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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202766

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202766

lundi 18 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSELARL NOURY-LABEDE LABEYRIE SAVARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2022, sous le n° 2202766, M. F A, représenté par Me Savary-Goumi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel la préfète des Landes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé à destination duquel il pourrait être éloigné ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale, ainsi que des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle au regard de la situation sécuritaire préoccupante en République centrafricaine.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022.

II. Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2022, sous le n° 2202767, M. E A, représenté par Me Savary-Goumi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel la préfète des Landes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé à destination duquel il pourrait être éloigné ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale, ainsi que des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle au regard de la situation sécuritaire préoccupante en République centrafricaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022.

III. Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2022, sous le n° 2202768, Mme H A née B, représentée par Me Savary-Goumi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel la préfète des Landes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé à destination duquel elle pourrait être éloignée ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale, ainsi que des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle au regard de la situation sécuritaire préoccupante en République centrafricaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A née B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Neumaier.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H A née B ressortissante centrafricaine née le 6 décembre 1968, est entrée en France le 25 aout 2019 accompagnée de ses trois filles, Mme J A, Mme I A et Mme C A, et de ses deux fils, M. E A et M. F A, afin d'y solliciter l'asile. Leurs demandes ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 29 octobre 2021, décisions confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 24 février 2022. Le 16 mars 2022, Mme H A née B, M. E A et M. F A ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par des arrêtés du 30 août 2022, la préfète des Landes a refusé de leur délivrer le titre sollicité, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être éloignés. Par leurs requêtes, Mme H A née B, M. F A et M. E A demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2202766, 2202767, et 2202768 concernent la situation d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les décisions litigieuses portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A née B est entrée en France en 2019 accompagnée de ses cinq enfants, dont ses trois filles mineures, nées en 2005, 2007 et 2014, qui étaient scolarisées, à la date des décisions attaquées, respectivement en classes de cours préparatoire, 4ème et 3ème et obtenaient de bons résultats. Il ressort également des pièces du dossier que Mme A née B s'est impliquée dans ses fonctions de parents d'élèves, qu'elle s'investit également dans de nombreuses activités associatives et bénévoles au sein des associations " Compagnons Bâtisseurs Nouvelle-Aquitaine " et UFOLEP, et qu'elle a noué de multiples relations amicales depuis son arrivée en France. Il ressort également des pièces du dossier que M. E A a obtenu en 2021 un diplôme d'accès aux études universitaires mention bien. Il a été admis, au titre de l'année scolaire 2021/2022 à l'institut d'études technologiques des Pays de l'Adour en bachelor universitaire de technologie, mention génie biologique, où, ainsi qu'il ressort d'une attestation de la directrice de cet établissement du 4 avril 2022, il a fait preuve d'assiduité, avant d'être admis, pour l'année scolaire 2022/2023, à poursuivre sa scolarité en BTS " Sciences et technologie des aliments " à l'Institut Format Régions Industries Agro-alimentaires de Nouvelle-Aquitaine, en suivant notamment un apprentissage devant se dérouler jusqu'au 31 août 2024. Il ressort également des pièces du dossier que M. E A est également très investi dans une activité sportive d'haltérophilie, au titre de laquelle il a participé, au sein de l'association sportive " Stade montois " dont il est licencié depuis trois ans, aux épreuves par équipe en championnat de nationale 2 et s'est classé troisième au niveau national. Il ressort enfin des pièces du dossier que M. F A est atteint d'un retard intellectuel lié aux séquelles d'une méningite contractée à l'âge de six ans, qui se manifeste notamment par des difficultés de langage, d'apprentissage et de communication, et que son état de santé nécessite qu'il soit assisté par sa mère pour la réalisation des actes de la vie quotidienne. Il justifie néanmoins, par les documents qu'il produit, avoir participé à des enseignements en français, espagnol et informatique dispensés par l'amicale laïque montoise. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard notamment aux conditions de séjour en France des intéressés et de leurs efforts d'intégration, les requérants sont fondés à soutenir que les décisions de refus de séjour attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les décisions de la préfète des Landes portant refus de titre de séjour opposées aux requérants doivent être annulées, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard à ce qui précède, il y a lieu d'enjoindre à la préfète des Landes de délivrer les titres de séjour demandés dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Les requérants ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Savary-Goumi, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 30 août 2022 de la préfète des Landes sont annulés

Article 2 : Il est enjoint à la préfète des Landes de délivrer un titre de séjour à M. E A, à M. F A, et à Mme H A née B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Savary-Goumy la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : la présente décision sera notifiée à M. E A, à M. F A, et à Mme H A née B et à la préfète des Landes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Savary-Goumy.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Selles, présidente,

Mme Crassus, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 18 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

L. NEUMAIER La présidente,

Signé

M. SELLES

La greffière,

Signé

M. DANGENG

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

N°s 2202766, 2202767, 2202768

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