mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2301609 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juin 2023, M. G A, représenté par Me Pather, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- en raison de cette lacune il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation, ni qu'il ne s'est pas senti lié par la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
- elle est illégale par voie de conséquence car la décision du 24 avril 2023 portant rejet de demande de titre de séjour est illégale dès lors que :
* la décision est insuffisamment motivée ;
* cette lacune ne permet pas de s'assurer que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
* elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière méconnaissant les articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 611-1 4° et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garantie par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence car la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 6 septembre 2023 à 14 heures en présence de Mme Ugarte greffière d'audience :
- le rapport de Mme E
- les observations de Me Dumaz-Zamora, substituant Me Pather, représentant M. A, qui confirme les conclusions et moyens développés dans sa requête, en insistant sur son intégration en France et en conséquence sur les moyens tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8, et en faisant valoir que le préfet aurait dû lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; qu'il justifie en outre de 5 ans de présence en France ; qu'il est bénévole dans les associations LGBT et justifie tant d'un réseau social important que d'une intégration professionnelle, depuis deux ans et est titulaire d'une promesse d'embauche sous contrat à durée indéterminé ; et enfin en faisant valoir s'agissant du pays de renvoi qu'il court des risques en raison de son homosexualité.
Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant nigérian, né le 22 septembre 1988 à Udi (Nigéria), est entré régulièrement en France le 2 février 2018. Il a déposé une demande d'asile en procédure dite " Dublin " requalifiée en procédure accélérée le 4 mars 2021, et définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 9 novembre 2022. Le 13 décembre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courrier du 24 avril 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande. Par un arrêté du 1er juin 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant du moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision du 24 avril 2023 rejetant sa demande de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision portant refus de séjour vise les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne la teneur de l'avis émis le 17 mars 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et relève qu'au regard des éléments portés à la connaissance du préfet, M.A ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur ce fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet se serait senti lié, à tort par l'avis émis, et n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant, de sorte que ce moyen doit être également écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () / Le collège peut demander au médecin qui suit habituellement le demandeur, au médecin praticien hospitalier ou au médecin qui a rédigé le rapport de lui communiquer, dans un délai de quinze jours, tout complément d'information. Le demandeur en est simultanément informé. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été précédée d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et l'intégration émis le 17 mars 2023 sur la base d'un rapport médical établi le 1er mars 2023 par le Dr H, médecin de l'office, régulièrement inscrit depuis le 3 octobre 2022 sur la liste établie par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par ailleurs, le collège de médecins était composé du docteur B, du docteur C et du docteur D, également régulièrement inscrits sur la liste ci-dessus mentionnée du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de sorte l'avis a été régulièrement émis sur la base d'un rapport médical établi par un médecin qui n'était pas membre du collège. Il ressort enfin des pièces produites aux débats, que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a été informé le 17 mars 2023 par le service médical de l'office de la transmission du rapport médical au collège de médecins. En tout état de cause, une telle irrégularité n'aurait pas privé le requérant d'une garantie, ni été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que cet avis a été émis en méconnaissance des dispositions précitées des articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour a été prise au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () La décision de délivrer cette carte est prise par l'autorité administrative après avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".
6. D'une part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
7. D'autre part, s'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
8. L'avis émis le 17 mars 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration mentionne que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'un certificat médical établi le 10 novembre 2020 par le Dr F, que le requérant présente des troubles psychologiques pouvant s'inscrire dans un syndrome de stress post-traumatique. Toutefois, ni ce certificat médical qui se borne à faire état des séquelles de blessures anciennes subies par le requérant, sans donner d'indication sur un éventuel traitement, ni aucune autre pièce du dossier ne permet de considérer qu'un défaut de soins aurait des conséquences vitales pour l'intéressé. Dans ces conditions, la circonstance invoquée par M. A, qu'il ne pourrait bénéficier d'un suivi médical approprié dans son pays d'origine, est en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il s'ensuit que le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du cde de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 du présent jugement que la décision du 24 avril 2023 rejetant la demande de titre de séjour de M. A n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
S'agissant des autres moyens :
10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire vise, notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 et de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent, et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne les décisions prises sur sa demande d'asile et les éléments tenant à la situation personnelle et familiale de l'intéressé au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Par ailleurs elle rappelle que par courrier du 24 avril 2023, sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade a été rejetée. La seule circonstance que le préfet n'a pas mentionnée son intégration et sa situation professionnelle alors qu'une demande d'autorisation de travail avait été formulée dans son intérêt, ne saurait permettre de regarder cet arrêté comme insuffisamment motivé alors que le préfet n'est pas tenu d'exposer de manière exhaustive la situation personnelle du requérant. Il s'ensuit que cette décision comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent et que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A, ni qu'il se serait senti lié, à tort, par les décisions prises sur sa demande d'asile. De sorte que ce moyen sera également écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".
12. Il ressort des mentions figurant sur le relevé " TelemOfpra " produit par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, lesquelles font foi jusqu'à preuve du contraire, que le recours formé par M. A, le 20 septembre 2021, à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, rejetant sa demande d'asile, a été examiné par la Cour nationale du droit d'asile lors d'une audience qui s'est tenue le 2 novembre 2022 et rejeté par une décision datée du 9 novembre 2022, notifiée le 15 décembre suivant, et d'ailleurs produite à l'instance. Il s'ensuit que le droit de M. A à se maintenir sur le territoire a cessé à cette date. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pu légalement estimer à la date de l'arrêté en litige, le 1er juin 2023, que l'intéressé se trouvait dans le cas visé au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lequel il pouvait légalement édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Et aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
14. Indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
15. M. A soutient qu'il réside en France depuis cinq ans, qu'il est intégré dans la société française et qu'il n'a plus aucun lien avec son pays d'origine, qu'il est bénévole dans plusieurs associations de lutte contre l'homophobie et qu'il s'est vu proposer un contrat de travail à durée indéterminée. Toutefois, l'intéressé qui est entré sur le territoire français le 2 février 2018, n'a été autorisé à y résider que dans le cadre de l'instruction de ses demandes d'admission au séjour, au titre de l'asile et en qualité d'étranger malade et n'a pas vocation à s'y maintenir. Par ailleurs, il n'établit pas, en dépit du décès de ses parents, être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans, ni ne démontre qu'il ne serait pas en mesure d'y poursuivre sa vie privée et familiale. Enfin, si M. A, qui est célibataire et sans enfants, produit des attestations certifiant qu'il est membre des associations " Arcolan / Les Bascos ", " AIDES " et " Le Girofard " depuis 2020, des bulletins de salaire entre juillet 2022 et mai 2023 pour des emplois d'agent de service et justifie bénéficier d'une promesse d'embauche pour un poste d'agent de service professionnel en contrat à durée indéterminée, ces éléments ne permettent pas de considérer qu'à la date de la décision attaquée, l'intéressé remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, cette mesure, compte tenu des buts dans lesquelles elle a été prise n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et par suite ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point 13 doivent être écartés.
16. Par ailleurs et pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle et professionnelle de M. A.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi
17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle fixant le pays de renvoi doit être écarté.
18. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible./ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
19. M. A fait valoir qu'il encourt des risques de traitement inhumains et dégradants en cas de retour au Nigéria en raison de son homosexualité. Toutefois, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, les éléments produits par le requérant, et notamment le certificat médical établi le 10 novembre 2020, faisant état de nombreuses cicatrices ainsi que de diverses lésions, ne saurait permettre, à eux seuls, de tenir pour établies la réalité et l'actualité des risques allégués. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
21. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'injonction de cette requête ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A demande le versement à son conseil sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
La présidente,
Signé
V. QUEMENERLa greffière,
Signé
P. UGARTE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Signé S. YNIESTA
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026