mercredi 22 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202591 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2022, M. A se disant M. B E, alors incarcéré à la maison d'arrêt de Bayonne, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 17 novembre 2022 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé, en cas d'exécution d'office d'une peine d'interdiction du territoire français d'une durée de trois ans, prononcée à son encontre par un jugement du 13 octobre 2022 du tribunal correctionnel de Bayonne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut à l'irrecevabilité et au rejet, pour ce motif, de la requête.
Il précise que la requête ne contient l'exposé d'aucun fait et d'aucun moyen.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code pénal ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- aucune partie n'étant présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant marocain né le 24 août 1974 à Kenitra (Maroc), est entré sur le territoire français en 2019, selon ses déclarations. Par un arrêté du 27 octobre 2021, la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, la préfète de la Gironde l'a assigné à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours. Par ailleurs, par un jugement du 13 octobre 2022, le tribunal correctionnel de Bayonne a condamné M. E à une peine d'emprisonnement de quatre mois, assortie d'une peine d'interdiction du territoire français d'une durée de trois ans, pour des faits de vol, de tentative de vol et de maintien irrégulier sur le territoire français après placement en rétention ou assignation à résidence d'un étranger ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par une décision du 17 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fixé le pays dont l'intéressé possède la nationalité, ou tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible, comme pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office de cette peine d'interdiction du territoire français. Par la présente requête, M. E doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision du 17 novembre 2022.
2. Aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. / () ". En outre, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Enfin, aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal dressé le 1er juillet 2022 par l'officier de police judiciaire ayant procédé à l'audition de M. E, que l'intéressé a déclaré, d'une part, être de nationalité marocaine, et d'autre part, que sa mère, ses frères et sa fille mineure âgée de 6 ans résident dans son pays d'origine. En outre, si M. E a également déclaré, le 15 novembre 2022, qu'il conteste la décision envisagée fixant le pays de renvoi dès lors qu'il souhaite aller en Italie, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il serait légalement admissible dans ce pays. Enfin, le requérant ne se prévaut d'aucun risque en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le préfet, en prenant la décision attaquée, n'a nullement entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. E.
4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant M. B E et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 1er mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.
Le rapporteur,
Signé : F. CLa présidente,
Signé : S. PERDULa greffière,
Signé : M. D
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
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