mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2301177 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 mai 2023, M. B A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions successives de retrait de points consécutives aux infractions commises les 30 janvier 2008, 21 janvier 2014 et 21 mai 2014, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de créditer son permis de conduire de quatre points, en prenant en compte la réalisation d'un stage volontaire de récupération de points ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconstituer son capital de points et lui restituer son permis de conduire dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) et de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut, à titre principal, au rejet de la requête pour irrecevabilité, en raison de sa tardiveté, et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () ".
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". L'article R. 421-5 du même code dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 223-3 du code de la route : " () Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressée de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception. () ".
3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. Lorsque la notification a été faite par lettre recommandée avec accusé de réception, cette preuve doit être regardée comme apportée lorsqu'il est établi que la lettre a été régulièrement présentée au domicile du destinataire. En cas de retour à l'administration du pli contenant la décision, cette preuve peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis de réception produit par le ministre de l'intérieur, que la décision " 48 SI " portant invalidation du permis de conduire de M. A, et comportant les voies et délais de recours, a été notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception à son adresse connue de l'administration, sous le n° 2C 081 599 2262 4, et que le pli a été retourné à l'administration revêtu des mentions " pli avisé et non réclamé " et " présenté / avisé le 23 juin ". Il résulte de ces mentions que M. A a été avisé par le dépôt à son domicile d'un avis de passage, de la mise en instance du pli recommandé au bureau de poste pendant le délai réglementaire avant le renvoi de celui-ci à l'administration. Ces éléments sont confirmés par le relevé d'information intégral produit par le requérant, qui mentionne un numéro d'avis de réception de la décision " 48 SI " identique et comporte la mention " A/P " signifiant qu'un avis de passage a été remis à l'intéressé, ainsi que la date du 23 juin 2015.
5. M. A, auquel le mémoire en défense a été régulièrement communiqué, ne conteste pas ces éléments et se borne à indiquer dans sa requête n'avoir jamais été avisé de cette notification et que l'avis de passage produit par le ministre en réponse à son recours gracieux ne comporte pas l'adresse du bureau de poste où retirer le courrier. La circonstance que l'avis de réception postal produit par le ministre de l'intérieur n'indique pas l'adresse du bureau de poste où le pli contenant la décision " 48 SI " pouvait être retiré ne constitue pas une irrégularité au regard des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale. Dans ces conditions, il doit être regardé comme ayant eu connaissance de la décision contestée le 23 juin 2015, jour de présentation de la lettre recommandée à son adresse connue de l'administration. Cette présentation a valu notification régulière et a fait courir le délai de recours contentieux de deux mois, tant contre la décision " 48 SI " contestée, que contre les décisions de retrait de points qui y sont mentionnées. Il suit de là que le recours gracieux exercé hors délai, le 30 janvier 2023, n'a pu proroger le délai de recours contentieux et que la requête enregistrée au greffe du tribunal le 2 mai 2023 est tardive et, par suite, irrecevable.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense, et de rejeter la requête de M. A comme entachée d'une irrecevabilité manifeste par application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, en ce comprises les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'État n'ayant pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Fait à Pau, le 2 octobre 2024.
La vice-présidente du tribunal,
S. PERDU
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
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