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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2300756

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2300756

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2300756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantCHAMBERLAND-POULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 mars 2023 et le 26 mars 2023, M. B A, représenté par Me Chamberland-Poulin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet de la Gironde a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à venir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'une semaine à compter de ce jugement, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu en application de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est privée de base légale ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu en application de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et emporte des conséquences excessives sur son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu en application de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est privée de base légale ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu en application de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et emporte des conséquences excessives sur son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu en application de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en production de pièce et un mémoire en défense, enregistrés les

24 et 27 mars 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Un mémoire en production de pièces et un mémoire présentés pour M. A ont été enregistrés les 11 mars et 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumez-Fauchille ;

- et les observations de Me Choplin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité pakistanaise, est entré en France au mois de novembre 2021 selon ses déclarations. Il a présenté le 26 août 2022 une demande de titre de séjour au titre de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité de " parent d'enfant français ", subsidiairement au titre de l'article L. 423-23 du même code et, à titre infiniment subsidiaire, au titre des articles L. 423-1 et L. 423-2 du même code en qualité de conjoint de ressortissant français. Par arrêté du 20 mars 2023, le préfet de la Gironde a refusé l'admission au séjour de M. A, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 27 mars 2023, le magistrat désigné du tribunal a renvoyé devant une formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de la Gironde du 20 mars 2023, en tant qu'il porte refus de titre de séjour, les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, a admis l'intéressé à l'aide juridictionnelle provisoire et a rejeté le surplus des conclusions de cette requête. Par suite, il n'y a lieu de statuer dans le cadre de la présente instance que sur les conclusions ayant fait l'objet d'un renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 21 novembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Gironde, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Le Bonnec, secrétaire général de la préfecture et signataire de la décision attaquée , ainsi que cela résulte des mentions lisibles sur cet arrêté, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figure pas cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente manque en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. La décision attaquée portant refus d'admission au séjour se fonde sur ce que l'intéressé n'établit pas contribuer de manière effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans, sur ce que, incarcéré quatre mois après son retour du Pakistan, il n'apporte pas de preuve du maintien de sa communauté de vie avec son épouse, ni de l'existence de liens anciens, stables et durables sur le territoire français, et sur ce qu'il n'est pas dépourvu de tout lien avec son pays d'origine, où son épouse l'a rejoint et où l'un de ses enfants et ses parents résident. Par ailleurs, cette décision fait état de ce que l'intéressé, très défavorablement connu des services de police, ne démontre pas une réelle volonté d'intégration, et de ce que, considérant le bulletin n°2 de son casier judiciaire, les mentions portées au fichier du traitement des antécédents judiciaires et son actuel placement en détention provisoire pour une durée de douze mois, prolongée de deux mois, la présence en France de M. A représente une menace actuelle et grave pour l'ordre public. Par suite, et alors que le préfet de la Gironde n'était pas tenu d'exposer de manière exhaustive la situation personnelle de l'intéressé, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfèt de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. A.

7. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. " Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

8. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Par ailleurs, lorsqu'il prend une décision portant rejet d'une demande de titre de séjour, le préfet ne met pas en œuvre le droit de l'Union européenne. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du préfet de la Gironde portant rejet de cette demande de titre a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est inopérant.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". " Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "

10. Il résulte de ces dispositions qu'un étranger remplissant les conditions prévues aux articles L. 423-1, L. 423-2, L. 423-7 ou L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire, sous la seule réserve que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration lui oppose ce motif pour refuser de faire droit à sa demande, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

11. Ainsi qu'il a été dit au point 5, pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-1, L. 423-2, L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Gironde s'est fondé à la fois sur le motif tiré de ce que les conditions posées respectivement par ces articles pour la délivrance d'un titre de séjour n'étaient pas remplies et sur ce que la présence en France de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet de condamnation à des peines de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité de 8 jours commis le 6 septembre 2015, de deux mois d'emprisonnement pour des faits de dégradation et détérioration d'un bien appartenant à autrui et de port sans motif légitime d'arme blanche ou de catégorie D commis le 12 juillet 2016, de six mois d'emprisonnement pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt en récidive commis le 12 juillet 2016, de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de transport sans motif légitime d'arme de catégorie B commis le 27 avril 2017, d'un mois d'emprisonnement pour un refus à cette même date de se prêter à une opération de vérification d'identité, et de trois mois d'emprisonnement pour soustraction à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français le 17 août 2018. En exécution de ces peines, M. A a été incarcéré pendant une durée globale de treize mois entre les mois d'avril 2017 et octobre 2018. En outre, M. A fait l'objet, depuis le 3 février 2022, d'une mesure de détention provisoire pour des faits de vol et extorsion avec arme avec dissimulation volontaire du visage afin de ne pas être identifié. Si, comme le relève le requérant, cette détention provisoire ne constitue pas une preuve de sa culpabilité, sa mise en examen n'a pu être prononcée, conformément à l'article 80-1 du code de procédure pénale, que parce qu'il existait des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu'il ait pu participer, comme auteur ou comme complice, à la commission des infractions dont était saisi le juge d'instruction. Dès lors, en l'absence de tout élément permettant de douter de la vraisemblance des faits qui ont justifié la mise en détention provisoire de l'intéressé, l'autorité préfectorale pouvait, sans remettre en cause la présomption d'innocence mentionnée à l'article préliminaire du code de procédure pénale, se fonder également sur ces faits pour estimer que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public. Compte tenu de leur gravité et de leur caractère réitéré et récent, les faits commis, rappelés précédemment, à l'origine des condamnations et de la détention provisoire dont M. A a fait l'objet, la présence de ce dernier en France constitue une menace pour l'ordre public. En conséquence, et en dépit de ce que le requérant a respecté la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans prononcée à son encontre par arrêté du 19 août 2018, en prenant la décision attaquée, le préfet de la Gironde n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que le seul motif rappelé au point 11. Dès lors, la circonstance, à la supposer établie, que M. A remplissait les conditions pour l'obtention d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-1, L. 423-2, L. 423-7 ou L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

13. En septième lieu, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il aurait également présenté sa demande de titre de séjour sur ce fondement.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est marié avec une ressortissante française le 23 septembre 2019 au Pakistan, laquelle a quitté ce pays au mois de janvier 2021, après la naissance de leur premier enfant, le 21 mai 2020 et avant la naissance de leur second enfant en France le 8 mars 2021. M. A n'établit pas, par la seule production de deux factures portant respectivement sur l'achat de lait le 6 février 2021 et de deux vêtements le 16 avril 2021, d'attestations d'accompagnement à des rendez-vous médicaux aux mois de mars 2020 et avril 2021 au Pakistan pour l'aîné, et une attestation non circonstanciée d'accompagnement à des consultations chez un dentiste en France pour le cadet, contribuer effectivement à l'entretien, ni s'impliquer dans l'éducation de ses deux enfants de nationalité française, alors en particulier que le fils aîné est resté au Pakistan, tandis que M. A a quitté ce pays pour rejoindre la France au mois de novembre 2021, avant d'être incarcéré le 3 février 2022. Si, à la date de la décision attaquée, le maintien des relations entre les époux se traduit par des entretiens réguliers au parloir, espacés de deux à trois mois depuis le mois d'avril 2022, et une demande d'utilisation d'une unité de vie familiale, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Pakistan où résident son fils et ses parents. Eu égard par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 11, à la menace à l'ordre public que représente la présence de l'intéressé sur le territoire français, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, cette décision n'a pas été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de la Gironde du 20 mars 2023, en tant qu'il porte refus de titre de séjour, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

17. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.".

19. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de la Gironde du

20 mars 2023, en tant qu'il porte refus de titre de séjour, les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions de la requête de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure

Signé

V. DUMEZ-FAUCHILLE

Le président

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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