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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2301707

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2301707

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2301707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAPPAULE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 et 30 juin 2023 M. M C demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

L'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que son droit d'être entendu, tel que garanti par la charte des droits de l'Union a été respecté ;

- la mesure d'éloignement est dépourvue de base légale ; il est en situation régulière sur le territoire compte tenu du dépôt d'une demande de titre de séjour en cours d'instruction ;

En ce qui concerne le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- le préfet n'a pas procédé à une analyse des quatre critères visés à l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui entache la décision attaquée d'une erreur de droit ;

- la durée de l'interdiction de retour présente un caractère disproportionné..

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'arrêté attaqué est légalement fondé en fait et en droit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 3 juillet 2023 à 14 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- le rapport de Mme K

- les observations de Me Appaule, représentant M. C, présent, qui confirme ses écritures en faisant valoir que s'il a fait sa demande hors délai, pour des raisons indépendantes de sa volonté, il justifie bien avoir présenté une demande de titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier, ce qui faisait légalement obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement ; que contrairement à ce que soutient le préfet il n'a jamais indiqué qu'il n'exécuterait pas cette mesure de sorte que le risque de fuite justifiant l'absence de délai de départ volontaire n'est pas démontré ; que l'interdiction de retour est disproportionnée dès lors qu'elle est motivée par un trouble à l'ordre public qui n'existe pas, les faits reprochés n'étant pas démontrés en défense par le préfet qui ne verse aucun élément à l'instance ;

- les observations de M. C, assisté de Mme B, interprète en langue marocaine, qui indique qu'il souhaite rester en France et régulariser sa situation.

Le préfet de la Gironde n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. M C, ressortissant marocain né le 20 février 1996 à Haouara Oulad Raho (Maroc), est entré régulièrement en France le 26 décembre 2022 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa D valable jusqu'au 11 janvier 2023. Il a bénéficié d'une autorisation de travail, en qualité de travailleur saisonnier, qui lui a été délivré pour une durée de quatre mois à compter du 1er septembre 2022. Il a conclu avec son employeur, la société La Grappe Ecarlate, un autre contrat de travail à durée déterminée d'une durée de quatre mois à compter du 1er janvier 2023. Par un arrêté du 26 juin 2023, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, sans lui accorder dé délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Placé en rétention administrative à Hendaye, M.C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. En application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué

3. Mme J N, cheffe du bureau du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux à la préfecture de la Gironde, et signataire de l'arrêté contesté, bénéficiait par arrêté du 31 mars 2023 du préfet de ce département, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2023-060 de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer toutes décisions prises en application notamment des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A F directeur des migrations et de l'intégration et de Mme E L, directrice adjointe, coïncidant avec l'absence ou l'empêchement de Mme I D, cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, de Mme H G, adjointe, ainsi que des chefs de section et de leurs adjoints. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas allégué, que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, si M. C soutient que la décision contestée aurait été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, il ressort cependant du procès-verbal de son audition le 25 juin 2023 par un officier de police judiciaire de la compagnie de gendarmerie départementale de Libourne, produit à l'instance, qu'il a été entendu avant l'édiction de la mesure d'éloignement litigieuse et qu'il a pu, à cette occasion, faire état de sa situation personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsque () : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré () s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour () ".

6. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par M. C, que s'il est entré régulièrement en France le 26 décembre 2022 muni d'un visa D valable jusqu'au 11 janvier 2023 il s'est toutefois maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa. Il se prévaut néanmoins des démarches qu'il a entreprises en vue d'obtenir la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de travailleurs saisonnier sur le fondement des dispositions de l'article L.421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et soutient que cette demande, qui aurait dû conduire le préfet compétent à lui délivrer un récépissé l'autorisant à séjourner en France, faisait légalement obstacle à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige.

7. Toutefois, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative fasse obligation de quitter le territoire français à un étranger qui se trouve dans l'un des cas mentionnés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ne saurait davantage y faire obstacle la circonstance qu'un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour a été délivré à l'intéressé pendant la durée d'instruction de cette demande de titre de séjour. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure l'obligeant à quitter le territoire français. En l'espèce, à supposer même que M. C puisse être regardé comme établissant par les pièces produites à l'instance, avoir régulièrement présenté une demande de titre de séjour par l'intermédiaire de son employeur, il n'établit pas qu'il puisse prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, sur le fondement des stipulations de l'accord franco-marocain et des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la seule demande qu'il soutient avoir déposée, sur le fondement de l'article L.421-34 de ce code, ne conduit en tout état de cause pas à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 5 du présent jugement, des dispositions du 2° de l'article L.611-1 doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

9. Il résulte de l'arrêté attaqué que, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C, le préfet de la Gironde s'est fondé sur les dispositions précitées des 2°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, à supposer, ainsi qu'il a été dit au point 7, que le requérant puisse être regardé comme établissant par les pièces produites à l'instance avoir déposé une demande de titre de séjour par l'intermédiaire de son employeur, il n'en demeure pas moins qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire, depuis le 11 janvier 2023, date à laquelle la validité de son visa a expiré. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossierque lors de son audition par les services de gendarmerie le 25 juin 2023 il a explicitement déclaré :" je m'opposerai à l'expulsion ". Enfin la circonstance que selon ses déclarations, il soit hébergé par son employeur, ne permet pas de le regarder comme justifiant d'un lieu de résidence effective et permanente au sens et pour l'application des dispositions précitées. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstance particulière, le préfet a pu légalement refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision contestée doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. Il résulte de ces dispositions, que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

12. Pour prononcer la durée de trois ans de l'interdiction de retour, le préfet de la Gironde a relevé que l'intéressé se maintenait irrégulièrement sur le territoire français, qu'il ne justifiait pas de l'intensité et de l'ancienneté de liens sur le territoire, que ses ressources n'étaient pas légales et que sa présence constituait une menace à l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté que M. C qui est entré en France en décembre 2022 n'y justifie d'aucun lien, ni d'aucune attache intense et ancienne. Il n'est pas davantage contesté que l'intéressé qui se maintient irrégulièrement sur le territoire depuis l'expiration de son visa en janvier 2023 y a néanmoins exercé, de manière illégale, une activité professionnelle sans aucune autorisation. Dans ces conditions, à supposer même que M. C ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Gironde, qui aurait pris la même décision, s'il n'avait retenu que les autres motifs, n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant une interdiction de retour d'une durée de trois ans.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. C demande le versement à son conseil, sur le fondement desdites dispositions et celles de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : M. C est admis provisoirement au benefice de l'aide juridictionnelle.

Article 2: La requête de M. C est rejetée.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. M C et au préfet de la Gironde, préfet de la Région Nouvelle-Aquitaine.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 3 juillet 2023.

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLe greffier,

Signé

M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, préfet de Région Nouvelle-Aquitaine, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Lagreffière

Signé

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