vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2300490 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | POUDAMPA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 février 2023, la société par actions simplifiée Hivory, représentée par Me Bon-Julien, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le maire de Bordères-sur-l'Echez a fait opposition à sa déclaration préalable en vue de l'installation d'un pylône support d'une station relais de radiotéléphonie mobile, ensemble la décision du 16 décembre 2022 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux formé contre cet arrêté ;
2°) d'enjoindre au maire de Bordères-sur-l'Echez, à titre principal, de lui délivrer une attestation de non-opposition à la déclaration préalable qu'elle a déposée, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir, ou, à titre subsidiaire, de prendre un arrêté de non-opposition à cette déclaration préalable, dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Bordères-sur-l'Echez une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il aurait dû être précédé d'une procédure contradictoire ;
- il méconnaît l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ;
- il est fondé sur des motifs entachés d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des articles UA 2 et UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bordères-sur-l'Echez.
Un mémoire en production de pièce présenté pour la commune de Bordères-sur-l'Echez, représentée par Me Poudampa, a été enregistré le 30 mai 2024 et a été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Diard,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Poudampa, représentant la commune de Bordères-sur-l'Echez.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 15 septembre 2022, le maire de Bordères-sur-l'Echez a fait opposition à la déclaration préalable déposée par la société Hivory en vue de l'installation d'un pylône support d'une station relais de radiotéléphonie mobile. Par une décision du 16 décembre 2022, cette même autorité a rejeté le recours gracieux formé par la société Hivory contre cet arrêté. La société Hivory demande l'annulation de cet arrêté et de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'Etat. / () ". Aux termes de l'article R. 423-19 du même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. ". Aux termes de l'article R. 423-22 du même code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié () au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41. ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables ; / () ". Aux termes de l'article L. 424-1 du même code : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / () ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction (), le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; () ". Aux termes de l'article R. 424-10 du même code : " La décision () s'opposant au projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal. / () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 424-5 du même code : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable (), tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition () ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. / () ". Aux termes de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. / () ".
3. Il résulte des dispositions des articles L. 424-1, L. 424-5 et R. 423-23 du code de l'urbanisme que l'auteur d'une déclaration préalable doit être mis en mesure de savoir de façon certaine, au terme du délai d'instruction prévu par le code de l'urbanisme, s'il peut ou non entreprendre les travaux objet de cette déclaration. La notification de la décision d'opposition avant l'expiration du délai d'instruction, qui n'est pas un délai franc, constitue dès lors une condition de légalité de cette décision. Cette notification intervient à la date à laquelle le demandeur accuse réception de l'arrêté portant opposition à déclaration préalable, en cas de réception dès la première présentation du pli, ou à défaut doit être regardée comme intervenant à la date à laquelle le pli est présenté pour la première fois à l'adresse indiquée par le demandeur. En outre, l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018, qui a dérogé à titre expérimental à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme jusqu'au 31 décembre 2022, interdit de procéder au retrait des décisions de non-opposition portant sur l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile.
4. Il ressort des pièces du dossier que la commune Bordères-sur-l'Echez a accusé réception du dossier de déclaration préalable de la société Hivory portant sur l'implantation d'une antenne de radiotéléphonie mobile le 17 août 2022, date à compter de laquelle a commencé à courir le délai d'instruction d'un mois qui, en l'absence de prolongation de ce délai, a expiré le 17 septembre 2022. En outre, l'arrêté attaqué en date du 15 septembre 2022 par lequel le maire de cette commune a fait opposition à cette déclaration préalable n'a été notifié à la société Hivory que le 20 septembre 2022, soit postérieurement à l'expiration du délai précité. Dès lors, cet arrêté doit être regardé comme procédant au retrait de la décision tacite de non-opposition acquise le 17 septembre 2022. Par suite, l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique.
5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du maire de Bordères-sur-l'Echez du 15 septembre 2022 et, par voie de conséquence, la décision de cette même autorité du 16 décembre 2022, doivent être annulés.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Il résulte de l'instruction qu'en exécution d'une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Pau du 24 avril 2023, le maire de Bordères-sur-l'Echez a délivré à la société Hivory un certificat de non-opposition à déclaration préalable en date du 5 mai 2023, dont le caractère provisoire prend fin à la date du présent jugement. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de la requête de la société Hivory sont devenues sans objet.
Sur les frais liés au litige :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Bordères-sur-l'Echez une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société Hivory et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Bordères-sur-l'Echez du 15 septembre 2022 et la décision de cette même autorité du 16 décembre 2022 sont annulés.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction de la requête de la société Hivory.
Article 3 : La commune de Bordères-sur-l'Echez versera à la société Hivory une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Hivory et à la commune de Bordères-sur-l'Echez.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le rapporteur,
F. DIARDLe président,
F. DE SAINT-EXUPERY DE
CASTILLONLa greffière,
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026