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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2301517

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2301517

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2301517
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSELARL NOURY-LABEDE LABEYRIE SAVARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juin 2023, Mme I B L, représentée par Me Savary, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel la préfète des Landes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Landes, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de cette notification, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2023, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B L ne sont pas fondés.

Mme B L a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale signée à New-York relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pauziès.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B L, ressortissante congolaise, née le 20 janvier 1978 à Kisantu (Congo), est entrée en France le 23 août 2019 accompagnée de ses cinq enfants mineurs, tous de même nationalité. Le 12 septembre 2019, elle a sollicité une demande d'asile qui a été rejetée définitivement par une décision du 5 novembre 2020 de la Cour nationale du droit d'asile. Par une décision du 21 janvier 2021, la préfète des Landes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Elle n'a toutefois pas exécuté cette mesure d'éloignement et a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 22 mars 2023, la préfète des Landes a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B L demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

3. Mme B L, qui est entrée en France en 2019, accompagnée de ses cinq enfants mineurs, soutient qu'elle a transféré en France le centre de ses intérêts privés, et elle invoque notamment la durée de sa présence sur le territoire français, ses efforts d'intégration et ses liens personnels et familiaux. Toutefois, si elle produit au soutien de ses allégations deux promesses d'embauche et de nombreuses attestations, témoignant de sa bonne insertion au sein de la société française, ces éléments ne permettent pas, à eux seuls, de témoigner d'une insertion stable et durable en France. Mme B L a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le 21 janvier 2021, à la suite du rejet de sa demande d'asile, qu'elle n'a pas exécutée. Par ailleurs, la requérante qui a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 41 ans, ne justifie pas disposer sur le territoire d'attaches stables et intenses en dehors de la cellule familiale qu'elle forme avec ses cinq enfants, de même nationalité. Enfin, la scolarisation de ses enfants ne saurait être regardée comme faisant obstacle à la poursuite de la vie privée et familiale de l'intéressée ailleurs qu'en France. Si la requérante fait valoir qu'elle a vécu des évènements traumatisants dans son pays d'origine, lesquels sont selon elle à l'origine du syndrome de stress post-traumatique dont elle souffre, elle n'a pas sollicité de titre de séjour pour raisons de santé. Dès lors, et eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressée en France, la préfète des Landes n'a ni porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

4. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

5. Si Mme B L réside en France avec ses cinq enfants, K A C, F B, G J, E J et M C B, âgés de 18, 17, 15 et 11 ans à la date de la décision attaquée, la requérante ne justifie pas de l'impossibilité pour ses enfants d'être scolarisés dans leur pays d'origine alors qu'ils y ont vécu jusqu'en 2019, et il n'est pas fait état d'éléments démontrant que la cellule familiale ne pourra se reconstituer dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention des droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B L n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

7. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 ci-dessus, la décision d'éloignement édictée par la préfète des Landes ne méconnait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B L n'est pas fondée à se prévaloir, par la voie de l'exception, d'une illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

10. Si Mme B L se prévaut de risques qu'elle encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, elle ne démontre pas, par les éléments versés aux débats, qu'elle risquerait d'être exposée, de façon directe, actuelle et personnelle, à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par le second alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et alors que la demande d'asile de la requérante a été rejetée par les instances compétentes, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions en cause.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme B L n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. La présente décision, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B L, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme dont Mme B L demande le versement à son conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B L est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme I B L et à la préfète des Landes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Pauziès, président,

Mme Foulon, conseillère,

Mme Aché, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

J-C. PAUZIÈS

La première assesseure,

C. FOULON

La greffière,

M. H

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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