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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202659

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202659

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantPICARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2202659 le 24 novembre 2022, et des mémoires enregistrés le 18 juin 2024 et le 25 juillet 2024, M. D C, représenté par Me Soulié, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Cadeilhan-Trachère l'a rendu redevable d'une astreinte journalière jusqu'à complète réalisation des mesures prescrites par l'arrêté de mise en sécurité du 18 février 2022, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé contre cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cadeilhan-Trachère une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 511-15 du code de la construction et de l'habitation en ce qu'il n'était pas en mesure de réaliser les travaux prescrits ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 décembre 2023 et le 12 juillet 2024, la commune de Cadeilhan-Trachère, représentée par Me Picard, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 septembre 2024.

Des mémoires présentés pour la commune de Cadeilhan-Trachère ont été enregistrés le 8 novembre 2024 et le 29 novembre 2024.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2202668 le 24 novembre 2022, et des mémoires, enregistrés le 18 juin 2024 et le 25 juillet 2024, M. D C, représenté par Me Soulié, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres exécutoires nos 243 et 245 émis les 3 et 8 novembre 2022 par la commune de Cadeilhan-Trachère d'un montant de 4 320 euros relatifs à l'astreinte administrative ;

2°) de mettre à la charge de la commune de la commune de Cadeilhan-Trachère une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les titres exécutoires attaqués ne comportent pas les éléments de calcul sur lesquels ils sont fondés ;

- ils méconnaissent l'article L. 511-15 du code de la construction et de l'habitation ;

- ils sont entachés d'illégalité à raison de l'illégalité de l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Cadeilhan-Trachère le rend redevable d'une astreinte journalière jusqu'à complète réalisation des mesures prescrites par l'arrêté de mise en sécurité du 18 février 2022 ;

- ils sont entachés d'un détournement de pouvoir ;

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 décembre 2023 et le 12 juillet 2024, la commune de Cadeilhan-Trachère, représentée par Me Picard, avocat, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, à titre subsidiaire, au rejet de la requête, et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 5 000 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'objet de la requête a disparu dès lors que le titre n° 243 a été retiré et remplacé par le titre n° 245 ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 septembre 2024.

Un mémoire présenté pour la commune de Cadeilhan-Trachère a été enregistré le 8 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lepers Delepierre,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Picard, représentant la commune de Cadeilhan-Trachère.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes no 2202659 et n° 2202668 présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. C est propriétaire d'une parcelle comprenant une ancienne maison d'habitation et une ancienne bergerie dans la commune de Cadeilhan-Trachère. Ces deux immeubles étaient en mauvais état et présentaient un risque d'effondrement alors qu'ils sont mitoyens d'habitations occupées, dont un logement communal. A la suite d'un arrêté de mise en sécurité en procédure d'urgence pris par le maire de cette commune le 7 octobre 2021, et des opérations d'expertise, M. C a entrepris la réalisation de travaux provisoires afin de sécuriser les bâtiments. Par un arrêté du 18 février 2022, cette même autorité a mis en demeure M. C d'entreprendre des travaux confortatifs définitifs de reconstruction et de consolidation de l'ancienne maison d'habitation dans un délai d'un mois à compter de sa notification, sous peine de s'exposer au paiement d'une astreinte. Constatant l'absence de réalisation de ces travaux, le maire de Cadeilhan-Trachère a, par arrêté du 15 juin 2022, rendu redevable M. C d'une astreinte journalière d'un montant de 60 euros à compter de la notification de cette décision jusqu'à complète réalisation des mesures prescrites par l'arrêté de mise en sécurité du 18 février 2022. M. C a formé le 12 août 2022 un recours gracieux contre l'arrêté du 15 juin 2022. Enfin, cette même commune a émis le 3 novembre 2022 un titre exécutoire d'un montant de 4 320 € relatif à la liquidation de cette astreinte, lequel a été annulé et remplacé par un nouveau titre exécutoire émis le 8 novembre 2022 pour le même montant. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 15 juin 2022, de la décision portant rejet implicite du recours gracieux formé contre cet arrêté, et de ces titres exécutoires.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 15 juin 2022 et de la décision de rejet du recours gracieux :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : / 1° Les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers () ". Aux termes de l'article L. 511-4 du même code : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est : / 1° Le maire dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 511-2 () ".

4. Il résulte des dispositions précitées que le maire est compétent pour exercer les pouvoirs de police spéciale dans le cadre des procédures de péril ou de péril imminent régies par les articles L. 511-1 à L. 511-4 du code de la construction et de l'habitation. L'arrêté attaqué, qui entre dans le champ d'application de l'article L. 511-2 du même code, a été signé par M. A B, maire de la commune de Cadeilhan-Trachère. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : 1° La réparation ou toute autre mesure propre à remédier à la situation y compris, le cas échéant, pour préserver la solidité ou la salubrité des bâtiments contigus ; 2° La démolition de tout ou partie de l'immeuble ou de l'installation ; 3° La cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation ; 4° L'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux, à titre temporaire ou définitif. L'arrêté mentionne d'une part que, à l'expiration du délai fixé, en cas de non-exécution des mesures et travaux prescrits, la personne tenue de les exécuter est redevable du paiement d'une astreinte par jour de retard dans les conditions prévues à l'article L. 511-15, et d'autre part que les travaux pourront être exécutés d'office à ses frais. ()". L'article L.511-15 du même code dispose : " I.- Lorsque les mesures et travaux prescrits par l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité n'ont pas été exécutés dans le délai fixé, la personne tenue de les réaliser est redevable d'une astreinte dont le montant, sous le plafond de 1 000 € par jour de retard, est fixé par arrêté de l'autorité compétente en tenant compte de l'ampleur des mesures et travaux prescrits et des conséquences de la non-exécution. () II.- L'astreinte court à compter de la date de notification de l'arrêté la prononçant et jusqu'à la complète exécution des mesures et travaux prescrits. La personne tenue d'exécuter les mesures informe l'autorité compétente de leur exécution. Le recouvrement des sommes est engagé par trimestre échu. L'autorité compétente peut, lors de la liquidation trimestrielle de l'astreinte, consentir une exonération partielle ou totale de son produit si le redevable établit que la non-exécution de l'intégralité de ses obligations est due à des circonstances qui ne sont pas de son fait. () ".

6. Si M. C soutient qu'il n'a pas été en mesure de réaliser les travaux prescrits par l'arrêté du maire de Cadeilhan-Trachère du 18 février 2022 rappelé au point 2 pour des raisons indépendantes de sa volonté compte tenu qu'ils étaient conditionnés à l'obtention d'un permis de construire, lequel a été tacitement accordé le 25 mars 2022, puis retiré par arrêté du 16 juin 2022, il résulte de l'instruction que ce dernier a été à son tour retiré par arrêté du 27 juillet 2022. En outre, il n'est ni démontré ni même allégué que M. C a procédé à la réalisation de quelque mesure permettant de se conformer à l'arrêté du 18 février 2022, soit au cours de la période antérieure au retrait du permis de construire intervenu le lendemain de l'arrêté attaqué, c'est à dire dans le délai d'environ trois mois après l'arrêté du 18 février 2022, soit postérieurement à l'arrêté du 27 juillet 2022 rappelé précédemment. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été pris en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 511-15 du code de la construction et de l'habitation.

7. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 15 juin 2022, et, par voie de conséquence, de la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par M. C contre cet arrêté, doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité du titre exécutoire émis le 8 novembre 2022 :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En application de ces dispositions, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

10. Le titre exécutoire attaqué, qui a pour objet " astreinte administrative (art L. 511-15 CCH) ", vise l'arrêté du 18 février 2022 et l'arrêté d'astreinte administrative du 15 juin 2022 rappelés au point 2, signifiés par exploit d'huissier respectivement le 21 février 2022 et le 20 juin 2022. Ces arrêtés prévoient qu'il sera procédé à la mise en recouvrement de l'astreinte de 60 euros par jour à compter de la notification du deuxième arrêté, pour la période durant laquelle les travaux prescrits ne sont pas exécutés. Par suite, le titre exécutoire contesté doit être regardé comme indiquant les bases de calcul sur lesquelles il se fonde et est suffisamment motivé.

11. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 511-15 du code de la construction et de l'habitation doit, en tout état de cause, être écarté pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6.

12. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'arrêté du maire de Cadeilhan-Trachère du 15 juin 2022 rappelé au point 2 n'est pas entaché d'illégalité. Dès lors, le titre exécutoire attaqué n'a pas été pris sur le fondement de cet arrêté illégal. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, par suite, qu'être écarté.

13. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation du titre exécutoire émis le 8 novembre 2022 doivent être rejetées.

En ce qui concerne le titre exécutoire émis le 3 novembre 2022 :

15. Ainsi qu'il a été dit au point 2, le titre exécutoire attaqué a été annulé et remplacé par celui du 8 novembre 2022. À la date d'enregistrement de la requête tendant à l'annulation de ce titre de recettes, soit le 24 novembre 2022, ce dernier avait donc disparu de l'ordonnancement juridique. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les conclusions aux fins d'annulation du titre exécutoire émis le 8 novembre 2022 doivent être rejetées. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation du titre exécutoire attaqué sont irrecevables, et doivent, par suite, être également rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

17. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Cadeilhan-Trachère et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes no 2202659 et n° 2202668 de M. C sont rejetées.

Article 2 : M. C versera à la commune de Cadeilhan-Trachère une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la commune de Cadeilhan-Trachère.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques des Hautes-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Lepers Delepierre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La rapporteure,

L. LEPERS DELEPIERRE

Le président,

F. DE SAINT-EXUPERY

DE CASTILLON

La greffière

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Hautes Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière,

Nos 2202659, 2202668

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