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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2301210

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2301210

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2301210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 5 mai 2023 et le 22 juin 2023, Mme A C, représentée par Me Bédouret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 120 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- l'obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ;

- cette insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- l'arrêté méconnait les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas visé ;

-le préfet n'a pas apprécié si elle était en mesure d'accéder effectivement à un traitement adapté à ses pathologies dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie de conséquence car la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 28 juin 2022 à 14 heures en présence de Mme Ugarte, greffière d'audience :

-le rapport de Mme B ;

- et les observations de Me Vignes, substituant Me Bédouret, représentant Mme C, qui confirme ses écritures et insiste sur son état de santé, en faisant valoir que l'avis du collègue des médecins produit en défense mentionne l'identité d'un autre ressortissant étranger, ce qui contrairement à ce que soutient le préfet, qui a repris cet avis, ne peut être regardé comme une simple erreur matérielle ; par ailleurs cet avis ne comporte aucune précision sur le système de santé dans son pays d'origine, de sorte que la preuve de la possibilité pour elle d'accéder effectivement aux soins en cas de retour n'est pas rapportée

Le préfet des Hautes-Pyrénées n'étant ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante congolaise, née le 6 décembre 1981 à Gbadolite (République démocratique du Congo), est entrée régulièrement en France le 12 avril 2022. Elle a déposé une demande d'asile, définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile par une décision du 16 décembre 2022. Elle a par ailleurs sollicité, le 13 janvier 2023, son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 18 avril 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que pour refuser l'admission au séjour de Mme C en qualité d'étranger malade, le préfet des Hautes-Pyrénées s'est fondé sur l'avis émis le 20 mars 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration relatif à l'état de santé de M. D. Si le préfet soutient en défense, que cette erreur présente un caractère purement matériel, il n'en demeure pas moins qu'aucun élément du dossier, et notamment pas la décision de refus de séjour en litige, ne vient établir qu'il a bien été procédé à un examen de la demande de titre de séjour de Mme C, au regard de son état de santé et de la disponibilité du traitement dans le pays dont elle est originaire.

4. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision portant refus d'admission au séjour de Mme C doit être annulée.

5. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

6. L'autorité administrative, informée de ce que l'état de santé d'un étranger nécessite des soins, ne peut légalement prononcer une obligation de quitter le territoire français avant d'avoir apprécié si l'étranger concerné est susceptible de bénéficier est susceptible de bénéficier des dispositions protectrices précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors même que l'obligation de quitter le territoire français en litige, est par ailleurs légalement fondée sur les dispositions du 4° de l'article L.611-1 du même code, l'annulation de la décision de refus de séjour, pour le motif énoncé au point 3, entraine en l'espèce, par voie de conséquence, celle de la mesure d'éloignement, et partant, de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. En égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, son exécution implique seulement qu'il soit procédé à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de Mme C en qualité d'étranger malade. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour en application des dispositions de l'article L.512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme C, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 avril 2023 du préfet des Hautes-Pyrénées est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Pyrénées de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme C et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2023.

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

P. UGARTE

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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