lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202608 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | SP AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 24 novembre 2022, le 15 mars 2023 et le 23 janvier 2024, Mme B C, représentée par Me Pather, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 octobre 2022 par laquelle la préfète des Landes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 en application des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision par laquelle la préfète des Landes a refusé de lui délivrer un titre de séjour est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 15 février 2023, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par un courrier du 25 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre séjour qui aurait été opposé à Mme C comme étant dirigées à l'encontre d'une décision inexistante.
Par deux mémoires, enregistrés le 20 novembre 2023 et le 29 janvier 2024, Mme C a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public ainsi soulevé.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 novembre 2022 et le 15 mars 2023, M. E C , représenté par Me Pather, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 octobre 2022 par laquelle la préfète des Landes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation personnelle dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 15 février 2023, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre séjour qui aurait été opposé à M. C comme étant dirigées à l'encontre d'une décision inexistante.
Par deux mémoires, enregistrés le 20 novembre 2023 et le 29 janvier 2024, M. C a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public ainsi soulevé.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Neumaier été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction :
1. Les requêtes susvisées, enregistrées sous les n° 2202608 et n° 2202609, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Et aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L.613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
3. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles satisfont donc à l'exigence de motivation prescrite par les dispositions précitées des article L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
4. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la préfète des Landes n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle A et Mme C.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".
6. En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C ont déclaré être entrés irrégulièrement en France en 2016 accompagnés de leur fils né en 2014. Ils se sont maintenus irrégulièrement sur le territoire français, où est né le second enfant du couple en 2018. Si M. et Mme C invoquent la scolarisation de leurs enfants, il n'est toutefois pas fait état, eu égard notamment à leur jeune âge, à ce qu'ils poursuivent leur scolarité dans leur pays d'origine. Par ailleurs, si Mme C se prévaut d'un contrat à durée indéterminée signé avec la société SARL Adour Traiteur le 1er juin 2022, une telle insertion professionnelle n'est que récente à la date de l'arrêté contesté, et ce seul élément ne saurait justifier de circonstances exceptionnelles au regard de son activité professionnelle. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, et alors même qu'ils auraient noué des liens amicaux sur le territoire français, ces éléments ne suffisent pas à regarder les requérants comme justifiant de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En troisième lieu, M. et Mme C n'ont pas présenté de demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète, qui n'y était pas tenue, n'a pas examiné la possibilité d'admettre les requérants au séjour sur le fondement de cet article. Par suite, ceux-ci ne sauraient utilement invoquer ces dispositions à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les décisions leur refusant la délivrance d'un titre de séjour.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir qu'en refusant de leur délivrer un titre de séjour, la préfète des Landes aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions qui les concernent. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
12. M. et Mme C soutiennent que la décision contestée méconnaît l'intérêt supérieur de leurs enfants dès lors qu'ils sont scolarisés en France. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 7, en tout état de cause la requérante n'établit pas que ses enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Arménie. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a pas porté à l'intérêt supérieur des enfants mineurs A et Mme C une atteinte contraire aux stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, les décisions de refus de séjour contestées n'étant entachées d'aucune des illégalités alléguées, l'exception d'illégalité de ces décisions, invoquée à l'appui des conclusions A et Mme C dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français dont ils ont fait l'objet, ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.
14. En second lieu, et compte tenu de ce qui a été dit aux points 7, 10 et 12 du présent jugement, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions par lesquelles la préfète des Landes leur a fait obligation de quitter le territoire français seraient entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni d'une erreur manifeste dans au regard de leurs conséquences sur leur situation personnelle.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
15. Les décisions de quitter le territoire français contestées n'étant entachées d'aucune des illégalités alléguées, l'exception d'illégalité de ces décisions, invoquée à l'appui des conclusions A et Mme C dirigées contre les décisions fixant le pays de destination, ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes A et Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2202608 et n° 2202609 A et Mme C sont rejetées.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B C, à M. E C et à la préfète des Landes.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, président,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.
La rapporteure,
L. NEUMAIER
La présidente,
M. SELLÈSLa greffière,
M. D
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Nos 2202608, 2202609
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026