mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202555 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | LEPLAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 novembre 2022 et le 4 juin 2023, la société à responsabilité limitée L'Adour, représentée par Me Leplat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel le maire de la commune de Dax a interdit la vente à emporter de boissons alcoolisées sur une partie du territoire communal entre
20 h et 8 h ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Dax les entiers dépens ainsi qu'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué repose sur des faits matériellement inexacts, aucun phénomène d'alcoolisation excessive nocturne à l'aide de boissons fortes provenant notamment de commerces en détail n'étant à déplorer ; la commune ne rapporte d'ailleurs pas la preuve de la réalité des troubles à l'ordre public ; il n'existe pas de lien entre les troubles allégués et la vente de boissons alcoolisées à emporter par les commerçants de vente de détail d'alcool ;
- il méconnaît le principe d'égalité et présente un caractère discriminatoire, le phénomène d'alcoolisation pouvant également être le fait de la clientèle des débits de boissons ;
- il est en réalité motivé par la volonté de la commune de favoriser les débits de boissons de la concurrence que représentent les commerces d'alimentation générale, ainsi que d'autres enseignes de cette dernière catégorie, en violation du droit de la concurrence ;
- il n'est ni nécessaire, ni proportionné au regard de l'objectif poursuivi en ce qu'il prononce une interdiction s'étendant sur toute l'année, y compris durant les fêtes de Dax, et portant sur un périmètre arbitrairement défini, et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il porte au-delà du seul centre-ville ;
- il porte atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, la commune de Dax, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société L'Adour une somme de
1 500 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société L'Adour ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Genty,
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,
- et les observations de M. A, directeur des affaires juridiques de la commune de Dax.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 3 novembre 2022, le maire de la commune de Dax a interdit la vente à emporter de toutes boissons alcoolisées sur une partie du territoire communal entre 20 heures et 8 heures. La société L'Adour, qui exploite un commerce d'alimentation générale dans le périmètre défini par cet arrêté, demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques () 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, y compris les bruits de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; / 3° Le maintien du bon ordre dans les endroits où il se fait de grands rassemblements d'hommes, tels que les foires, marchés, réjouissances et cérémonies publiques, spectacles, jeux, cafés, églises et autres lieux publics ; () ". Aux termes de l'article L. 3332-13 du code de la santé publique : " Sans préjudice de son pouvoir de police générale, le maire peut fixer par arrêté une plage horaire, qui ne peut débuter avant 20 heures et qui ne peut s'achever après 8 heures, durant laquelle la vente à emporter de boissons alcooliques sur le territoire de la commune est interdite. ".
3. S'il incombe au maire, en vertu des dispositions susmentionnées, de prendre les mesures qu'exige le maintien de l'ordre public, il doit concilier l'exercice de ses pouvoirs avec le respect de la liberté du commerce et de l'industrie. Le respect de la liberté d'entreprendre implique, notamment, que les personnes publiques n'apportent pas aux activités de production, de distribution ou de services exercées par des tiers, des restrictions qui ne seraient pas justifiées par l'intérêt général et proportionnées à l'objectif poursuivi. Une mesure de police administrative entravant l'exercice d'une liberté fondamentale ne peut être légalement prise que si elle est strictement nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif poursuivi.
4. L'arrêté attaqué se fonde sur ce que la vente de boissons alcoolisées par les magasins d'alimentation, épiceries et établissements de vente à emporter favorise une consommation excessive d'alcool sur la voie publique à leurs abords, sur ce que des plaintes de riverains font état de nuisances diverses générées par des groupes de personnes très alcoolisées qui provoquent des troubles à l'ordre public et sur ce que cette situation génère de nombreuses interpellations pour infractions commises pour consommation d'alcool sur la voie publique ou ivresse publique et manifeste.
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la note interne des services de la police municipale de Dax du 27 avril 2023 et des comptes-rendus de personnes physiques résidant sur place, que depuis plusieurs années, et plus particulièrement au cours de la période comprise entre les mois de janvier et novembre 2022, a été constatée la présence d'individus en état d'ivresse sur la voie publique qui s'est traduite par 27 interventions de la police municipale et 105 procès-verbaux de contraventions pour consommation d'alcool sur la voie publique. Ces incidents sont principalement imputables à des regroupements d'individus alcoolisés dont le comportement, en journée et en soirée, ne résulte ni de soirées ou d'événements festifs, ni de la fréquentation d'établissements particuliers tels que les débits de boissons ou les discothèques, et s'accompagnent régulièrement d'attitudes inappropriées, voire agressives. Dans ces conditions, les nuisances occasionnées par ces comportements matériellement établis constituent un facteur générateur de troubles à la sécurité et à la tranquillité publiques. Par suite, la décision attaquée revêt un caractère nécessaire.
6. Toutefois, si l'arrêté attaqué a pour seul objet de limiter la consommation d'alcool en période nocturne, quelle que soit la période de l'année ou de la semaine sur le domaine public et dans des lieux publics, et s'il ne porte que sur la vente à emporter de boissons alcooliques et ne l'interdit que dans la tranche horaire comprise entre 20 heures et 8 heures, il ressort également de l'ensemble des pièces produites par la commune, qu'à l'exception de cas isolés, ces troubles surviennent quasi exclusivement dans le centre-ville de la commune de Dax, et en particulier à proximité immédiate de la place de la cathédrale et de la rue Saint Vincent. Dès lors, le niveau de contrainte exercée sur l'activité des établissements concernés apparaît, au regard du périmètre retenu par l'arrêté attaqué, qui s'étend au-delà du centre-ville, excéder celui qui est strictement nécessaire pour que soient assurés le bon ordre et la tranquillité publique. Par suite, cet arrêté porte une atteinte excessive à la liberté du commerce et de l'industrie.
7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du maire de Dax du 3 novembre 2022 doit être annulé.
Sur les frais liés à l'instance :
8. D'une part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
9. La société L'Adour ne justifie pas avoir exposé des dépens dans la présente instance. Par suite, les conclusions qu'elle présente à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Dax doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière une somme de
1 500 euros au titre des frais exposés par la société L'Adour et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Dax du 3 novembre 2022 est annulé.
Article 2 : La commune de Dax versera à la société L'Adour une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la requête de la société L'Adour sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Dax présentées sur le fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée L'Adour et à la commune de Dax.
Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dax.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
M. Aubry, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
F. GENTY
Le président,
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
S. SEGUELA.
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026