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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2301437

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2301437

mardi 8 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2301437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantSP AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a examiné la requête de Mme B, ressortissante camerounaise, contestant le refus du préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé. Le préfet soutenait que la demande était devenue sans objet car Mme B avait obtenu le statut de réfugié. Le tribunal a rejeté cette exception de non-lieu à statuer, rappelant que la reconnaissance de la qualité de réfugié ouvre droit à une carte de résident de dix ans, mais que la décision attaquée n'est pas privée d'objet pour autant. La solution retenue est donc que le recours conserve son objet, et les textes appliqués sont les articles L. 424-1, L. 424-4 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2023, Mme A C B, représentée par Me Pather, demande au tribunal :

1°) de faire intervenir avant dire droit l'Office français de l'immigration et de l'intégration à la présente instance et, d'ordonner la communication de l'entier dossier relatif à l'état de santé de Mme B, constitué du rapport médical et des éléments sur lesquels s'est basé le collège des médecins de l'OFII pour estimer que le traitement et la prise en charge étaient effectivement accessibles au Cameroun, notamment " les fiches MEDCOI ", ainsi que les modalités de la délibération ayant donné lieu à l'avis du collège de médecins ;

2°) d'annuler la décision du 30 décembre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir ; subsidiairement, de prendre une nouvelle décision expresse après une nouvelle instruction de sa demande, dans un délai de deux mois à compter de cette notification, et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- il n'est pas établi que le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que ce médecin a transmis le rapport médical au collège de médecins et que le préfet a été informé de cette transmission, en application de l'article R. 425-12 du même code ;

- il n'est pas établi que le collège de médecins qui a émis un avis sur son état de santé était composé de trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui se sont réunis collégialement, et que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein de ce collège, en application de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est devenue sans objet dès lors que Mme B s'est vue reconnaître le statut de réfugiée le 20 juillet 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Genty.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante camerounaise, est entrée en France le 10 mai 2022. Elle a sollicité le 4 octobre 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décision du 30 décembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté cette demande. Par ailleurs, sa demande d'asile, déposée le 21 juillet 2022, a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 9 février 2023, avant d'être infirmée par celle de la Cour nationale du droit d'asile du 20 juillet 2023. Mme B demande l'annulation de la décision du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 30 décembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :

2. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ". Aux termes de l'article L. 424-4 du même code : " Le délai pour la délivrance de la carte de résident prévue à l'article L. 424-1 après la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile est fixé par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 () dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. () ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance () de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Aux termes de l'article R. 431-14 du même code : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants :/ () 12° La carte de résident prévue à l'article () L. 424-1, () ".

3. Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision ayant rejeté une demande de titre de séjour lorsque, postérieurement à la saisine de la juridiction, l'autorité administrative a délivré le titre sollicité ou un titre de séjour emportant des effets équivalents à ceux du titre demandé.

4. S'il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 juillet 2023 rappelée au point 1, accordant à Mme B le statut de réfugié, la demande de carte de résident était toujours en cours d'instruction à la date du 7 septembre 2023, il n'est pas établi qu'à la date du présent jugement, la décision du 30 décembre 2022 a été retirée ou abrogée, ni qu'un titre de séjour a été délivré à l'intéressée. Par suite, les présentes conclusions ne sont pas devenues sans objet.

En ce qui concerne le fond du litige :

5. Aux termes de l'article R.425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L.425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical () ". Aux termes de l'article 5 du même arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. / () ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. En cas de contestation devant le juge administratif portant sur ce point, il appartient à l'autorité administrative d'apporter les éléments qui permettent l'identification du médecin qui a rédigé le rapport au vu duquel le collège de médecins a émis son avis et, par suite, le contrôle de la régularité de la composition du collège de médecins.

7. S'il n'est pas sérieusement contesté que la décision attaquée a été précédée d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et l'intégration (OFII) émis le 19 décembre 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées n'apporte toutefois aucun élément permettant d'identifier le médecin instructeur, ni les médecins du collège ayant examiné le dossier de Mme B. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le médecin instructeur de l'office n'a pas siégé au sein du collège des médecins de ce dernier. Cet avis doit ainsi être regardé comme ayant été émis en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 425-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Cette irrégularité a par ailleurs privé la requérante d'une garantie. Par suite, la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, ni de solliciter de l'OFII la production de l'entier dossier médical au vu duquel le collège des médecins s'est prononcé, la décision du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 30 décembre 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

10. Ainsi qu'il a été dit au point 4, Mme B s'est vue reconnaître le statut de réfugié, ce qui lui ouvre droit à la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans. Elle a ainsi obtenu une décision lui garantissant des droits au moins équivalents au titre de séjour délivré sur sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, l'annulation de la décision du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 30 décembre 2022 n'implique pas que soit délivré à Mme B le titre de séjour sollicité, ou bien qu'une nouvelle décision soit prise, après une nouvelle instruction de la demande présentée par l'intéressée.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme B sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : La décision du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 30 décembre 2022 est annulée.

Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme B sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

M. Aubry, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2025.

La rapporteure,

F. GENTY

Le président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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