mercredi 19 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2301204 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | DUMAZ-ZAMORA |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête, enregistrée le 5 mai 2023 sous le n° 2301204, M. B A, représenté par Me Dumaz Zamora, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a astreint à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de l'Isle Jourdain ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gers de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) subsidiairement de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours et d'enjoindre au préfet du Gers de renouveler l'attestation de demande d'asile jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ; il n'est pas précisé le fondement de l'obligation de quitter le territoire dès lors que sont visées les dispositions des articles L. 611-1 4° et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- en raison de cette lacune il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation et qu'il ne s'est pas senti lié par la décision prise sur sa demande d'asile ;
- la décision méconnaît le droit d'asile consacré constitutionnellement, le principe de non refoulement et le droit pour l'étranger de se maintenir sur le territoire jusqu'à ce qu'intervienne une décision définitive sur sa demande d'asile ;
- la décision méconnaît le droit au recours effectif garanti par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit en ce qu'il n'a été porté aucune appréciation de l'intérêt des enfants mineurs, la convention de New-York n'étant pas citée ;
- la décision méconnait l'intérêt supérieur de ses enfants garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de se présenter une fois par semaine à la gendarmerie :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence car la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la demande de suspension :
- il présente des éléments sérieux au titre de sa demande d'asile, et doit être mise en mesure d'exprimer personnellement ses craintes devant la Cour nationale du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mai 2023.
II- Par une requête enregistrée le 5 mai 2023 sous le n° 2301205, Mme C A, représentée par Me Dumaz Zamora, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le préfet du Gers l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a astreinte à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de l'Isle Jourdain ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gers de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) subsidiairement de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours et d'enjoindre au préfet du Gers de renouveler l'attestation de demande d'asile jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaquée n'est pas signé en méconnaissance des dispositions de l'article L.212-1 du code de relations entre le public et l'administration ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ; il n'est pas précisé le fondement de l'obligation de quitter le territoire dès lors que sont visées les dispositions des articles L. 611-1 4° et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- en raison de cette lacune il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation et qu'il ne s'est pas senti lié par la décision prise sur sa demande d'asile ;
- la décision méconnaît le droit d'asile consacré constitutionnellement, le principe de non refoulement et le droit pour l'étranger de se maintenir sur le territoire jusqu'à ce qu'intervienne une décision définitive sur sa demande d'asile ;
- la décision méconnaît le droit au recours effectif garanti par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit en ce qu'il n'a été porté aucune appréciation de l'intérêt des enfants mineurs, la convention de New-York n'étant pas citée ;
- la décision méconnait l'intérêt supérieur de ses enfants garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de se présenter une fois par semaine à la gendarmerie :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence car la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la demande de suspension :
- elle présente des éléments sérieux au titre de sa demande d'asile, et doit être mise en mesure d'exprimer personnellement ses craintes devant la Cour nationale du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2023.
III- Par une requête enregistrée le 25 mai 2023 sous le n° 2301376, Mme C A, représentée par Me Dumaz Zamora, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le préfet du Gers l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a astreinte à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de l'Isle Jourdain ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gers de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) subsidiairement de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours ;
4°) d'enjoindre au préfet du Gers de renouveler l'attestation de demande d'asile jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ; il n'est pas précisé le fondement de l'obligation de quitter le territoire dès lors que sont visées les dispositions des articles L. 611-1 4° et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- en raison de cette lacune il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation et ne s'est pas senti lié par la décision prise sur sa demande d'asile ;
- la décision méconnaît le droit d'asile consacré constitutionnellement, le principe de non refoulement et le droit pour l'étranger de se maintenir sur le territoire jusqu'à ce qu'intervienne une décision définitive sur sa demande d'asile ;
- la décision méconnaît le droit au recours effectif garanti par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit en ce qu'il n'a été porté aucune appréciation de l'intérêt des enfants mineurs, la convention de New-York n'étant pas citée ;
- la décision méconnait l'intérêt supérieur de ses enfants garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de se présenter une fois par semaine à la gendarmerie :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence car la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la demande de suspension :
- elle présente des éléments sérieux au titre de sa demande d'asile, et doit être mise en mesure d'exprimer personnellement ses craintes devant la Cour nationale du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
-la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 28 juin 2023 à 14 heures, en présence de Mme Ugarte, greffière d'audience :
-le rapport de Mme D ;
- les observations de Me Dumaz-Zamora, représentant M. et Mme A, qui confirment leurs écritures ; en faisant notamment valoir, que l'arrêté initialement notifié à Mme A, qui n'est pas signé n'a toutefois pas été retiré par le préfet du Gers, de sorte qu'il conviendra de l'annuler compte tenu de son illégalité ; et en insistant sur la demande de suspension au regard des risques encourus, alors qu'en l'espèce ils sont dans une situation particulière, puisqu'on ne comprend pas les décisions de rejet de l'OFPRA qui a pourtant admis que toutes leurs déclarations étaient fondées et étayées ; qu'à cet égard il a notamment été admis par l'OFPRA que M. A a pris part au conflit du Haut-Karabakh du coté arménien ; que son véhicule a été pris pour cible ; qu'il convient enfin de souligner la situation générale et les craintes de nettoyage ethnique dans cette région ; de sorte qu'ils justifient de suffisamment d'éléments ici pour obtenir la suspension
Le préfet du Gers n'étant ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant arménien, né le 27 avril 1988 à Ashgabad (URSS), est entré en France, selon ses déclarations le 3 décembre 2022, accompagné de son épouse, Mme A, de même nationalité, née le 9 décembre 1990 à Kutaisi (URSS) et de leurs deux enfants mineurs. Ils ont déposé deux demandes d'asile rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, statuant en procédure accélérée, par deux décisions du 22 mars 2023. Par trois arrêtés du 18 avril 2023, le préfet du Gers les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et les a astreints à se présenter une fois par semaine à la gendarmerie de l'Isle Jourdain. Par les présentes requêtes, M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur la jonction
2. Les requêtes susvisées n° 2301204, n° 2301205 et n° 2301376, présentées par M. A et Mme A, à l'encontre des mesures d'éloignement respectivement édictées à leur encontre présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige
3.Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite de la demande dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
4. En l'espèce, l'arrêté n°2023-32-36 du 18 avril 2023, non signé par son auteur, par lequel le préfet du Gers a obligé Mme A à quitter le territoire français, lequel n'avait donné lieu à aucune exécution, a été remplacé par un nouvel arrêté, dont l'objet est strictement identique, daté du même jour, signé par le préfet du Gers et notifié à Mme A le 12 mai 2023, soit postérieurement à l'enregistrement de la requête n°2301205. Le préfet du Gers doit être regardé comme ayant entendu, ce faisant, abroger l'arrêté initialement édicté et objet de cette requête. Il n'est pas contesté que ce nouvel arrêté, objet de la requête n°2301375, n'est toutefois pas attaqué en tant qu'il porte implicitement abrogation du premier. Il est par suite définitif, ce qui rend sans objet les conclusions tendant à l'annulation du premier arrêté. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et de suspension de la requête n°2301205.
Sur les conclusions à fin d'annulation des requêtes n° 2301204 et n° 2301376 :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, les décisions attaquées visent les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en particulier celles du 4° de l'article L. 611-1, de l'article L. 531-24 1° et de l'article L. 542-3, lequel renvoie aux articles L. 542-1 et L. 542-2 de ce code. Elles comportent ainsi un exposé suffisant des motifs de droit sur lesquels le préfet s'est fondé pour estimer que le droit au séjour des intéressés avait pris fin. Elles visent également les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionnent les décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides statuant en procédure accélérée sur les demandes d'asile de M. et Mme A et les éléments tenant à leur situation personnelle au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Ce faisant, le préfet a suffisamment motivé en droit et en fait les mesures d'éloignement en litige. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce des dossiers que le préfet du Gers n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. et Mme A, ni qu'il se serait senti lié, à tort, par les décisions prises sur leur demande d'asile, de sorte que ce moyen sera également écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Aux termes de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ".
7. Le droit à un recours effectif n'implique pas que l'étranger qui fait l'objet de la procédure prioritaire, prévue à l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dispose du droit de contester la décision de rejet qui lui est opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides devant la Cour nationale du droit d'asile, puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant cette juridiction. Au demeurant, l'étranger est à même de faire valoir utilement l'ensemble de ses arguments dans le cadre d'une procédure écrite et de se faire représenter à l'audience par un conseil ou par toute autre personne. Enfin, les dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient précisément dans l'hypothèse visée au d) du 1° de l'article L. 542-2 précité du même code que le ressortissant étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut demander au président du tribunal administratif la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si cette dernière est saisie, jusqu'à sa décision. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent M. et Mme A, cette procédure ne méconnaît ni le respect du droit d'asile, ni l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. D'une part, contrairement à ce que soutiennent M. et Mme A, les arrêtés en litige visent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et mentionnent la scolarisation récente des enfants mineurs des intéressés. D'autre part, et alors qu'il n'est pas contesté que ces décisions n'ont ni pour objet, ni pour effet, de séparer leurs enfants de l'un de leurs deux parents, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les enfants mineurs des requérants ne pourraient poursuivre dans leur pays d'origine, une scolarité qu'ils ont à peine débutée en France. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
S'agissant des décisions fixant le pays de renvoi :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Il s'ensuit que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions fixant le pays de renvoi doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. M. et Mme A soutiennent qu'ils seraient exposés à un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Arménie en raison du conflit qui l'oppose à l'Azerbaïdjan. Toutefois, alors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes au motif que leurs déclarations, bien qu'étayées, ne permettaient pas d'établir qu'en cas de retour ils seraient particulièrement exposés à une atteinte grave, directe et individuelle contre leur vie ou leur personne, les requérants ne se prévalent dans le cadre de la présente instance d'aucun élément nouveau. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions portant astreinte à se présenter une fois par semaine à la gendarmerie de l'Isle Jourdain:
13. En premier lieu, les décisions faisant obligation à M. et Mme A de se présenter une fois par semaine à la gendarmerie de l'Isle Jourdain constituent des mesures de police visant à l'exécution des obligations de quitter le territoire français qui doivent être motivées en application des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Cette motivation peut toutefois se confondre avec celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties d'un délai de départ volontaire, lesquelles sont, ainsi qu'il a été dit au point 6, suffisamment motivées en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en fait des décisions attaquées doit être écarté.
14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Il s'ensuit que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de cette illégalité à l'encontre des décisions les astreignant à se présenter une fois par semaine à la gendarmerie de l'Isle Jourdain doit être écarté.
15. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ".
16. La circonstance que les arrêtés en litige ne mentionnent pas que les décisions portant astreinte à se présenter aux services de police sont prises pour une durée limitée au délai de départ volontaire de trente jours, n'est pas de nature à entacher ces décisions d'illégalité dès lors qu'il ressort des termes de ces arrêtés que les décisions attaquées ont été prises sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces décisions auraient produit des effets après l'expiration du délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués.
Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution des mesures d'éloignement des requêtes n° 2301204 et n° 2301376 :
18. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 752-11 précise : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".
19.Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.
20. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des termes des décisions du 22 mars 2023 par lesquelles le directeur de l'office français de protection des réfugiés et apatrides a respectivement rejeté les demandes d'asile M. et Mme A, que les déclarations des intéressés permettent de tenir les faits allégués pour établis, mais qu'elles ne permettent pas de conclure à l'existence d'un risque d'atteintes graves les concernant en cas de retour. Les requérants, qui ont formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, font néanmoins valoir, d'une part, que l'ensemble de leurs déclarations ont été regardées étayées, d'autre part, que leur région d'origine est au cœur du conflit avec les forces azerbaidjanaises, et enfin qu'il a développé des éléments dans son recours devant la cour nationale du droit d'asile. Dans les circonstances particulières de l'espèce, alors qu'il est constant que les requérants sont originaires de Stepanakert, localité située à proximité immédiate de la frontière avec l'Azerbaïdjan, le couloir de Latchine étant l'objet de tensions et d'un blocus de la part de militants azéris et que les populations civiles sont soumises dans cette région à des conditions de vie particulièrement difficiles, les requérants, dont on ne peut pas exclure qu'ils pourraient se voir accorder le bénéfice de la protection subsidiaire, doivent être regardés comme présentant des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de leur demande d'asile, leur maintien sur le territoire durant l'examen de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite,
21.Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A sont seulement fondés à demander la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la date de la lecture en audience publique des décisions de la CNDA, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celles-ci.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
22.Eu égard à la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Gers de délivrer aux requérants des attestations de demande d'asile, valant autorisation de séjour jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
23. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions présentées par les époux A sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et de suspension de la requête n°2301205.
Article 2 : L'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français prises le 18 avril 2023 par le préfet du Gers est suspendue jusqu'à la date de lecture en audience publique des décisions de la Cour nationale du droit d'asile, statuant sur les recours de M. et Mme A, ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la notification de celles-ci.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Gers de délivrer à M. et Mme A une attestation de demande d'asile valant autorisation de séjour jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur leur recours, et ce dans le délai d'une semaine à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes n°2301204, n°2301205 et n°2301376 des époux A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, Mme C A et au préfet du Gers.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2023.
La présidente,
Signé
V. QUEMENERLa greffière,
Signé
P. UGARTE
La République mande et ordonne au préfet du Gers, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
N°s 2301204
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026