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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2301249

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2301249

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2301249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMARCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire, enregistrés les 10 et 30 mai 2023, M. A B, actuellement détenu au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, représenté par Me Marcel, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 mai 2023 par lequel la préfète des Landes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est privée de base légale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale ;

- la durée de l'interdiction présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, la préfète des Landes conclut, à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet au fond.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que M. B n'assortit sa demande d'annulation de l'arrêté d'aucun moyen :

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Duchesne pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par les articles L. 614-9 et L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par l'article R. 776-29 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mai 2023 à 15h , en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Duchesne, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Marcel, représentant M. B, qui reprend les conclusions et moyens développés dans sa requête.

La préfète des Landes n'était ni présente, ni représentée à l'audience.

L'instruction a été close après que les parties ont formulé leurs observations orales à l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 27 octobre 1995, a déclaré lors de son audition du 25 avril 2023 être entré sur le territoire français en 2009. Il est actuellement détenu au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan et est libérable le 4 août 2023. Par un arrêté du 5 mai 2023, dont M. B demande l'annulation, la préfète des Landes a fait obligation à l'intéressé de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.

3. Si M. B se prévaut de la relation qu'il entretient avec une ressortissante française résidant à Bayonne, il ne produit aucune pièce permettant d'établir l'existence de cette relation alléguée. Par ailleurs, si l'intéressé soutient être arrivé en France en 2009 alors qu'il était mineur et être présent sur le territoire français depuis 12 ans, dès lors que les périodes de détention ne peuvent être prises en compte dans le calcul d'une durée de résidence en France, il ne justifie pas d'une présence continue sur le territoire français et par conséquent d'une vie familiale intense, ancienne et stable. M. B ne justifie pas davantage être démuni d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine ni être particulièrement inséré dans la société française. Enfin, il est constant que M. B est connu des services de police pour une douzaine de signalements depuis 2011, a fait l'objet d'une peine d'emprisonnement de 2 ans assortie de 6 mois de sursis et d'une interdiction de détenir ou de porter une arme, prononcée par le tribunal correctionnel de Paris le 29 avril 2019 pour des faits de destruction du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes ayant entraîné une incapacité supérieure à 8 jours, et d'une peine de 18 mois d'emprisonnement pour violence commise en réunion sans incapacité et violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité de moins de 8 jours en état de récidive, prononcée le 17 février 2022 par le tribunal correctionnel de Bayonne. Compte tenu en particulier des conditions du séjour en France de M. B, alors au surplus qu'il avait déjà fait l'objet d'un refus de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français dès le 10 octobre 2016 par le préfet de la Seine-Saint-Denis, et d'une nouvelle mesure d'éloignement le 26 juin 2020 par le préfet de l'Essonne au motif qu'il représentait une menace pour l'ordre public, la préfète des Landes n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant au regard des buts en vue desquels sa décision a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

5. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'a pas été prise sur le fondement d'une décision faisant obligation de quitter sans délai le territoire français illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

7. Aux terme de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

8. Il résulte de ces dispositions, que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

9. M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. L'intéressé n'a justifié d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Si M. B soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 612-10 dès lors que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet présente un caractère disproportionné, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé ne justifie pas de la durée de sa présence en France depuis 2009. En outre, il n'établit pas l'existence de sa relation avec sa compagne et ne fait état d'aucune insertion professionnelle. Sa demande d'admission exceptionnelle au séjour a été rejetée par un arrêté du 10 octobre 2016 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a également fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par un arrêté du 26 juin 2020, le préfet de l'Essonne a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Enfin, M. B a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales rappelées au point 3. La circonstance que les juridictions pénales n'ont pas prononcé à son encontre de peine complémentaire d'interdiction de retour sur le territoire français ne faisait pas obstacle à ce que la préfète des Landes prononce à son encontre une interdiction administrative de retour sur le territoire français en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'il estimait que les conditions pour prononcer une telle décision étaient réunies. Dans ces conditions, la préfète des Landes, en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tant dans son principe que dans sa durée.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète des Landes, que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2: La présente décision sera notifiée à M. A B et à la préfète des Landes.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2023, à laquelle siégeait Mme Duchesne, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

La magistrate désignée,

Signé

M. Duchesne

La greffière,

Signé

M. CALOONE

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière,

Signé

M. CALOONE

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