vendredi 23 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202844 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MOURA |
Vu la procédure suivante :
D une ordonnance du 12 décembre 2022, la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux a transmis le dossier de la requête de Mme C au tribunal administratif de Pau en application des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative.
D cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Bordeaux le 7 décembre 2022, Mme A C, représentée D Me Moura, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 23 novembre 2022 D laquelle la préfète de la Gironde a décidé de son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours sous astreinte de 200 euros D jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence de son auteur ;
- il est insuffisamment motivé au regard des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013, sauf à démontrer que lui ont été délivrées, dans une langue qu'elle comprend, les informations prévues à cet article, au cours d'un entretien présentant des garanties de confidentialité ;
- il la prive de garantie dès lors que le courrier D lequel la préfète a saisi les autorités espagnoles d'une demande de prise en charge n'a pas été porté à sa connaissance, ni communiqué, dans une langue comprise D elle ;
- la préfète ne s'est pas livrée à un examen des critères hiérarchisés fixés D le chapitre III du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- la préfète n'a pas examiné la possibilité de faire application de la clause discrétionnaire de l'article 17.1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 alors que sa mise en œuvre était justifiée D les risques graves qu'elle encourt en cas de transfert en Espagne ou de retour en Algérie ;
- la préfète de la Gironde a méconnu l'obligation qui lui incombe d'examiner si les conditions du traitement de son dossier D les autorités espagnoles sont conformes aux garanties exigées D le respect du droit d'asile alors que les conditions d'accueil en Espagne sont très mauvaises.
D un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés D Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Beneteau, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 décembre 2022 à 10 heures, en présence de Mme Caloone, greffière, présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes, ni représentées à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne née le 11 mars 1979 à Alger (Algérie), déclare être entrée en France avec ses quatre enfants mineurs le 12 juin 2022, en provenance de l'Espagne, munie d'un passeport algérien en cours de validité revêtu d'un visa délivré D les autorités espagnoles et valable du 7 juin 2022 au 6 juillet 2022. Le 26 août 2022, elle a déposé une demande d'asile auprès de la préfecture de la Gironde. Son visa ayant expiré depuis moins de six mois, une demande de prise en charge a été adressée aux autorités espagnoles qui ont accepté la reprise en charge de Mme C et de ses enfants le 28 septembre 2022. D la requête qu'elle a introduite auprès du tribunal administratif de Bordeaux le 7 décembre 2022, transmise au tribunal administratif de Pau D une ordonnance du 12 décembre 2022 prise sur le fondement des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative, Mme C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 D lequel la préfète de la Gironde a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée D la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. D dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée D un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée à chaque État membre, D les dispositions précitées, de décider d'examiner une demande de protection internationale présentée D un ressortissant de pays tiers, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés D ledit règlement, ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile.
4. Pour soutenir que c'est à tort que la préfète de la Gironde n'a pas fait application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, Mme C soutient qu'elle a décidé d'emmener ses enfants en Espagne au cours de l'été 2022 pour les soustraire aux risques de persécution auxquels ils étaient exposés dans leur pays où, dans l'exercice de ses fonctions de brigadier de police, elle a dénoncé les agissements criminels de ses voisins, au centre d'un trafic de stupéfiants de grande ampleur. Elle produit le procès-verbal de son audition D le chef de la sûreté de la Wilaya d'Oran, au cours duquel elle a sollicité une protection de sa hiérarchie, sans effet. Elle produit également le témoignage de son frère, resté en Algérie, qui décrit le cambriolage de la maison de Mme C en son absence, D ses voisins, et les menaces proférées contre la fille de Mme C. Elle produit encore le courrier qu'elle a adressé à la préfète de la Gironde, le 20 septembre 2022, afin de lui exposer son parcours et les raisons qui l'ont obligée, à son arrivée en Espagne, à partir très rapidement en France après avoir rencontré le frère du trafiquant de drogue qu'elle avait dénoncé. Elle détaille les menaces de mort, d'enlèvement, de viol et de séquestration de sa fille, proférées D ce trafiquant, et décrit en outre les sévices qu'elle déclare avoir personnellement subis dans l'exercice de ses fonctions et des agissements de ce voisin. Enfin, elle insiste sur sa crainte d'être retrouvée, en Espagne, D le réseau de trafiquants, et de ce qu'ils mettent à exécution les menaces proférées à l'encontre de sa fille et de sa famille en général. Dans les circonstances de l'espèce, et alors que Mme C s'était ouverte auprès de l'autorité préfectorale, en amont de la décision en litige, du grave danger auquel elle pense être exposée, avec ses enfants, en cas de retour en Espagne, la préfète de la Gironde a entaché sa décision de transfert vers les autorités espagnoles d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire d'examiner la demande d'asile de Mme C alors même que la responsabilité de cet examen ne relèverait pas de la France.
5. Pour ce motif et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du 23 novembre 2022 D de la préfète de la Gironde doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé ". Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, D la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Le juge de l'injonction est tenu de statuer sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative en tenant compte de la situation de droit et de fait existant à la date de son jugement.
7. Eu égard au motif de l'annulation de la décision de transfert de Mme C aux autorités espagnoles, tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise D la préfète de la Gironde en ne faisant pas usage de la faculté accordée D l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 d'examiner la demande d'asile de l'intéressée, cette annulation implique nécessairement que les autorités françaises instruisent sa demande d'asile en lui remettant l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le dossier destiné à la saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. D suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de statuer de nouveau sur le cas de Mme C en tenant compte du motif d'annulation retenu D le présent jugement, dans le délai de quinze jours suivant sa notification. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu d'admettre provisoirement Mme C à l'aide juridictionnelle. D suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Moura, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Moura de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme C.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 23 novembre 2022, D lequel la préfète de la Gironde a décidé de transférer Mme C aux autorités espagnoles est annulé.
Article 3 : En application de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est enjoint à la préfète de la Gironde de statuer de nouveau sur le cas de Mme C dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement, en tenant compte du motif d'annulation retenu.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Moura renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Moura, avocat de Mme C, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros lui sera versée directement.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète de la Gironde.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Moura.
Rendu public D mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.
La magistrate désignée,
Signé
A. BENETEAULa greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Signé
M.B
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026