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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2301825

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2301825

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2301825
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantROMAZZOTTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2023, M. H J B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a maintenu en rétention administrative le temps de l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour au titre de l'asile conformément à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour en France ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit comme en fait ;

- il n'est pas justifié d'une délégation de signature en faveur du signataire de l'arrêté ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet a estimé nécessaire son maintien en rétention.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Perdu, présidente, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Romazzotti, représentant M. B, présent, assisté de M. F, interprète en Langue Urdu, qui demande en outre le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité pakistanaise, est entré en France en 2020 selon ses déclarations, et soutient avoir déposé une demande d'asile le 15 octobre 2020 et avoir fait l'objet d'un arrêté de transfert vers l'Italie en décembre 2020. Il a été placé en rétention le 7 juillet 2023 en vue de l'exécution d'une obligation de quitter le territoire prise à son encontre par le préfet des Landes le 6 mars 2023, fixant le Pakistan comme pays de destination d'un éventuel renvoi, l'assignation à résidence prise à son encontre le 6 mars n'ayant pas été respectée. Le 10 juillet 2023 il a déposé une demande d'asile depuis le centre de rétention et, par un arrêté du même jour, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a maintenu en rétention administrative le temps de l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des demandeurs d'asile. Le requérant demande l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 10 juillet 2023 le maintenant en rétention.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, de faire droit à la demande de M. B tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / () La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ". Aux termes de l'article L. 754-4 du même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. () ".

4. L'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 741-1 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et se fonde sur ce que la demande d'asile n'a été présentée que dans le seul but de retarder ou de compromettre l'exécution de la mesure d'éloignement dès lors que l'intéressé a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement desquelles il s'est soustrait, qu'il a déclaré le 6 juillet 2023 refuser de quitter le territoire français, sur ce que M. B ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir le risque de fuite, faute de document d'identité ou de voyage original en cours de validité, de ressources stables issues d'une activité exercée régulièrement et de domicile fixe avéré, et sur ce que l'intéressé n'a pas respecté une précédente mesure d'assignation à résidence. Par suite, la décision, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé pris en compte par l'administration, satisfait à l'obligation de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, par un arrêté du 14 février 2023, dument publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 15 février 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques, M. E, a donné délégation au secrétaire général de la préfecture, sous-préfet de Pau, M. C, pour signer notamment la décision en litige. En outre, l'article 2 de cet arrêté précise, en son alinéa 2, qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. C et de Mme A, sous-préfète chargée de mission auprès du préfet, la délégation sera exercée par M. G I, sous-préfet, directeur de cabinet du préfet. Ainsi, dès lors qu'il n'est pas établi ni même allégué que M. C et Mme A n'auraient pas été absents ou empêchés à la date d'édiction de la décision attaquée, le moyen tiré de l'incompétence de M. G I pour signer l'arrêté en litige du 10 juillet 2023 doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. () ".

7. Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées que l'annulation d'une décision par laquelle l'autorité administrative maintient en rétention un étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile ne peut être utilement demandée que dans la mesure de la contestation des motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. A supposer même que M. B soit regardé comme invoquant, par la voie de l'exception, à l'encontre de l'arrêté du 10 juillet 2023 en litige, l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire sans délai, prise à son encontre le 6 mars 2023 par le préfet des Landes, dès lors que n'aurait pas été prise en compte une demande d'asile déposée auprès de la préfecture des Yvelines en octobre 2020, il ressort des pièces du dossier, en particulier du mémoire en défense produit dans la présente instance, que M. B ne s'est pas présenté au rendez-vous fixé par cette préfecture le 12 février 2021, qu'il n'a entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation en France et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. A cet égard M. B fait valoir qu'il aurait contacté à plusieurs reprises la préfecture des Yvelines et de Mont-de-Marsan, mais sans apporter d'élément probant au soutien de cette allégation. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision d'obligation de quitter le territoire, avec interdiction de retour et fixation du pays de destination, prise à son encontre le 6 mars 2023 par la préfète des Landes, sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que M. B s'est maintenu en France en situation irrégulière, serait illégale.

8. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'en faisant application des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en considérant ainsi l'Etat français responsable de la demande d'asile déposée le 10 juillet 2023 par M. B, placé en rétention le 7 juillet 2023 par le préfet des Pyrénées-Atlantiques en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement du 6 mars 2023, à la suite de son interpellation le 6 juillet par la gendarmerie nationale, mais en retenant qu'eu égard à l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, l'intéressé ayant notamment déclaré lors de son audition qu'il ne souhaitait pas retourner dans son pays d'origine, cette demande d'asile était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de ladite mesure d'éloignement, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

10. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. H J B et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La magistrate désignée,

Signé

S. PERDU La greffière,

Signé

M. DLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière :

Signé

M. D

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