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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202519

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202519

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAPPAULE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2022, et par un mémoire enregistré le 18 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Appaule, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel la préfète des Landes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 et de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne s'est pas maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'était qu'en transit sur le territoire français et n'avait pas vocation à solliciter un titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa vie est menacée en cas de retour en Inde ; il souhaite retourner au Portugal où il a déjà entamé une régularisation pour obtenir une carte de résident.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur son arrêté daté du 3 novembre 2022 en ce qu'il fixe le pays de destination de M. A dès lors que par un arrêté du 21 novembre 2022, notifié à l'intéressé le 6 décembre 2022, elle a modifié le pays de destination et désigné le Portugal, État dans lequel le requérant justifie de démarches en cours et qui a accepté sa réadmission ;

- le juge administratif est incompétent pour statuer sur les conclusions à fin d'annulation d'une procédure administrative de départ forcé prononcée dans le cadre de l'article 131-30 du code pénal ;

- la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Beneteau, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 20 décembre 2022 à 10 heures, en présence de Mme Caloone, greffière, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Appaule, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; il insiste en particulier sur l'absence de production, par la préfète des Landes du procès-verbal d'interpellation de telle sorte qu'il n'est pas établi que M. A aurait été entendu sur la régularité de son séjour en France, et sur la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'était qu'en transit en France lors de son interpellation.

La préfète des Landes n'était ni présente, ni représentée à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant indien né le 10 janvier 2001 à Ladha Munda (Inde), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel la préfète des Landes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 3 novembre 2022 en ce qu'il fixe le pays de destination :

3. Aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal. " Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. () ".

4. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une () peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 29 septembre 2022, le tribunal judiciaire de Dax a reconnu M. A coupable des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France, l'a condamné à une peine de quatre mois d'emprisonnement délictuel, et a prononcé à titre complémentaire une interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans. Dans ces conditions, il n'était plus légalement autorisé à séjourner sur le territoire national tant que la condamnation qui le visait produisait ses effets. M. A n'établit pas avoir, à la date de la décision contestée, obtenu le relèvement de la décision judiciaire d'interdiction du territoire français. Par suite, l'autorité administrative était tenue de pourvoir à l'exécution de cette décision judiciaire en édictant à l'encontre de M. A une décision motivée fixant son pays de destination.

7. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A a sollicité son admission au séjour au Portugal, le 30 avril 2022, et que les autorités portugaises ont accepté, le 16 novembre 2022, son retour sur leur territoire. En conséquence, par un arrêté du 21 novembre 2022 notifié à l'intéressé le 6 décembre 2022, la préfète des Landes a modifié l'arrêté pris le 3 novembre 2022 en ce qu'il fixe le pays de destination de M. A et décidé de son éloignement à destination du Portugal, ce qui, au demeurant, répond au souhait de l'intéressé. Par suite, comme le fait valoir la préfète des Landes en défense, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision du 3 novembre 2022 fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

8. La mesure d'éloignement sans délai prise par la préfète des Landes résulte de plein droit de la condamnation judiciaire prononcée à l'encontre de M. A. S'agissant d'une simple mesure d'exécution de la peine d'interdiction du territoire français dont il fait l'objet, les moyens qu'il soutient pour en contester la légalité ne peuvent qu'être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense au motif de la tardiveté du recours, les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont le requérant demande le versement à son conseil sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète des Landes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

A. BENETEAULa greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

Signé

M. B

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