jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202696 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | SCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2022, M. D E, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2022 par laquelle la directrice du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan a suspendu le permis de visite de sa compagne, Mme A B, pour une durée de cinq mois ;
2°) d'enjoindre à cette même autorité de rétablir le permis de visite de sa compagne, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- les faits reprochés à Mme B ont été juridiquement qualifiés de manière inexacte ; celle-ci ne s'étant pas adressée directement à un surveillant pénitentiaire ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 19 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 avril 2024.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sellès, présidente,
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 23 mai 2022, Mme A B a obtenu un permis de visite pour rencontrer son compagnon, M. D E, incarcéré au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan depuis le 22 avril 2022. A la suite d'un parloir avec sa compagne, le 4 octobre 2022, le permis de visite de Mme B a été suspendu à titre conservatoire en raison d'une insulte envers le personnel pénitentiaire. Par une décision du 20 octobre 2022, la directrice du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan a suspendu le permis de visite de Mme B pour une durée de cinq mois. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 121-1 de ce code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise les textes en vigueur, fait ressortir des éléments de faits non stéréotypés reprenant l'incident reproché à Mme B ayant conduit à la suspension de son permis de visite. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 341-1 du code pénitentiaire : " Le droit des personnes détenues au maintien des relations avec les membres de leur famille s'exerce notamment par les visites que ceux-ci leur rendent ". Aux termes de l'article L. 341-7 du même code : " L'autorité administrative ne refuse de délivrer, suspend ou retire un permis de visite aux membres de la famille d'une personne condamnée, que pour des motifs liés au maintien du bon ordre et de la sécurité ou à la prévention des infractions. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'observations établi le 4 octobre 2022 par un surveillant du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, produit en défense que, Mme B reconnaît elle-même avoir, le même jour à 14h15, tenu des propos insultants à l'égard du personnel pénitentiaire en charge de la surveillance de ce parloir alors qu'elle rendait visite à son compagnon, incarcéré dans cet établissement. Dans ces conditions, et dès lors que la décision litigieuse a pour effet, en vue de maintenir l'ordre et la sécurité, de suspendre le permis de visite de Mme B pour une durée de cinq mois et a ainsi pris fin le 4 mars 2023, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits et d'erreur manifeste d'appréciation.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 octobre 2022 de la directrice de l'établissement pénitentiaire de Mont-de-Marsan. Les conclusions à fin d'annulation et d'injonction présentées par le requérant, doivent, par suite, être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées par celui-ci sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D E, au garde des sceaux, ministre de la justice et à l'AARPI Themis.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Neumaier, conseillère,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La présidente-rapporteure,
M. SELLÈSL'assesseure,
L. NEUMAIERLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,3
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