novembre 2022, M. G D B, représenté par Me Moura, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Indre lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'annuler la décision du 8 novembre 2022 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement, de lui délivrer un récépissé constatant le dépôt d'une demande de certificat de résidence algérien sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle ne fait référence à aucun refus d'admission au séjour ;
- elle est insuffisamment motivée en fait au regard de sa situation personnelle et professionnelle ;
- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de séjour et renvoie aux moyens développés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'appréciation au regard des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 et des articles L. 435-1 à L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation, le préfet n'étant pas en situation de compétence liée, il pouvait, au titre de son pouvoir discrétionnaire, vérifier s'il remplissait les conditions de délivrance d'un titre de plein droit ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'appréciation au regard de l'accord franco-algérien dès lors qu'il pouvait fonder sa demande sur les stipulations des articles 7 b et c de cet accord.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est privée de base légale ;
- il n'a jamais été informé de la précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre de sorte qu'il ne s'y est donc jamais soustrait et n'a par ailleurs jamais commis d'infraction ou de fraude si bien qu'il n'y avait aucune risque sérieux et avéré de fuite.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
- elle est privée de base légale.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est privée de base légale ;
- il n'a jamais été informé de la précédente mesure d'éloignement de sorte qu'il ne s'y est donc jamais soustrait et n'a par ailleurs jamais commis d'infraction ou de fraude si bien qu'il n'y avait aucune risque sérieux et avéré de fuite ;
- l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut s'appliquer puisqu'il n'avait jamais été informé d'un délai de départ volontaire qui aurait pu figurer dans la décision d'éloignement du 24 avril 2019.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est privée de base légale ;
- elle méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard du droit au respect de la vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D B contre la décision d'assignation à résidence ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D B contre l'arrêté du 7 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à l'encontre de l'intéressé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme E en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 novembre 2022 :
- le rapport de Mme Duchesne, magistrate désignée ;
- les observations de Me Moura, représentant M. D B, qui reprend les conclusions et moyens développés dans sa requête.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, de nationalité algérienne, est entré régulièrement en France le 20 août 2017 selon ses déclarations. Sa demande d'asile, présentée le 4 décembre 2017 a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 juillet 2018, confirmée par celle de la Cour nationale du droit d'asile du 10 décembre 2018. Par un arrêté du 24 avril 2019, le préfet du Nord a refusé de lui renouveler l'attestation de demande d'asile valant autorisation provisoire de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. M. D B s'est néanmoins maintenu en situation irrégulière sur le territoire et a été interpelé, le 7 novembre 2022, par les gendarmes du groupement de gendarmerie départementale de l'Indre lors d'un contrôle routier sans pouvoir justifier de son droit au séjour ni d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité. Par arrêté du 7 novembre 2022, le préfet de l'Indre a fait obligation à M. D B de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par une décision du 8 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours à Pau. Par la présente requête, M. D B demande l'annulation de l'arrêté du 7 novembre 2022 et de la décision du 8 novembre 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 1er septembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Indre, le préfet de ce département a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Chaïb, secrétaire générale de la préfecture, à Mme A, directrice des services du cabinet et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que cette dernière a été prise par une autorité incompétente manque en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser () le renouvellement () de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".
4. Si M. D B soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle ne fait référence à aucun refus d'admission au séjour en invoquant, à l'appui de son moyen, un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 24 février 2010 rendu sur le fondement de dispositions qui ne sont plus en vigueur, il ressort cependant des dispositions précitées que le préfet pouvait, dans les cas prévus, obliger un étranger à quitter le territoire français, lorsque, notamment, il s'est vu refuser la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire et le renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivrée pendant le temps de l'instruction de sa demande d'asile. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la demande d'asile déposée par M. D B a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 juillet 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 10 décembre 2018. Par un arrêté du 24 avril 2019, le préfet du Nord a, par conséquent, refusé de renouveler l'attestation de demande d'asile valant autorisation provisoire de séjour et obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. S'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire sans établir avoir déposé une demande de titre de séjour ou justifier d'un document valable l'autorisant à séjourner en France, c'est sans entacher sa décision d'un vice de procédure que le préfet de l'Indre l'a obligé à quitter le territoire français.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () "
6. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, les articles L. 611-1 3° et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se fonde sur ce que M. D B, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Nord du 24 avril 2019 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français et qu'il s'est néanmoins maintenu irrégulièrement sur le territoire sans solliciter sa régularisation. Elle rappelle en outre que l'intéressé ne démontre pas être chargé de famille en France ni être isolé dans son pays d'origine et ne justifie d'aucune circonstance particulière pour se maintenir en situation irrégulière en France. L'arrêté attaqué énonce que l'obligation de quitter le territoire français ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale. La circonstance que la décision attaquée ne fait pas état de façon exhaustive de son parcours professionnel en France et de ses revenus n'est pas de nature à établir un défaut de motivation. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, M. D B soulève, par voie d'exception, l'illégalité du refus de séjour.
8. Par un arrêté du 25 juillet 2018, publié le même jour au recueil spécial n° 165 des actes administratifs de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme F C, cheffe de bureau au service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 24 avril 2019 manque en fait et doit être écarté.
9. Il ressort en outre de l'arrêté du 24 avril 2019 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler l'attestation de demande d'asile valant autorisation provisoire de séjour, vise les textes dont il fait application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, les articles L. 313-13, L. 314-11, L. 511-1, L. 511-4 ; L. 512-1 et suivants, L. 513-1 et suivants, L. 723-11, L. 723-16, L. 741-1 et suivants, L. 743-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se fonde sur ce que M. D B, autorisé provisoirement à séjourner le temps qu'il soit statué sur sa demande d'asile, laquelle a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 décembre 2018, notifiée à l'intéressé le 10 décembre suivant, et de ce que, compte tenu de sa situation personnelle et professionnelle, le refus de lui délivrer une carte de résident ne portait pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et qu'il ne produit aucun élément lui permettant de prétendre à l'octroi d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet du Nord, vise les articles L. 313-13 et L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, relatifs à la délivrance d'une carte de résident de plein droit et précise que l'intéressé n'avait produit aucun élément lui permettant de prétendre à l'octroi d'un titre de séjour. Il rappelle également que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille, qu'il ne démontre pas être dans l'impossibilité de se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans de sorte que le refus de lui délivrer une carte de résident ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. D B.
11. Dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, M. D B ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière pour l'exercice de ce pouvoir. Par suite les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation au regard de cette circulaire doivent être écartés.
12. De plus, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, des modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
13. Ainsi, M. D B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des articles L. 435-1 à L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'étaient pas en vigueur à la date de la décision contestée. Il ressort par ailleurs des termes de l'arrêté du 24 avril 2019, que le préfet du Nord a examiné, au titre de son pouvoir de régularisation, si le requérant pouvait bénéficier d'une carte de résident délivré de plein droit. Ainsi, à la date de sa décision, en l'absence d'élément de nature à établir que l'intéressé, moins de deux ans après son arrivée en France, pouvait prétendre à un titre de plein droit, cette autorité a pu refuser de délivrer à M. D B un titre de séjour à ce titre. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation au regard des articles L. 435-1 à L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.
14. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité du refus de séjour du 24 avril 2019 invoquée à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français du 7 novembre 2022 n'est pas fondée et doit être écartée.
15. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été rappelé au point 11, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, et quand bien même M. D B soutient qu'il pouvait justifier des motifs exceptionnels pour obtenir sa régularisation, les moyens tirés, de l'erreur de droit et d'appréciation au regard au regard des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012, des articles L. 435-1 à L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
16. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition dressé par les services de gendarmerie le 7 novembre 2022, et dont le préfet a eu connaissance, que, par la nature des questions posées au requérant, celui-ci a fait part d'éléments qui font état de sa situation tant personnelle que professionnelle. Dès lors, M. D B n'est pas fondé à soutenir que le préfet se serait cru à tort en situation de compétence liée et n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation, qui lui aurait permis, au titre de son pouvoir discrétionnaire, de vérifier s'il remplissait les conditions de délivrance d'un titre de plein droit alors que, comme que rappelé aux point 11 et 15, l'exercice d'un tel pouvoir n'est pas de droit. Par suite, le moyen doit être écarté.
17. En dernier lieu, M. D B n'établit pas avoir déposé, à la date de l'arrêté attaqué, une demande de certificat de résidence sur le fondement des articles 7 b et c de l'accord franco-algérien. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation au regard de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 est inopérant.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
18. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision faisant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire n'a pas été prise sur le fondement d'une décision faisant obligation de quitter le territoire français illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
19. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;() ".
20. Il ressort des pièces du dossier qu'une décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise le 24 avril 2019 à l'encontre de M. D B par lequel le préfet du Nord, après avoir rappelé que sa demande d'asile avait été définitivement rejetée, a refusé de renouveler l'attestation de demande d'asile valant autorisation provisoire de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Si le requérant indique qu'il n'a jamais reçu la notification de cet arrêté qui a été envoyée à une adresse erronée de l'association AIR N auprès de laquelle il avait une domiciliation postale, il ne l'établit pas et il ressort du procès-verbal d'audition établi le 7 novembre 2022, comme le fait à juste titre valoir le préfet de l'Indre en défense, qu'il a indiqué aux services de police lors de son interpellation recevoir son courrier et ses colis à cette même adresse. Il ressort par ailleurs de l'arrêté du 24 avril 2019 et en particulier de la copie, produite par le préfet de l'Indre, du pli recommandé contenant l'arrêté en litige et expédié à l'adresse indiquée par M. D B, que ce pli y a été présenté le 29 avril 2019. Ce pli a été retourné en préfecture revêtu d'une étiquette autocollante de la Poste, dont la case " Pli avisé non réclamé " était cochée. Il résulte de l'ensemble de ces mentions précises et concordantes que l'intéressé doit être regardé comme ayant fait l'objet d'une notification régulière de cet arrêté. Ainsi, en se bornant à faire état de l'absence de notification de cette mesure, et à se prévaloir de ce qu'il n'a par ailleurs jamais commis d'infraction ou de fraude si bien qu'il n'y avait aucun risque sérieux et avéré de fuite, l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à établir que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions précitées.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
21. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
22. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision ne peut, dès lors, qu'être écarté.
23. M. D B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'est pas la base légale de la décision attaquée.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
24. M. D B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'assignant à résidence.
25. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
26. Le requérant soutient que la décision attaquée méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne fait nullement la démonstration de ce que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français demeurerait une perspective raisonnable. Il résulte cependant des termes de la décision attaquée que l'intéressé a déclaré détenir un passeport en cours de validité dont il a fourni une copie au préfet et qu'en application l'article L. 733-4 du même code, il lui a été prescrit la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, préalable à l'obtention par l'administration d'un laisser-passer consulaire nécessaire à l'organisation de son départ de sorte qu'il n'est pas établi qu'il n'existerait pas une perspective raisonnable à l'éloignement du requérant vers l'Algérie. En tout état de cause, les éléments avancés ne permettent pas de considérer que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fait une inexacte application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'égard de M. D B une assignation à résidence.
27. Enfin, s'il soutient qu'il est particulièrement bien intégré puisqu'il a toujours travaillé et qu'il résidait jusqu'à ce jour avec une ressortissante française, cette union n'est établie par aucune pièce du dossier. Dès lors, cette assignation à résidence ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. D B doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence que les conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais de l'instance :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme que M. D B demande sur le fondement de ces dispositions. Les conclusions qu'il présente à cette fin doivent donc être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D B, au préfet des Pyrénées-Atlantiques et au préfet de l'Indre.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeait Mme Duchesne conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
M. E
La greffière,
signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition:
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026