mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2301218 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | SELARL COUPE PEYRONNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mai 2023, la société ATC France, représentée par
Me Peyronne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2022 par lequel le maire de la commune de Lagos s'est opposé à la déclaration préalable de travaux qu'elle a déposée pour la réalisation d'une antenne-relais de téléphonie mobile, ensemble la décision du 2 mars 2023 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux formé contre cet arrêté ;
2°) d'enjoindre à la commune de Lagos, à titre principal, de prendre une décision de non-opposition à sa déclaration préalable, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir, et ce, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et subsidiairement, de réexaminer sa déclaration dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lagos une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la commune de Lagos ne peut opposer la méconnaissance de l'article
L. 111-11 du code de l'urbanisme dès lors que les conditions fixées par ce dernier ne sont pas réunies.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, la commune de Lagos conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société ATC France une somme de 1 275 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le moyen soulevé par la société ATC France n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Genty,
- et les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 9 novembre 2022, le maire de Lagos a fait opposition à la déclaration préalable présentée le 11 octobre 2022 par la société ATC France en vue de l'installation d'un pylône support d'équipements de radiotéléphonie, l'aménagement d'une zone technique et la pose d'une clôture. Par décision du 2 mars 2023, cette même autorité a rejeté le recours gracieux formé par cette société contre cet arrêté. La société ATC France demande l'annulation de cet arrêté et de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'elles poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Une modification de la consistance d'un des réseaux publics que ces dispositions mentionnent ne peut être réalisée sans l'accord de l'autorité administrative compétente. Il en résulte également qu'il peut être fait opposition à une déclaration préalable lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, lorsque l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.
3. L'arrêté attaqué vise l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et se fonde sur ce que le terrain d'assiette du projet n'est pas desservi par le réseau public de distribution d'électricité, ce qui nécessite la réalisation de travaux d'extension de ce réseau pour lesquels la commune n'est pas en mesure de préciser le délai de réalisation, ni la collectivité publique ou le concessionnaire de service public qui en assurera l'exécution.
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment la fiche de simulation de raccordement émise par la société Enedis le 5 mai 2023, que la réalisation du projet nécessite des travaux de raccordement du réseau public de distribution d'électricité sur une longueur de 41 mètres. Si ce document a été établi postérieurement à la date de l'arrêté attaqué, il n'est ni allégué ni établi que son contenu résulterait de circonstances nouvelles intervenues depuis cette décision. Dans ces conditions, le document de simulation doit être regardé comme révélant une situation existant à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, la réalisation du projet nécessitait non pas des travaux d'extension du réseau en cause, mais un simple raccordement. Par suite, le maire de Lagos n'a pu légalement s'opposer à l'opération en litige sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.
5. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du maire de Lagos du 9 novembre 2022 et, par voie de conséquence, la décision de cette même autorité du 2 mars 2023, doivent être annulés.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ". Lorsque l'exécution d'un jugement ou d'un arrêt implique normalement, eu égard aux motifs de ce jugement ou de cet arrêt, une mesure dans un sens déterminé, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision. Si, au vu de cette situation de droit et de fait, il apparaît toujours que l'exécution du jugement ou de l'arrêt implique nécessairement une mesure d'exécution, il incombe au juge de la prescrire à l'autorité compétente.
7. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur () la déclaration préalable. () ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " Lorsque la décision () s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision () d'opposition, () ". L'article L. 600-4-1 du même code dispose : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier. ".
8. Les dispositions précitées de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaître tous les motifs susceptibles de fonder l'opposition à la déclaration préalable. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs susceptibles de fonder une telle décision. Ces dispositions ont pour objet de permettre d'accélérer la mise en œuvre de projets conformes aux règles d'urbanisme applicables en faisant obstacle à ce qu'en cas d'annulation par le juge du refus opposé à l'opposition à la déclaration préalable, et compte tenu de ce que les dispositions de l'article L. 600-2 du même code conduisent à appliquer le droit en vigueur à la date de la décision annulée, l'autorité compétente prenne une nouvelle décision d'opposition.
9. Il résulte de ce qui précède que, lorsque le juge annule une décision d'opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions aux fins d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
10. Le présent jugement censure le motif sur le fondement duquel le maire de Lagos a pris son arrêté du 9 novembre 2022 portant opposition à déclaration préalable. Les dispositions d'urbanisme applicables à cette déclaration devant être regardées comme celles en vigueur à la date de la décision attaquée, il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif serait susceptible de justifier une décision d'opposition. En outre, s'il résulte de la décision du maire de Lagos du
2 mars 2023 rappelée au point 1 que les avis de la société Enedis et du syndicat mixte Territoire d'énergie des Pyrénées-Atlantiques sur la déclaration préalable auraient été émis, il ne résulte pas de l'instruction que ce changement de circonstances de fait ferait obstacle à la délivrance d'une décision de non-opposition à cette déclaration.
11. Par suite, sous réserve que, par un arrêté, dont le caractère provisoire cesse à la date du présent jugement, le maire de Lagos ait pris une décision de non-opposition à la déclaration préalable présentée par la société ATC France pour le projet en litige en exécution de l'ordonnance du 10 juillet 2023 par laquelle le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de l'arrêté de cette même autorité du 9 novembre 2022, il y a lieu d'enjoindre à cette dernière de délivrer un certificat de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société ATC France dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Lagos doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière une somme de
1 500 euros au titre des frais exposés par la société ATC France et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Lagos du 9 novembre 2022 et la décision de cette même autorité du 2 mars 2023 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Lagos, sous réserve qu'il n'ait déjà délivré un certificat de non-opposition à la déclaration préalable présentée par la société ATC France en exécution de l'ordonnance du juge des référés du 10 juillet 2023, de prendre une telle décision dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Lagos versera à la société ATC France une somme de 1 500 euros (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société ATC France et à la commune de Lagos.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
M. Aubry, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
F. GENTY
Le président,
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026