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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2300488

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2300488

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2300488
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMALFRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 février et 17 mars 2023, M. E D représenté par Me Malfray, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2023 par lequel la préfète des Landes lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai pour rejoindre le pays dont il a la nationalité assortie d'une interdiction de circulation de deux ans.

3°) condamner l'Etat à verser à Me Malfray la somme de 1200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L761-1 du CJA et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que:

- sa requête est recevable

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des dispositions de l'article L251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA)

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle a été prise sur le fondement d'une décision elle-même illégale ;

- aucune urgence au sens des dispositions de l'article L251-3 du CESEDA n'est établie ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle a été prise sur le fondement d'une décision elle-même illégale ;

- elle a été prise en violation des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

Sur l'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne relativement au droit d'être entendu ;

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2023, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête ;

Elle soutient que la requête est irrecevable et qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à Mme A B les pouvoirs qui lui sont attribués pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 20 mars 2023, Mme B a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Malfray, avocate de M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- M. D précisant qu'il souhaite être reconduit en Espagne puisque sa femme et ses enfants vivent dans ce pays ainsi que lui-même depuis plus de 20 ans et que la décision de refus de réadmission de l'Espagne n'est pas justifiée ;

- la préfète des Landes n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant polonais, est actuellement incarcéré au centre pénitentiaire de Mont de Marsan à la suite de sa condamnation à une peine d'emprisonnement de trente mois pour des faits de " transport non autorisé de stupéfiant, acquisition non autorisée de stupéfiant, importation en contrebande de marchandise dangereuse pour la santé publique ". La préfète considérant que ces faits entraient dans le champ des dispositions du 2° de l'article L251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai pour rejoindre le pays dont il a la nationalité assortie d'une interdiction de circulation de deux ans dont il demande l'annulation par le présent recours.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la demande d'annulation de l'arrêté préfectoral en date du 20 février 2023 :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile, applicable aux citoyens de l'Union européenne : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine.".

4. Il appartient à l'autorité administrative d'un État membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

5. Le requérant de nationalité polonaise purge actuellement une peine d'emprisonnement de 30 mois dont la levée d'écrou interviendra le 6 avril 2023 pour des faits de trafic de stupéfiant. Il n'a jamais séjourné en France et a été interpelé alors qu'il voyageait de l'Espagne, pays où il réside, vers l'Allemagne. Le préfet pouvait donc sans erreur d'appréciation des dispositions précitées prendre une obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision de refus d'un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L251-3 du CESEDA : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. "

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le moyen tiré, par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, M. D ne fait état d'aucune circonstance qui permettrait que lui soit octroyé un délai de départ volontaire. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 1 que son comportement représente une menace suffisamment grave pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'une violation de l'article L251-3 du code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le moyen tiré, par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

10. en second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. D soutient que sa concubine et sa fille résident en Espagne à Alcala de Henares tout comme lui avant qu'il ne soit arrêté en France pour trafic de stupéfiant alors qu'il se rendait en Allemagne. De même il soutient vivre en Espagne depuis 1991 et ne souhaite pas retourner en Pologne. Enfin, le refus de réadmission de l'Espagne n'est pas motivé valablement. Toutefois, à la supposer établie, cette dernière circonstance ne saurait, en tout état de cause, faire regarder le préfet comme ayant porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision fixant comme pays de destination celui dont il a la nationalité a été prise.

En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L251-4 du même code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. "

13. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

14. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

15. Si M. D soulève le moyen tiré de la violation de son droit à être entendu, Il ressort des pièces du dossier qu'il a parfaitement pu présenter ses observations sur l'éventuelle mesure d'éloignement pouvant être prise à son encontre notamment le 8 novembre 2022 par les services de gendarmerie de Poitiers lors de son incarcération au centre pénitentiaire de Vivonne et a été mis à même de faire part de tout élément relatif à sa situation personnelle. Il a à cette occasion préciser qu'il souhaitait être reconduit en Espagne où se trouvait sa conjointe et leur fille mais l'Espagne a refusé sa réadmission. En outre, ainsi qu'il a été énoncé au point précédent, le droit d'être entendu implique seulement que l'intéressé soit mis en mesure de présenter spontanément des observations écrites sans qu'il soit nécessaire pour le préfet de l'inviter spécifiquement à formuler de telles observations. Par suite, le moyen doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 février 2023 par lequel la préfète des Landes lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai pour rejoindre le pays dont il a la nationalité assortie d'une interdiction de circulation de deux ans.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : M. D est est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la préfète des Landes et à Me Malfray.

Copie ministre de l'intérieur

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La magistrate désignée,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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