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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2301209

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2301209

mardi 21 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2301209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantSOPENA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 6 mai 2023, 11 mai 2023 et 30 décembre 2024, M. H D, représenté par Me Bazin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 5 mai 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre cet arrêté dans l'attente de l'avis émis par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris en son ensemble :

- il est entaché d'une incompétence de son auteur, à défaut de la production d'une délégation de signature dûment publiée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est atteint de tuberculose bacilifère ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la suspension de l'arrêté :

- il est atteint d'une tuberculose bacilifère et est suivi depuis plusieurs mois au sein du centre hospitalier de Bayonne ; il doit prochainement faire un bilan pulmonaire et souhaiterait obtenir l'avis d'un médecin de l'OFII.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Un mémoire en défense présenté par le préfet des Pyrénées-Atlantiques a été enregistré le 6 janvier 2025.

Par une décision du 12 mai 2023, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Portès.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant D H, se déclarant de nationalité algérienne, a été interpellé en situation irrégulière en France et placé en garde à vue pour des infractions à la législation sur les stupéfiants et maintien sur le territoire français malgré une obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 5 mai 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris en son ensemble :

2. Par arrêté du 4 janvier 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques le 6 janvier 2023, le préfet de ce département a donné délégation à M. Martin Lesage, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Atlantiques, à l'exception de matières parmi lesquelles ne figure pas l'entrée et le séjour des étrangers.

L'article 2 de ce même arrêté prévoit qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. Martin Lesage, la délégation donnée sera exercée par Mme E C, sous-préfète chargée de mission, secrétaire générale adjointe de la préfecture, qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. Martin Lesage et de Mme E C, la délégation donnée sera exercée par M. G I, sous-préfet, directeur de cabinet du préfet, et qu'enfin, en cas d'absence ou d'empêchement de ces trois autorités, cette délégation sera exercée par Mme B F, sous-préfète d'Oloron-Sainte-Marie, et signataire de l'arrêté attaqué. Par suite, alors qu'il n'est ni soutenu ni établi que ces trois premières autorités n'auraient pas été absentes ou empêchées, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente manque en fait.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

4. La décision attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et se fonde sur ce que M. D ne justifie pas être entré régulièrement en France où il est constant qu'il n'a pas sollicité la régularisation de sa situation administrative, et sur ce que sa présence sur le territoire français constitue une menace à l'ordre public compte tenu qu'il est défavorablement connu des services de police depuis 2019 sous différents alias et pour avoir commis diverses infractions telles que vol aggravé, violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, vol par effraction dans un local d'habitation, recel de bien provenant d'un vol, vol simple, outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique, et violence sur personne dépositaire de l'autorité publique. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

6. M. D soutient qu'il est atteint de la tuberculose bacilifère, et les pièces qu'il produit attestent d'un suivi médical entamé le 17 février 2023 au sein du centre de lutte antituberculeuse du centre hospitalier de la Côte Basque. Toutefois, à supposer que l'interruption de ce suivi médical aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié à son état de santé. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, le préfet des Pyrénées-Atlantiques aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Si M. D soutient qu'il est marié religieusement avec sa concubine et qu'un enfant est né de cette union le 29 décembre 2023, les seuls éléments produits par ce dernier, à savoir des attestations non datées et rédigées par sa concubine, lesquelles certifient qu'elle héberge son conjoint, qu'ils se sont mariés religieusement le 25 février 2023, soit moins de deux mois avant la date de la décision attaquée, et qu'elle est enceinte, des photos de leur mariage, une échographie réalisée au bénéfice de cette dernière le 2 mai 2023 et des tickets de caisse établis à leur deux noms ne permettent pas d'établir qu'il entretenait avec sa conjointe, à la date de la décision attaquée, une relation ancienne et stable. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant est défavorablement connu des services de police depuis 2019 sous différents alias et pour avoir commis diverses infractions telles que vol aggravé, violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, vol par effraction dans un local d'habitation, recel de bien provenant d'un vol, vol simple, outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique et violence sur personne dépositaire de l'autorité publique. Enfin, M. D ne démontre pas qu'il serait dépourvu d'attache dans son pays d'origine. Dès lors, compte tenu des circonstances de l'espèce et notamment des conditions de séjour en France de M. D, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'un telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

11. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, les décisions attaquées n'ont pas été prises sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'un telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

14. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

16. Si M. D demande la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre dans l'attente de l'avis émis par un médecin de l'OFII, ces conclusions n'entrent pas dans le champ d'application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile qui prévoit les seules conclusions aux fins de suspension dont il appartient au juge de l'excès de pouvoir de connaître. Par suite, les présentes conclusions de la requête de M. D, qui sont irrecevables, doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

17. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

18. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. D doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H D et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Portès, conseillère,

M. Aubry, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 janvier 2025.

La rapporteure,

E. PORTES

Le président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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