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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202684

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202684

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantSCP GUILLAUME ET ANTOINE DELVOLVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2022, et un mémoire, enregistré le 4 février 2024, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2022 par laquelle la société Orange SA a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie du canal carpien dont elle est atteinte ;

2°) d'enjoindre à la société Orange SA de la rétablir rétroactivement dans ses droits à prise en charge des arrêts maladie et soins liés à sa pathologie ;

3°) de mettre à la charge de la société Orange SA une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence de son auteur, la société Orange ne justifie pas de ce que sa signataire avait reçu délégation pour la signer ;

- elle est insuffisamment motivée ; la référence à l'avis de la commission de réforme ayant statué sur sa pathologie du syndrome bilatéral du canal carpien est insuffisante dès lors que le procès-verbal de cette commission ne lui a pas été communiqué ;

- elle a été prise en violation du principe du contradictoire dès lors qu'elle ignorait que la commission de réforme devant laquelle elle s'est exprimée statuerait rétroactivement sur la reconnaissance d'imputabilité au service du syndrome bilatéral du canal carpien dont elle souffre ;

- elle est illégale dès lors qu'elle retire une décision créatrice de droits ; la circonstance que le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité lui ait été refusé est sans incidence dès lors qu'il s'agit d'une décision autonome ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que sa pathologie figure au tableau 57 de la sécurité sociale et qu'elle bénéficie d'une présomption d'imputabilité au service ; la société Orange inverse la charge de la preuve ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les trois experts qui l'ont examinée n'ont relevé aucune prédisposition, que son métier impliquait 30 % de saisie informatique et la rédaction de nombreux documents, qu'elle ne pratiquait aucun sport agressif pour le canal carpien et que le tribunal administratif a par ailleurs reconnu l'imputabilité au service de l'autre pathologie dont elle souffre, du " doigt à ressaut ", de sorte que le lien entre le syndrome bilatéral du canal carpien et le service est établi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2024, la société Orange SA, représentée par la SCP Delvolvé-Trichet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés de ce que la société Orange SA a, en prenant la décision du 28 septembre 2022, méconnu le champ d'application de la loi en ayant appliqué les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 à la situation de Mme A, alors que celle-ci relève des dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, et de ce que le tribunal était susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale en substituant les dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 à celles de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 sur lesquelles est fondée la décision en litige, seule en vigueur à la date à laquelle a été diagnostiquée la maladie professionnelle invoquée par Mme A, dès lors que cette substitution n'a pas pour effet de priver Mme A des garanties qui lui sont reconnues par la loi et que la société Orange SA, qui s'est fondée sur l'absence de lien de causalité direct et essentiel avec l'activité professionnelle, n'a pas fait usage d'un pouvoir d'appréciation différent dans l'application de ces dispositions.

Par ordonnance du 7 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 2 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;

- le décret n° 96-1174 du 27 décembre 1996 ;

- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beneteau,

- les conclusions de Mme Portès, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, fonctionnaire depuis 1980 de France Télécom, devenu la société Orange SA, a souffert à compter de 2017 de douleurs handicapantes aux deux mains, accompagnées d'une perte de sensibilité. Le 20 septembre 2018, elle a sollicité la reconnaissance d'une maladie professionnelle. Elle a subi une première expertise, le 16 avril 2019, au cours de laquelle l'expert a constaté notamment une inflammation bilatérale du canal carpien, qu'il a estimée en lien avec le service. Le 4 juillet 2019, la commission de réforme a donné un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service du syndrome bilatéral du canal carpien, pathologie inscrite au tableau 57 C. Par une décision du 10 juillet 2019, la société Orange SA a reconnu son imputabilité au service. Puis, par une décision du 28 septembre 2022, elle a refusé de reconnaître son imputabilité au service. Mme A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ".

3. La décision par laquelle l'administration reconnaît l'imputabilité au service d'une maladie professionnelle et accordant la prise en charge des arrêts et des soins au titre de cette maladie constitue une décision créatrice de droits au sens des dispositions précitées de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application desdites dispositions, sous réserve de dispositions législatives ou réglementaires contraires, et hors le cas où il est satisfait à une demande de l'agent, l'administration ne peut retirer un tel arrêté, s'il est illégal, que dans le délai de quatre mois suivant son adoption.

4. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 10 juillet 2019, l'imputabilité au service du syndrome bilatéral du canal carpien dont est atteinte Mme A, diagnostiqué le 1er septembre 2017, a été reconnue par la société Orange SA suivant l'avis favorable à une telle reconnaissance rendu par la commission de réforme le 4 juillet 2019. Après que la requérante a subi une nouvelle expertise, à la demande du service des retraites de l'État, le 3 septembre 2021, ayant conclu à l'impossibilité d'établir un lien direct et certain entre la pathologie déclarée et les fonctions décrites, la commission de réforme, réunie le 22 septembre 2022, a rendu un nouvel avis, défavorable à son imputabilité au service. En conséquence, la société Orange SA a, par la décision en litige du 28 septembre 2022, refusé de reconnaître l'imputabilité au service du syndrome bilatéral du canal carpien déclaré à compter du 1er septembre 2017 et a informé Mme A, par une lettre accompagnant cette décision, que sa situation serait régularisée par la non prise en charge des arrêts et des soins liés à cette pathologie. Il s'ensuit que la décision attaquée du 28 septembre 2022 retire bien la décision du 10 juillet 2019, par laquelle la société Orange SA a reconnu l'imputabilité au service de cette pathologie, soit plus de quatre mois suivant la prise de la décision du 10 juillet 2019, créatrice de droits et dont l'illégalité n'est, par ailleurs, pas démontrée. En retirant cette décision au-delà du délai de quatre mois, la société Orange SA a entaché la décision du 28 septembre 2022 d'illégalité.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 28 septembre 2022 procédant au retrait de la décision du 10 juillet 2019 reconnaissant l'imputabilité au service de la pathologie du canal carpien dont Mme A est atteinte doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Lorsqu'une décision créatrice de droits est retirée et que ce retrait est annulé, la décision initiale est rétablie à compter de la date de lecture de la décision juridictionnelle prononçant cette annulation. Il en résulte que l'annulation de la décision du 28 septembre 2022 retirant la décision du 10 juillet 2019 de la société Orange SA reconnaissant comme imputable au service le syndrome bilatéral du canal carpien de Mme A, laquelle constitue une décision créatrice de droits, n'implique aucune mesure d'injonction particulière.

Sur les frais du litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que demande la société Orange SA au titre des frais d'instance exposés et non compris dans les dépens. Mme A n'ayant pas eu recours au ministère d'avocat et ne se prévalant d'aucun frais exposé, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Orange SA la somme qu'elle demande.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la société Orange SA du 28 septembre 2022 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la société Orange SA en application de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la société Orange SA.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Foulon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La rapporteure,

A. BENETEAU

La présidente,

F. MADELAIGUE

La greffière,

S. SEGUELA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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