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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2302015

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2302015

vendredi 18 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2302015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBACH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 25 juillet 2023, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article R. 312-5 du code de justice administrative, a attribué au tribunal administratif de Pau la requête présentée par Mme A, enregistrée le 6 juillet 2023 au greffe du tribunal administratif de Bordeaux.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Pau, le 31 juillet 2023 et le 16 août 2023 à 13h22, Mme C A, agissant en qualité de représentante légale de sa fille, F E, représentée par Me Bach, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 21 juin 2023 refusant la dérogation permettant l'inscription de F E au collège Alain Fournier de Bordeaux ;

2°) de prescrire à la rectrice de l'académie de Bordeaux d'inscrire F E en classe de 6ème du collège Alain Fournier de Bordeaux pour la rentrée scolaire 2023/2024 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée par la proximité de la rentrée scolaire et par le fait que le jugement au fond interviendra alors que la situation résultant de la décision en litige sera constituée et non réparable par le seul octroi d'une indemnité ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dans la mesure où :

• Mme D n'était pas compétente pour décider de rejeter la demande de dérogation ;

• la décision n'est pas motivée et méconnait les dispositions des articles L. 211-2 et

L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

• la décision est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où la capacité d'accueil du collège Alain Fournier en classe de 6ème n'était pas atteinte et que F E remplit quatre des critères définis par la rectrice pour accorder une dérogation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 août 2023, la rectrice de la région Nouvelle Aquitaine, rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour être dirigée contre un courriel qui rappelle la décision refusant d'accorder une dérogation et ne constitue pas la décision prise dont la requérante a nécessairement eu notification ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie et aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus d'accorder une dérogation pour une inscription en classe de 6ème au collège Alain Fournier.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 17 juillet 2023 sous le n° 2302029 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 16 août 2023 à 14 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Leplat, substituant Me Bach, représentant Mme A, rappelant que :

- Mme A n'a jamais été destinataire de la décision dont se prévaut la rectrice, décidant de l'affectation de F au collège Goya ; en tout état de cause, cette décision à laquelle renvoie le courriel de Mme D révèle le refus d'accorder la dérogation sollicitée ; la fin de non-recevoir doit donc être écartée ;

- la condition d'urgence est bien remplie au vu de la proximité de la rentrée ;

S'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- que le moyen tiré de l'insuffisante motivation est bien fondé ;

- que le moyen tiré du détournement de pouvoir est soulevé à l'audience ; la rectrice pointe, dans ses écritures, les ordonnances rendues par le père de F dans l'exercice de ses fonctions de magistrat, comme ne pouvant fonder l'état du droit et comme devant être écartées ;

- qu'en ce qui concerne la capacité d'accueil du collège Alain Fournier, il convient de relever que cinq des enfants inscrits, domiciliés à des adresses indexées en B, ont été à tort considérés comme relevant du secteur de ce collège alors que ces adresses sont fictives et ont été produites dans le seul but d'obtenir l'affectation souhaitée ; ce qui est corroboré par le fait que le logiciel de la carte des collèges n'identifie pas l'adresse indiquée puisque ne correspondant à aucune adresse postale existante ; par ailleurs, la capacité maximum du collège pour les classes de 6ème n'est pas atteinte.

La rectrice de la région Nouvelle Aquitaine, ni présente ni représentée à l'audience, a produit des pièces complémentaires, enregistrées le 16 août 2023 à 14h37, soit au cours de l'audience, communiquées sur le siège à Me Leplat et par Télérecours à Me Bach.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 14 h 47.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A et M. E, dont la domiciliation implique l'affectation de leur fille F au collège Francisco Goya à Bordeaux, ont saisi le directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale de la Gironde d'une demande de dérogation en vue de son inscription dans une classe de 6ème du collège Alain Fournier à Bordeaux pour la rentrée 2023-2024. Par la présente requête, Mme A, en qualité de représentante légale de sa fille mineure, demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision rejetant cette demande de dérogation dans l'attente qu'il soit statué sur la requête enregistrée sous le n° 2302029 tendant à son annulation.

Sur la fin de non-recevoir :

2. La rectrice de la région Nouvelle Aquitaine soutient que la requête de Mme A n'est pas dirigée contre une décision au motif que la requérante se borne à produire un courriel émanant des services de l'académie de Bordeaux faisant référence au rejet de la demande de dérogation. Toutefois, ce courriel renvoie à une décision refusant la dérogation sollicitée pour une inscription de F E au collège Alain Fournier de Bordeaux que la requérante soutient n'avoir pas reçue. Dans la mesure où l'administration, qui supporte la charge de la preuve de la notification de cette décision, n'apporte aucun élément de nature à établir que le refus d'autorisation a été notifié aux parents de F, et partant, que la décision attaquée leur a été communiquée, il y a lieu de considérer que Mme A est fondée à contester la décision, dont l'existence n'est pas remise en cause par l'administration, révélée par le courriel du 21 juin 2023 qu'elle produit. La fin de non-recevoir opposée par la rectrice doit être écartée. Il y a bien lieu de statuer sur la requête présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Eu égard à la proximité de la rentrée scolaire de l'année 2023/2024 et à la circonstance que l'exécution de la décision attaquée est de nature à rendre plus difficile la vie familiale ainsi qu'au fait que le traitement de la requête au fond n'est pas envisagé dans un délai qui permettrait d'en minimiser les effets, il y a lieu de considérer que la condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

6. Aux termes de l'article D. 211-10 du code de l'éducation : " Le territoire de chaque académie est divisé en secteurs et en districts. / Les secteurs de recrutement correspondent aux zones de desserte des collèges. Un secteur comporte un seul collège public, sauf dans le cas prévu au deuxième alinéa de l'article L. 213-1 ou pour des raisons liées aux conditions géographiques.". L'article D. 211-11 du même code dispose que : " Les collèges et les lycées accueillent les élèves résidant dans leur zone de desserte. / Le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, détermine pour chaque rentrée scolaire l'effectif maximum d'élèves pouvant être accueillis dans chaque établissement en fonction des installations et des moyens dont il dispose. / Dans la limite des places restant disponibles après l'inscription des élèves résidant dans la zone normale de desserte d'un établissement, des élèves ne résidant pas dans cette zone peuvent y être inscrits sur l'autorisation du directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, dont relève cet établissement. / Lorsque les demandes de dérogation excèdent les possibilités d'accueil, l'ordre de priorité de celles-ci est arrêté par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, conformément aux procédures d'affectation en vigueur. () ". Il résulte de ces dispositions que, si les élèves bénéficient du droit d'être affectés dans un collège du secteur dont leur lieu de résidence relève, ils ne sauraient avoir, compte tenu du nombre limité de places, la liberté de choisir leur affectation au sein de ce secteur dans un collège particulier.

7. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 7° Refusent une autorisation () ". En application de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des explications de la rectrice de l'académie de Bordeaux, qu'une décision expresse a bien été prise par le directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale de la Gironde, dont l'existence, comme il a été dit au point 2, a été révélée à Mme A par le courriel des services académiques du 21 juin 2023. En l'état de l'instruction, alors que l'administration n'a pas produit cette décision, il y a lieu de considérer que le vice de forme tenant à l'absence de motivation de la décision litigieuse est de nature à créer un doute sérieux quant à sa légalité, comme, par voie de conséquence, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions posées à l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale de la Gironde a rejeté la demande de dérogation à la carte scolaire présentée par Mme A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard aux motifs retenus pour suspendre les effets de la décision attaquée, l'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que la rectrice de l'académie de Bordeaux prescrive au directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale de la Gironde de procéder au réexamen de la demande de Mme A, dans un délai de dix jours à compter de sa notification, en tenant compte des éléments versés à l'instance, tirés de ce que cinq des enfants seraient inscrits au collège Alain Fournier de Bordeaux, au regard d'une adresse fictive, comme relevant bien du secteur de ce collège mais inexistante.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 € au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

O R D O N N E:

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale de la Gironde a rejeté la demande de dérogation présentée par Mme A pour l'inscription de sa fille en classe de 6ème au collège Alain Fournier à Bordeaux pour la rentrée scolaire 2023/2024 est provisoirement suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de la région Nouvelle Aquitaine de prescrire au directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale de la Gironde de procéder à un nouvel examen de la demande de Mme A dans le délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à la rectrice de l'académie de Bordeaux et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au directeur académique des services départementaux de l'Education nationale de la Gironde.

Fait à Pau, le 18 août 2023.

La juge des référés,

B

V. B

La République mande et ordonne au ministre de l'Education nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

La greffière,

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