vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2301946 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | SCP CGCB & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire en production de pièces et des mémoires, enregistrés le
21 juillet 2023, le 22 août 2023 et le 22 décembre 2023, M. M D, Mme J C, la société civile immobilière des écoles, Mme F D la société civile immobilière Loudia, M. E G, Mme I A, M. et Mme H et K L, représentés par Me Vermote, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le maire de Saint-Jean-de-Luz a délivré à l'Office public de l'habitat des Pyrénées-Atlantiques un permis de construire en vue de l'édification d'un ensemble immobilier comprenant 32 logements et un local municipal, ensemble la décision par laquelle cette même autorité a implicitement rejeté leur recours gracieux formé contre cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Jean-de-Luz une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les articles I.2., II.1.1, II .1.2 et II.2.1 de la zone UA du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Jean-de-Luz ;
- il n'a pas été précédé d'une permission de voirie.
Par des mémoires en défense enregistrés le 11 novembre 2923 et le 1er février 2024, l'Office public de l'habitat des Pyrénées-Atlantiques, représenté par Me Gauci, conclut au rejet de la requête, subsidiairement, à ce qu'il soit sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que soit mise à la charge solidaire des requérants une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'intervention volontaire de Mme D et M. G est irrecevable car elle devait faire l'objet d'un mémoire distinct, en application de l'article R. 632-1 du code de justice administrative, et les intéressés ne produisent pas de justificatif de propriété ou de jouissance ;
- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 décembre 2023 et le 2 février 2024, la commune de Saint-Jean-de-Luz, représentée par Me Logeais, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit sursis à statuer sur les demandes des requérants sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté de la requête, en tant qu'elle émane de Mme F D et de M. E G.
Les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de retenir le moyen tiré de la méconnaissance de l'article II.1.1 du règlement applicable en zone UA du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Jean-de-Luz, et de surseoir à statuer, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, pour un délai de quatre mois, et ont été invitées à émettre des observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Leduc, représentant les requérants, de Me Logeais, représentant la commune de Saint-Jean-de-Luz, et de Me Trianta Filidis, représentant l'Office public de l'habitat des Pyrénées-Atlantiques.
Une note en délibéré présentée pour l'Office public de l'habitat des Pyrénées-Atlantiques a été enregistrée le 29 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 20 janvier 2023, le maire de Saint-Jean-de-Luz a délivré à l'Office public de l'habitat des Pyrénées-Atlantiques un permis de construire en vue de l'édification d'un ensemble immobilier comportant 32 logements et d'un local communal. Par courrier du 20 mars 2023, reçu le 22 mars 2023, M. D et autres ont formé un recours gracieux contre cet arrêté. Ces derniers demandent l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2023 et de la décision par laquelle le maire de Saint-Jean-de-Luz a implicitement rejeté leur recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 20 janvier 2023 :
S'agissant des fins de non-recevoir opposées par la commune de Saint-Jean-de-Luz et par l'Office public de l'habitat des Pyrénées-Atlantiques :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L.261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Il appartient ensuite au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet.
4. Il ressort des pièces du dossier que si M. D, Mme C, la société civile immobilière des écoles et Mme A sont propriétaires au sein de l'immeuble sis sur les parcelles cadastrées section n° 525 et n° 526, dont une façade seulement est orientée vers le projet, compte tenu de l'absence de précision quant à la localisation des lots dont ces requérants sont respectivement propriétaires, ils ne justifient pas que le projet porterait atteinte aux conditions de jouissance et d'utilisation de leur bien, le risque d'atteinte à la sécurité publique du fait du flux supplémentaire de véhicules qu'impliquerait le projet n'étant par ailleurs pas démontré. De même, si M. et Mme L justifient être propriétaires d'un lot à aménager à usage d'habitation au sein d'un immeuble situé sur les parcelles cadastrées section n° 516 et n° 518, il ressort du plan cadastral que l'immeuble en cause se situe en second rang et ne donne pas directement sur l'impasse des écoles qui longe le terrain d'assiette du projet, de sorte qu'en l'absence de précision complémentaire quant à la localisation du lot dont ils sont propriétaires,
M. et Mme L n'établissent pas l'atteinte qui serait portée aux conditions d'utilisation et de jouissance de leur bien. En revanche, la société Loudia est propriétaire d'une maison située en face du projet, à l'ouest de celui-ci, sur le trottoir opposé de l'impasse des écoles. Le projet, qui se situe à l'est de la maison, comporte trois niveaux supplémentaires par rapport à la construction existante, et prévoit la création de balcons orientés vers la maison de cette société. Cette dernière est ainsi fondée à invoquer des nuisances visuelles et une potentielle privation d'ensoleillement du fait du projet, ce qui est de nature à porter atteinte aux conditions d'occupation de jouissance du bien en cause. Dès lors, la société Loudia justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la commune de Saint-Jean-de-Luz doit être écartée en ce qui concerne la société Loudia, et accueillie concernant les autres requérants.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les noms de Mme D et de M. G apparaissaient dans la requête introductive d'instance, enregistrée le 21 juillet 2023, en leur qualité de gérants respectifs de la société des écoles et de la société Loudia.
Mme D et de M. G ont donc acquis la connaissance de l'arrêté attaqué au plus tard à cette date. Or, ils n'ont formulé en leur nom les présentes conclusions que dans le mémoire en réplique des parties requérantes, enregistré le 22 décembre 2023, c'est-à-dire plus de deux mois après le 21 juillet 2023. Par suite, la requête, en tant qu'elle est présentée par Mme D et
M. G, est tardive.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct. () ".
7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, Mme D et M. G sont requérants dans la présente instance, et non intervenants. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Jean-de-Luz, tirée de ce que leur intervention n'a pas été présentée par un mémoire distinct, doit être écartée.
S'agissant de la légalité de l'arrêté du 20 janvier 2023 :
8. En premier lieu, aux termes de l'article I.2 de la zone UA du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Jean-de-Luz : " Destinations et sous-destinations des constructions, usages et affectations des sols et activités soumis à limitations : () 7. Prise en compte des risques : 7.1. Risque inondation : A l'intérieur du périmètre de révision du plan de prévention du risque naturel inondation (PPRi) figurant sur les documents graphiques du règlement (plan de zonage), les constructions, usages et affectations des sols et activités devront, en outre, respecter () - hors secteurs indicés " i ", mais figurant dans le périmètre de révision du PPRi, les dispositions de l'article 11 " Règles à appliquer en anticipation du plan de prévention du risque naturel inondation en cours d'élaboration " figurant au chapitre " Dispositions générales du présent règlement d'urbanisme. () ". Aux termes de l'article 12 des dispositions générales du même règlement : " Règles à appliquer en anticipation du plan de prévention du risque naturel inondation en cours d'élaboration : 12.2. Zones d'aléas forts et moyens des centres urbains - () zone rouge hachurée RCu (Foch, Victor-Hugo) : Dans les zones d'aléas forts et moyens des centres urbains, peuvent être autorisés sous réserve de la prise en compte de certaines obligations visant à réduire le risque : Les nouvelles constructions (plancher habitable hors d'eau, résilience des niveaux des rez-de-chaussée situés sous l'eau, niveau refuge, ERP de 4e et 5e catégorie uniquement, etc.). () ".
9. Les requérants, qui se bornent à soutenir que le projet ne respecte pas les obligations liées à la limitation du risque d'inondation, n'assortissent pas ce moyen des considérations de fait permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de la violation du 7° de l'article UA I.2 et de l'article 12 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Jean-de-Luz doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article II.1.1. de la zone UA du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Jean-de-Luz : " Caractéristiques urbaines, architecturales, environnementales et paysagères - Section II.1. Volumétrie et implantation des constructions - Partie II.1.1 Implantation des constructions - Article II.1.1. - Implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques ou privées existantes ou à créer : 1-1 Dispositions générales : 1. Les constructions doivent être implantées à l'alignement actuel ou projeté des voies et emprises publiques et des voies privées ouvertes à la circulation générale ou à toute limite d'emprise qui s'y substitue ou sur la marge de recul dans les cas où celle-ci est définie sur les documents graphiques. 1.2. Dispositions particulières : () 2. Les saillies sur le domaine public sont autorisées, à condition : - De ne pas être réalisées à moins de 5 mètres au-dessus du trottoir, cette disposition ne s'appliquant pas : dans le cas d'un encorbellement de 0,20 mètre maximum, dans le cas où un immeuble surplombe une partie du domaine public non accessible aux véhicules motorisés de grand gabarit. - De ne pas empiéter de plus de 0,80 mètres sur le domaine public. Cette dernière disposition étant limitée à 0,30 mètres par niveau pour les encorbellements. - Les murs gouttereaux et les avants toits ne sont pas comptabilisés dans le cumul des saillies. () ".
11. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des plans par niveau annotés par l'architecte du projet, qu'à l'angle sud-ouest de la construction projetée, en façade ouest et en façade sud, les terrasses des premier, deuxième et troisième étage débordent sur le domaine public respectivement de 20 cm, 50 cm et 70 cm. Ces débords n'excèdent donc pas celui de
0,80 cm maximum autorisé en application des dispositions précitées, ces dernières ne prenant pas en compte l'empiètement résultant des débords de toit. En revanche, le balcon aménagé à l'angle sud-ouest de la construction, situé à la fois au droit de l'impasse des écoles et de l'avenue Jaureguiberry, surplombe le domaine public de 20 cm, à une hauteur de moins de cinq mètres à partir du sol du trottoir. Or, ce balcon ne présente pas le caractère d'un encorbellement, et il ne ressort pas des pièces du dossier que l'avenue Jaureguiberry n'est pas accessible aux véhicules motorisés de grand gabarit. Par suite, l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article II.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Jean-de-Luz applicable en zone UA.
12. En troisième lieu, le surplomb formé par les balcons aux premier, deuxième et troisième étages de la construction ne constitue pas une occupation de la voie publique. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le dossier de demande de permis de construire n'était pas accompagné d'une permission de voirie.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article II.1.2. du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Jean-de-Luz applicable à la zone UA : " Implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : A compter de l'alignement du domaine public s'il existe, à défaut sur la limite entre le domaine public et la propriété privée ou sur la marge de recul dans les cas où celle-ci est défini sur les documents graphiques, on distingue deux bandes pour lesquelles les règles d'implantation par rapport aux limites séparatives sont différentes : - une bande de 17 mètres ; - une bande au-delà des 17 mètres. 2.1. Dispositions applicables dans la bande des 17 mètres : 1. Limites séparatives latérales ne constituant pas une limite de zone : a) L'implantation des constructions doit se faire sur toute la largeur de l'unité foncière, d'une limite latérale à l'autre, qu'il s'agisse d'un ou plusieurs bâtiments. () 2.3. Toutefois, une implantation autre que celle fixée par les paragraphes 2.1. et 2.2 ci-dessus est admise ou imposée, afin de répondre à un objectif de meilleure intégration du projet dans son environnement, dans les cas suivants : () Si elle contribue à une meilleure architecture et pour favoriser l'accroche avec des bâtiments existants implantés différemment de la règle générale, une construction projetée peut s'adosser contre la façade aveugle d'un bâtiment mitoyen en bon état, implanté sur limite, sous réserve de s'inscrire dans un gabarit similaire (profondeur et hauteur), de respecter les dispositions générales d'implantation ci-dessus définies sur les autres limites séparatives. () ".
14. Ainsi qu'il a été dit au point 11, le projet autorisé par l'arrêté attaqué est situé à l'angle de l'impasse des écoles et de l'avenue Jaureguiberry. S'il ressort des pièces du dossier que la partie de l'immeuble projeté située à l'alignement avec l'avenue Jaureguiberry présente une profondeur de 14,63 mètres et qu'elle prend place entièrement dans la bande de 17 mètres calculée depuis l'alignement avec cette avenue, elle est implantée en limite séparative latérale, conformément aux dispositions précitées du 2.1 de l'article du II.1.2. du règlement du plan local d'urbanisme applicable en zone UA. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que la construction nouvelle, édifiée en limite séparative de l'immeuble situé au 11 avenue Jauréguiberry, et qui s'adosse à une façade non aveugle de ce dernier, méconnaît la règle dérogatoire fixée au 2.3 de l'article II.1.2 de ce même règlement.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article II.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Jean-de-Luz applicable à la zone UA : " Obligations imposées aux constructions, travaux, installations et aménagements, concernant l'aspect extérieur des constructions : 1.1. Dispositions générales : 1. Les présentes dispositions sont édictées dans le respect des règles du cahier de règles de l'aire de mise en valeur et du patrimoine valant site patrimonial remarquable (). Ces dernières prévalent sur les dispositions du PLU. 2. Les constructions doivent présenter un aspect compatible avec le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, du site et des paysages. 3. Les constructions et les clôtures doivent s'intégrer à leur environnement par : la simplicité et les proportions de leurs volumes ; la qualité des matériaux ; l'harmonie des couleurs ; leur tenue générale et leur hauteur. 4. Les constructions doivent s'apparenter dans leurs volumes et leurs proportions, à l'un des types architecturaux traditionnels du centre ancien. 5. Dans ce cadre, des principes architecturaux, de volumétrie, d'implantation, de hauteur et de toiture peuvent être imposés afin de tenir compte du bâti environnant et de la nécessaire intégration des projets de construction dans leur environnement proche. () ".
16. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
17. Il ressort des pièces du dossier que si le projet se situe dans un secteur présentant un intérêt architectural certain, relevant d'ailleurs du périmètre de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine - site patrimonial remarquable - de la commune de Saint-Jean-de-Luz, il se situe à proximité d'immeubles comportant deux ou trois étages, et présentant une hauteur similaire ou proche. En outre, l'avenue Jauréguiberry présente un front bâti continu sur le trottoir opposé au projet de sorte que ce dernier, qui densifie certes l'existant, ne présente pas de rupture avec le caractère typo-morphologique du quartier. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, le maire de Saint-Jean-de-Luz n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article II. 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de cette commune applicable à la zone UA.
18. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, (), estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé par un permis modificatif peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation. Si un tel permis modificatif est notifié dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. ".
19. Le vice entachant d'illégalité l'arrêté attaqué, relevé au point 11, est susceptible d'être régularisé par un permis de construire modificatif, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. Dès lors, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois suivant la date de notification du présent jugement en vue de la régularisation du permis de construire litigieux.
En ce qui concerne la décision implicite de rejet du recours gracieux :
S'agissant des fins de non-recevoir opposées par la commune de Saint-Jean-de-Luz :
20. En premier lieu, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir des requérants doit, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 4, être écartée concernant la société Loudia, et accueillie concernant les autres requérants.
21. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les conclusions aux fins d'annulation de la décision attaquée sont tardives en tant qu'elles émanent de Mme F D et M. E G.
22. En dernier lieu, la fin de non-recevoir opposée par l'Office public de l'habitat des Pyrénées-Atlantiques, tirée de ce que l'intervention de Mme D et de M. G n'a pas été présentée par un mémoire distinct, doit être écartée pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.
S'agissant du fond du litige :
23. La décision attaquée ne peut être regardée comme étant exempte du vice dont est entaché l'arrêté du maire de Saint-Jean-de-Luz du 20 janvier 2023. Elle doit par suite être annulée.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le maire de Saint-Jean-de-Luz a implicitement rejeté le recours gracieux formé par M. D et autres contre son arrêté du 20 janvier 2023 est annulée.
Article 2 : Il est sursis à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du maire de Saint-Jean-de-Luz du 20 janvier 2023 jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de la date de notification du présent jugement en vue de la régularisation du permis de construire délivré à l'Office public de l'habitat des Pyrénées-Atlantiques par la délivrance d'un permis de construire modificatif.
Article 3 : Les conclusions des parties sur lesquelles il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservées jusqu'à la fin de l'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. M D, à la commune de Saint-Jean-de-Luz et à l'Office public de l'habitat des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.
La rapporteure,
V. DUMEZ-FAUCHILLE
Le président,
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026