mardi 31 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2302069 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | DUCOIN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 6 août 2023 sous le n° 2302069, Mme F représentée par Me Ducoin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un récépissé dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle et ne permet pas de s'assurer que le préfet ne s'est pas senti lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;
- elle est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2023.
II. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 6 août 2023 et le 10 octobre 2023 sous le n° 2302070, M. A D représenté par Me Ducoin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un récépissé dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle et ne permet pas de s'assurer que le préfet ne s'est pas senti lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;
- elle est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023 le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 octobre 2023 à 14 heures, en présence de Mme Yniesta greffière d'audience :
- le rapport de Mme C ;
- et les observations de Me Ortego Sampedro substituant Me Ducoin, représentant M. D et Mme E, qui confirment les conclusions et moyens développés dans leurs écritures en y ajoutant, d'une part, des conclusions nouvelles tendant à la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement jusqu'aux décisions de la Cour nationale du droit d'asile, d'autre part, un nouveau moyen tiré de ce que leurs demandes d'asile auraient dû être enregistrées en procédure normale en application des dispositions des articles L.542-2 et L.542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; ils font valoir que leur situation est particulière compte tenu de leur double nationalité russe et arménienne ; la Russie n'étant pas un pays d'origine sûr, seule la procédure normale pouvait être suivie ; par ailleurs le préfet aurait également dû tenir compte de cette double nationalité pour fixer le pays de renvoi ; en effet il existe un risque de retour en Russie ; ils ont donc des éléments sérieux à produire devant la cour nationale du droit d'asile ce qui justifie la suspension des mesures d'éloignement.
Le préfet des Hautes-Pyrénées n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant arménien, né le 20 octobre 1994 à Doubrovka, Volgograd-Stalingrad (Russie), est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 15 mai 2022, en compagnie de son épouse, Mme E, de même nationalité, née le 3 juin 2000 à Doubrovka, Volgograd-Stalingrad (Russie). Ils ont déposé deux demandes d'asiles rejetées en procédure accélérée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par deux décisions du 26 avril 2023. Ils ont formé des recours à l'encontre de ces décisions, lesquels sont actuellement pendants devant la Cour nationale du droit d'asile. Par deux arrêtés du 10 juillet 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de ces mesures d'éloignement. Par les présentes requêtes, Mme E et M. D demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées, enregistrées sous les n° 2302069 et n° 2302070, présentées par Mme E et M. D à l'encontre des mesures d'éloignement respectivement édictées à leur encontre présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
3. Il ressort des pièces du dossier que M. D et Mme E ont été respectivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 11 octobre 2023. Il s'ensuit que leurs demandes d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ont perdu l'objet et qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, les décisions attaquées visent, notamment, les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 et les articles L.542-2 et L.542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui les fondent, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles mentionnent les décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur leurs demandes d'asile et rappellent les éléments tenant à la situation personnelle et familiale de M. D et Mme E au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Si les requérants font grief au préfet de ne pas avoir mentionné qu'ils auraient la double nationalité russe et arménienne, il ressort des pièces du dossier, et notamment des attestations de demandes d'asile délivrées le 25 janvier 2023, que M. D et Mme E ont alors déclaré être de nationalité arménienne. Il s'ensuit que les décisions en litige comportent un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui les fondent et que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées, ni d'aucune autre pièce des dossiers que le préfet des Hautes-Pyrénées n'aurait pas procédé à un examen particulier de leur situation personnelle, ni qu'il se serait senti lié, à tort, par les décisions prises sur les demandes d'asile des requérants, de sorte que ces moyens seront également écartés.
5. En deuxième lieu, le droit d'être entendu qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il implique notamment que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision défavorable prise à l'issue de cette procédure que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision faisant obligation de quitter le territoire français fait suite au constat de ce que l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1 du même code. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a été entendu dans le cadre du dépôt de sa demande d'asile à l'occasion de laquelle l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D et Mme E aient été empêchés de présenter des observations avant que ne soient prises les décisions contestées. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions les obligeant à quitter le territoire français seraient intervenues en méconnaissance du droit d'être entendu, tel qu'il est notamment garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Selon l'article L.542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". Enfin, selon l'article L. 531-24 : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr () ".
8. Les requérants se prévalent comme ils l'ont fait devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) de ce qu'ils disposeraient de la nationalité russe et de la nationalité arménienne. Toutefois, alors que l'OFPRA a estimé que les intéressés n'établissaient pas leur nationalité russe, ils n'apportent pas davantage d'éléments dans le cadre de la présente instance. Il s'ensuit que leurs demandes d'asile pouvaient être examinées en procédure accélérée, dès lors qu'ils sont ressortissants d'un pays d'origine sûr, l'Arménie, et que le préfet a pu légalement estimer que leur droit au séjour avait pris fin à la date des décisions en litige, compte tenu du rejet de leurs demandes par l'OFPRA. Par suite, le moyen nouvellement invoqué à l'audience tiré d'une inexacte application des dispositions citées au point 7 doit être écarté.
9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Il est constant que M. D et Mme E, qui sont entrés en France le 15 mai 2022, n'étaient présents sur le territoire français que depuis seulement un an à la date des décisions en litige et n'ont été autorisés à y résider que dans le cadre de l'instruction de leurs demandes d'asile. Par ailleurs, les intéressés ne justifient pas de l'existence de liens personnels qu'ils auraient tissés en France, ni n'établissent être dépourvues de toute attache dans leur pays d'origine dans lequel ils ont vécu jusqu'aux âges respectifs de 27 ans et 22 ans. Dans ces conditions, et eu égard à la durée et aux conditions du séjour des intéressés en France, les décisions attaquées n'ont pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les mesures d'éloignement en litige seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur la situation personnelle des requérants.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, et d'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. D'autre part, M. D et Mme E indiquent également reprendre à l'encontre des décisions fixant le pays de destination, l'ensemble des moyens dirigés contre les mesures d'éloignement. Toutefois, en tant qu'ils seraient effectivement dirigés contre les décisions fixant le pays de renvoi, ces moyens ne sont pas assortis des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception, d'illégalité doit être écarté.
12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible./ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
13. M. D et Mme E soutiennent qu'ils encourent des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans leurs pays d'origine. Toutefois, et d'une part, alors que leur demandes d'asiles ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, les intéressés n'apportent pas, dans le cadre de la présente instance, d'éléments nouveaux permettant de tenir pour établis la réalité et l'actualité des risques encours en cas de retour. D'autre part, et ainsi qu'il a été exposé au point 8, la nationalité russe des intéressés et leur possible renvoi dans ce pays n'est pas établi par les pièces du dossier. Il s'ensuit qu'en fixant l'Arménie comme pays de destination, ou tout autre pays dans lesquels ils sont légalement admissibles, le préfet des Hautes-Pyrénées, qui a procédé à un examen réel et sérieux de leur situation, ne peut être regardé comme ayant méconnu les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces des dossiers que ces décisions seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des requêtes de M. D et Mme E doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins de suspension des mesures d'éloignement en litige :
15. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ".
16. En se bornant à se prévaloir de leur double nationalité, pour soutenir qu'il convient de suspendre les mesures d'éloignement pour leur permettre d'en justifier devant la Cour nationale du droit d'asile, les requérants ne peuvent être regardés comme apportant des éléments sérieux de nature à justifier la suspension de l'exécution des décisions portant obligation quitter le territoire français. Il s'ensuit que les conclusions présentées nouvellement à cette fin à l'audience, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation et de suspension présentées par M. D et Mme E, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction présentées par les requérants doivent être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. D et Mme E, demandent le versement à leur conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentées par M. D et Mme E.
Article 2 : Les requêtes de M. D et Mme E sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A D, Mme F et au préfet des Hautes-Pyrénées.
Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.
La présidente,
Signé
V. QUEMENERLa greffière,
Signé
S. YNIESTA
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Nos 2302069
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026