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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2300055

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2300055

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2300055
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantOUDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Oudin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2022 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire de sorte que l'acte attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est présent sur le territoire français depuis 2017 soit plus de cinq années en ayant été scolarisé pendant trois années, qu'il détient une promesse d'embauche et que la condamnation pénale est un acte isolé et que l'infraction est commune et banale ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il est entré en France en tant que mineur et n'a plus d'attache en Albanie.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est dépourvue de motivation ;

- la décision par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées lui a fait obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un courrier en date du 11 janvier 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées a été mis en demeure de produire.

Par une ordonnance du 2 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 mai 2024.

Par une décision du 24 janvier 2023, M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Un mémoire présenté par le préfet des Hautes-Pyrénées a été enregistré le 4 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Crassus.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant albanais, né le 23 novembre 2001, est entré en France avec sa famille le 11 mai 2017. La Cour nationale du droit d'asile a rejeté sa demande d'asile. M. B a sollicité le 22 juin 2022 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " auprès du préfet des Hautes-Pyrénées. Par un arrêté du 9 décembre 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par la présente, M. B demande l'annulation de l'arrêté.

Sur l'admission de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par décision du 24 janvier 2023, M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté :

3. Par arrêté du 23 juin 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hautes-Pyrénées du même jour, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Nathalie Guillot-Juin, secrétaire générale de la préfecture et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, dont les mesures prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige a été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () " et aux termes de l'article 51 de cette Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. En conséquence, ils respectent les droits, observent les principes et en promeuvent l'application, conformément à leurs compétences respectives. / () ". Si le moyen tiré de la violation de l'article 41 précité par un Etat membre de l'Union européenne est inopérant, dès lors qu'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse qu'aux organes et aux organismes de l'Union, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. En l'espèce, M. B, reçu en préfecture dans le cadre de sa demande de délivrance de titre de séjour, a pu présenter les informations qu'il estimait utiles sur sa situation. Il n'établit ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien supplémentaire auprès des services préfectoraux, ni avoir été empêché de présenter des observations ou documents avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ou de son droit d'être entendu. En tout état de cause, à supposer que le requérant ait entendu soutenir qu'en ne prenant pas en compte les déclarations qu'il avait faites, le préfet a entaché sa décision d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen réel et sérieux, l'arrêté en litige vise les textes et mentionne les circonstances de fait sur lesquels il se fonde, et il ne ressort ni de sa motivation, ni des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation du requérant.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, de motifs exceptionnels exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. Si M. B fait valoir qu'il réside en France depuis cinq années, qu'il a une promesse d'embauche pour un emploi saisonnier dans un secteur sous tension, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B a vécu en Albanie jusqu'à l'âge de 15 ans, et ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il ressort également des pièces du dossier que ses parents se sont maintenus illégalement sur le territoire français. Enfin, il est célibataire sans enfant et n'établit pas détenir de motif exceptionnel de sorte qu'une d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisse lui être délivrée. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'intéressé ne faisait pas état de motif exceptionnel au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En troisième et dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer un titre de séjour porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

11. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

12. La décision par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B vise notamment les dispositions des articles L. 611-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent, ainsi les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique que si M. B bénéficie d'une promesse d'embauche sur un poste en secteur en tension pour un contrat saisonner, il s'est toutefois maintenu irrégulièrement sur le territoire français plus de deux années suivant l'âge de la majorité, démuni de visa long séjour, et qu'il ne peut dès lors prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision contestée précise en outre que M. B, entré en France à 15 ans et présent sur le territoire depuis sept années, est célibataire et ne justifie pas d'une ancienneté professionnelle suffisante, de circonstances humanitaires particulières ou encore d'un talent exceptionnel ou de services rendus à la collectivité pour qu'elle puisse prétendre au bénéfice d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale" sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, le préfet indique que le requérant, qui ne justifie pas de liens personnels suffisamment anciens, intenses et stables sur le territoire et ne justifie pas être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine, ne peut bénéficier des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte l'appréciation selon laquelle il n'est pas porté d'atteinte disproportionné au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée. Par suite, le préfet des Hautes-Pyrénées, qui n'était pas tenu de reprendre tous les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, a suffisamment motivé la décision de refus de séjour. Il résulte en outre des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsque l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour avec laquelle elle se confond. En outre, M. B n'établit pas être exposé à des peines ou à des traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine, ce qui constitue le motif de fait de cette même décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

13. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut, par voie de conséquence, qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à M. B une somme quelconque au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B tendant à l'admission de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B, à Me Oudin et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Selles, présidente,

Mme Neumaier, conseillère,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

L. CRASSUSLa présidente,

M. SELLESLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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