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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202812

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202812

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202812
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2022, M. C, représenté par Me Appaule, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 13 octobre 2022 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté la demande de regroupement familial qu'il a présentée au bénéfice de son épouse et de son fils ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques d'autoriser ledit regroupement familial ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par le secrétaire général de la préfecture et l'administration qui doit justifier d'une délégation de signature du préfet des Pyrénées-Atlantiques dûment publiée ;

- le refus de regroupement familial est entaché d'une erreur de droit et d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les ressources du couple ont été à tort considérées comme insuffisantes, sans tenir compte de leur évolution et sans procéder à un examen de l'ensemble des circonstances de l'espèce ;

- le refus de regroupement familial méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant dès lors qu'il est intégré en France, qu'il est présent depuis huit ans, dispose d'un logement, et demande que sa famille le rejoigne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait état de ce qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 décembre 2024, en présence de la greffière :

- le rapport de Mme Perdu, présidente rapporteure

- et les observations de Me Thelcide, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né en 1989 à Korborya (Erythrée), de nationalité érythréenne, a déposé auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) une demande de regroupement familial au profit de Mme B, sa conjointe, de nationalité érythréenne, et de M. D, son fils, né en 2020 à Addis Abeba, en Ethiopie, enregistrée le 1er juillet 2022. Par une décision du 13 octobre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté cette demande et par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. " En l'absence d'urgence, il n'y a pas lieu d'admettre M. A qui n'a pas formulé de demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 17 mai 2022, publié le 19 mai suivant au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, le préfet a donné délégation à M. Martin Lesage, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté. Au demeurant, l'arrêté est signé par le secrétaire général de la préfecture, pour le préfet " par intérim " et la situation d'intérim n'est nullement contestée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () ". Aux termes de son article L. 434-8 : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième () ". Son article R. 434-4 dispose : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; () ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

6. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que, pour refuser à M. A le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de son fils, le préfet des Pyrénées-Atlantiques s'est notamment fondé sur l'enquête réalisée pour la direction territoriale de l'OFII et sur l'insuffisance des ressources du requérant. Il ressort des pièces du dossier que l'avis d'imposition du requérant pour 2021 mentionne des revenus constitués de salaires perçus en qualité d'ouvrier en peinture, déclarés à hauteur de 7 650 euros net, et que ce dernier a également dégagé une gratification annuelle de 5 925,15 euros net au titre de son activité d'auto-entrepreneur, et que le montant mensuel moyen de ses revenus les douze mois antérieurs à la demande de regroupement familial s'élève à 1 242 euros, tandis que la moyenne mensuelle du SMIC au cours de cette même période s'élève à 1 250 euros et que le minimum de revenus requis selon l'OFII s'élève à environ 1 277 euros nets imposables pour trois personnes. Dans ces conditions, en rejetant la demande de regroupement familial de M. A au motif que celui-ci ne disposait pas de ressources suffisantes, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas méconnu les dispositions précitées.

7. En troisième et dernier lieu, s'il ressort également des pièces du dossier que la décision du 13 octobre 2022 en litige est également fondée sur ce qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au respect dû au droit du requérant à mener une vie privée et familiale, il ressort cependant également des pièces du dossier que M. A est entré en France le 26 octobre 2015, a obtenu le statut de réfugié et réside régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident, tandis qu'il a exercé des missions d'intérim au sein de l'agence " Tribay " et mène également une activité d'auto-entrepreneur, et que ses revenus ont progressé durant la période comprise entre le mois de mai et d'octobre 2022. Ainsi, et dès lors qu'il ne peut retourner vivre en Erythrée et que sa femme ainsi que son fils sont de nationalité érythréenne, dans les circonstances particulières de cette espèce, le refus opposé à la demande de regroupement familial porte une atteinte disproportionnée au droit du requérant à mener une vie privée et familiale garanti, notamment, par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin d'examiner le moyen tiré de ce que la décision en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 13 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard au motif retenu, et dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'enquête diligentée par la mairie de Billère a permis de considérer que la condition relative au logement prévue au 2° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était satisfaite, l'annulation du refus opposé le 13 octobre 2022 à la demande de regroupement familial présenté par M. A implique nécessairement, sauf circonstance nouvelle, que le préfet des Pyrénées-Atlantiques fasse droit à cette demande.

Sur les frais de l'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 13 octobre 2022 rejetant la demande de regroupement familial déposée par M. A est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet d'autoriser le regroupement familial demandé par M. A en faveur de son épouse et de leur fils.

Article 4 : L'État versera à M. A une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

Mme Genty, première conseillère,

M. Aubry, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2024.

La présidente rapporteure,

S. PERDU L'assesseure,

F. GENTY La greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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