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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202819

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202819

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMOURA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Moura, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un certificat de résidence algérien à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de réexaminer sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) et de mettre à la charge du préfet des Hautes-Pyrénées une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable.

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministère de l'intérieur et les articles L. 435-1 à L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le délai de trente jours est trop bref pour organiser son départ ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2022.

Par ordonnance du 30 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Neumaier.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 13 juin 1993, a déposé 26 août 2016 une demande d'asile, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 25 novembre 2016. Par un arrêté du 26 février 2018, le préfet de Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Par décision du 18 février 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande de réexamen de sa demande d'asile. Par arrêté du 6 avril 2021, le préfet de Haute-Garonne l'a à nouveau obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 3 juin 2022, M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour auprès de la préfecture des Hautes-Pyrénées. Par arrêté du 16 août 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la légalité du refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 23 juin 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hautes-Pyrénées, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Sybille Samoyault, secrétaire générale de la préfecture des Hautes-Pyrénées et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment toutes décisions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée vise, notamment, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pertinentes, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dont le préfet des Hautes-Pyrénées a fait application. Elle rappelle la nationalité algérienne du requérant, ainsi que sa situation personnelle au regard d'un éventuel droit au séjour et les décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ainsi, le préfet des Hautes-Pyrénées a suffisamment motivé en droit et en fait la décision contestée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, M. C ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière pour l'exercice de ce pouvoir. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet aurait entaché sa décision d''erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard de cette circulaire doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, des modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie sa demande de titre de séjour que par la production de deux bulletins de travail pour l'année 2021, d'une promesse d'embauche datée du 7 juin 2022 de la société Salaisons de l'Adour, d'une demande d'autorisation de travail datée du 15 juin 2022 et de bulletins de travail pour les six premiers mois de l'année 2022 des contrats d'intérim. Cependant, M. C ne justifie pas avoir travaillé depuis son arrivée sur le territoire français. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet des Hautes-Pyrénées a examiné s'il y avait lieu de le faire bénéficier d'une mesure de régularisation à titre exceptionnel.

8. Par ailleurs, M. C ne peut utilement soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que ces dispositions, sur lesquelles le préfet des Hautes-Pyrénées ne s'est pas fondé pour refuser de faire droit à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est exclusivement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, ces moyens inopérants doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 2°. Au ressortissant algérien marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française () 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autorisation de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus (). Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire français le 3 mars 2014 et s'y est maintenu malgré deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire. Par ailleurs, si l'intéressé se prévaut d'avoir travaillé et avoir épousé une ressortissante française le 19 novembre 2022, cette union présentait un caractère récent à la date de l'arrêté attaqué. En outre, M. C ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident notamment ses parents et trois de ses frères et sœurs. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hautes-Pyrénées aurait entaché sa décision d'erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

12. Si M. C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation, le préfet a correctement motivé la décision de refus de titre de séjour, et n'était dès lors pas dans l'obligation de fournir une motivation distincte en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales ". Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union Européenne également invoqué par la requérante.

14. Si M. C soutient qu'il n'a pu faire connaître au préfet ses observations sur la mesure d'éloignement envisagée, il ne précise toutefois pas les éléments pertinents qu'il aurait pu faire valoir. En outre, il n'est ni établi, ni même allégué, qu'il n'aurait pas été mis à même, dans le cadre de sa demande de titre, de porter ces éléments à la connaissance du préfet. Par suite, ce moyen doit être écarté.

15. En troisième lieu, la décision portant refus de séjour n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut, par voie de conséquence, qu'être écarté.

16. En quatrième lieu, pour les raisons exposées au point 10, le préfet, n'a pas entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur de droit ou d'une erreur manifestation d'appréciation au regard de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :

17. En premier lieu, par un arrêté du 23 juin 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hautes-Pyrénées, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Sybille Samoyault, secrétaire générale de la préfecture des Hautes-Pyrénées et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment toutes décisions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. En deuxième lieu, lorsque l'autorité administrative accorde un délai de trente jours, elle n'est pas tenue de motiver sa décision sur ce point si l'étranger, comme en l'espèce, n'a présenté aucune demande tendant à l'octroi d'un délai de départ plus long. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

19. En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut, par voie de conséquence, qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

20. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut, par voie de conséquence, qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et relatives aux frais du litige :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

22. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme dont le requérant demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge du préfet des Hautes-Pyrénées, qui n'a pas la qualité de partie perdante, dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A C et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé : L. NEUMAIER

La présidente,

Signé : M. SELLÈSLa greffière,

Signé : M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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