lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202823 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 décembre 2022 et 11 mai 2023, M. C A, représenté par Me Markhoff, demande au tribunal :
1°) de prononcer, à titre provisoire, son admission à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer le titre de séjour demandé, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette même autorité de réexaminer sa situation, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ;
6°) à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
7°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens de l'instance.
Il soutient que :
- sa requête est recevable.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît le 8° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle et familiale ;
- elle manque de base légale, par voie d'exception, tirée de l'illégalité de la décision portant rejet de la demande de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- la décision attaquée manque de base légale, par voie d'exception, tirée de l'illégalité des décisions portant rejet de la demande de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision attaquée manque de base légale, par voie d'exception, tirée de l'illégalité des décisions portant rejet de la demande de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
A titre principal, il oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté du recours et à titre subsidiaire, il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision du 22 novembre 2022, M. C A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Corthier.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, né le 2 février 1967 à Moulvinazar au Bangladesh, de nationalité bangladaise, est entré en France, selon ses déclarations, le 1er novembre 2011. Il a déposé une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, rejetée par décision du 30 mars 2012, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 avril 2013. Il a ensuite sollicité un réexamen de sa demande d'asile, en réponse duquel l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a de nouveau pris une décision de rejet le 15 décembre 2014, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 6 mai 2015. L'intéressé a été muni d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", en qualité d'étranger malade, valable du 25 septembre 2017 au 18 juillet 2018. Il a ensuite déposé, le 26 janvier 2022, une demande de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par arrêté du 12 octobre 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avec un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022. Par suite, il n'y a pas lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun dirigé contre la décision portant refus de titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français :
4. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 30 septembre 2022 régulièrement publié le 3 octobre 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hautes-Pyrénées, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Nathalie Guillot-Juin, secrétaire générale de la préfecture des Hautes-Pyrénées, et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Si M. A se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis 2011, de la promesse d'embauche faite par son neveu sur un poste de commis de cuisine, de sa volonté de travailler, justifiant d'un avis d'impôt sur les revenus au titre de l'année 2021, de sa participation à des cours pour améliorer sa maîtrise de la langue française depuis septembre 2022 et de la présence en France de son frère et de son neveu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France, le 1er novembre 2011 selon ses déclarations, et qu'il s'y est maintenu régulièrement uniquement d'une part, le temps de l'examen de ses demandes d'asile, jusqu'à la dernière décision de la Cour nationale du droit d'asile le 6 mai 2015, et d'autre part, le temps de validité de son titre de séjour temporaire du 25 septembre 2017 au 18 juillet 2018 et des récépissés de demande de titre de séjour délivrées par la préfecture, de sorte qu'il ne peut être regardé comme résidant en France de façon régulière depuis plus de dix ans. Par ailleurs, reconnaissant ne pas maîtriser la langue française et n'établissant pas bénéficier d'une promesse d'embauche, ainsi que son neveu l'avait pourtant affirmé devant la commission du titre de séjour lors de sa séance du 18 juillet 2022, ni avoir engagé des démarches pour obtenir une autorisation de travail, il ne justifie pas de ses capacités d'intégration dans la société française. Enfin, M. A a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans dans son pays d'origine, où il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale, sa femme et son fils y étant présents. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce et notamment des conditions de séjour en France de M. A, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'est donc pas entachée d'une inexacte application sur le fondement des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
9. Si cet article permet à l'autorité préfectorale de délivrer, au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " à des ressortissants étrangers qui ne satisfont pas aux conditions requises pour prétendre à ces titres, cette faculté est toutefois subordonnée à la condition que l'admission au séjour du demandeur réponde à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Un demandeur, qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi, l'autorité administrative devant notamment examiner, sous le contrôle du juge, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
10. Pour les mêmes raisons que celles exposées au point 7, M. A ne justifie pas de motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires, au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à justifier une admission au séjour. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hautes-Pyrénées aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () 7° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui est marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant étranger relevant du 2°, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessée depuis le mariage ; () ".
12. Le requérant doit être regardé comme invoquant la méconnaissance du 7° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige, anciennement numéroté 8° de l'article L. 511-4 du même code avant sa refonte entrée en vigueur le 1er mai 2021. Ainsi qu'il a été dit au point 7, M. A ne peut être regardé comme résidant en France de façon régulière depuis plus de dix ans. En outre, il est constant que son épouse, avec laquelle il s'est marié le 16 janvier 2003 réside au Bangladesh, ainsi que M. A l'a déclaré dans sa demande de titre de séjour présentée le 26 janvier 2022. Il ne ressort pas des pièces du dossier que son épouse réside en France depuis l'âge de treize ans et qu'il y ait une communauté de vie entre M. A et son épouse. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
13. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux développés au point 7.
14. En quatrième lieu, il résulte du point 7 et il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses effets sur la situation personnelle de M. A.
15. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire et celle fixant le pays de destination :
16. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination n'ont pas été prises sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 12 octobre 2022. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête.
Sur les frais d'instance :
19. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme dont le requérant demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
20. Par ailleurs, à défaut de dépens engagés en l'espèce, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne pourront également qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C A, au préfet des Hautes-Pyrénées et à Me Markhoff.
Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La rapporteure,
Z. CORTHIERLa présidente,
M. SELLÈS
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026