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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2302104

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2302104

vendredi 15 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2302104
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 1

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 8 août 2023, le 30 octobre 2023 et le 12 avril 2024, M. D A, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du département des Pyrénées-Atlantiques sur sa demande de communication de documents administratifs, à la suite de l'avis favorable rendu par la commission d'accès aux documents administratifs le 20 juillet 2023, sauf en tant qu'elle concerne ceux qui lui ont été communiqués ;

2°) d'enjoindre au département des Pyrénées-Atlantiques de lui communiquer :

- la convention prévue à l'article L. 262-33 du code de l'action sociale et des familles,

- le règlement intérieur des équipes pluridisciplinaires relatives au revenu de solidarité active,

- la liste, ou tout document en tenant lieu, des membres des équipes pluridisciplinaires relatives au revenu de solidarité active, comportant l'identité et la qualité des intéressés ;

3°) de mettre à la charge du département des Pyrénées-Atlantiques la somme de 150 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite de rejet qui lui a été opposée est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'aucune réponse à sa demande de communication des motifs ne lui a été apportée ;

- le refus de communication qui lui est opposé méconnaît les dispositions de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation dès lors que le département des Landes n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs de la décision de refus de communication ;

- la convention prévue à l'article L. 262-33 du code de l'action sociale et des familles existe forcément dès lors que le département fait appel à d'autres organismes que ceux visés à l'article L. 5311-4 du code du travail ;

- le département pourrait lui transmettre les plannings sur lesquels figurent les noms des membres des équipes pluridisciplinaires relatives au revenu de solidarité active.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 24 octobre 2023 et le 8 avril 2024, le département des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- tous les documents sollicités ont été communiqués au requérant ;

- le programme départemental d'insertion et le pacte territorial d'insertion n'ont été adoptés qu'en mars 2024 et sont disponibles sur leur site internet ;

- la version de la convention prévue à l'article L. 262-32 du code de l'action sociale et des familles qui a été transmise au requérant est la plus récente qu'il possède ;

- il n'y a pas eu d'autres évaluations que celles qui sont actuellement en cours de réalisation qui ne peuvent pas encore être transmises ;

- la liste nominative des membres des équipes pluridisciplinaires relatives au revenu de solidarité active n'existe pas, il n'existe que l'arrêté de composition des membres de ces équipes qui a d'ores et déjà été transmis au requérant.

Par une ordonnance du 11 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 avril 2024.

Des notes en délibéré, présentées par M. A, ont été enregistrée les 6 et 11 novembre 2024.

Vu :

- l'avis n° 20233591 du 20 juillet 2023 de la commission d'accès aux documents administratifs ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sellès, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sellès, présidente,

- les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique,

- et les observations de Mme C, représentant le département des Pyrénées-Atlantiques, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. Par courrier électronique du 3 mai 2023 adressé au département des Pyrénées-Atlantiques, M. A a souhaité se voir communiquer divers documents à savoir le programme départemental d'insertion et, le cas échéant, toute évaluation prévue dans ce programme, le pacte territorial d'insertion et, le cas échéant, toute évaluation prévue dans ce pacte, la convention prévue à l'article L. 262-32 du code de l'action sociale et des familles et, le cas échéant, celle prévue à l'article L. 262-33 du même code, la convention prévue à l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles, la délibération du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques adoptant le règlement intérieur des équipes pluridisciplinaires relatives au revenu de solidarité active, le règlement intérieur de ces mêmes équipes, la liste ou tout document en tenant lieu, des membres des équipes pluridisciplinaires relatives au revenu de solidarité active, comportant l'identité et la qualité des intéressés ainsi que les arrêtés de nomination, ou tout document en tenant lieu, des membres de ces équipes pluridisciplinaires. Par un courrier électronique du 2 juin 2023, les services du département des Pyrénées-Atlantiques ont adressé à M. A un certain nombre de documents. L'intéressé a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) qui a rendu un avis favorable le 20 juillet 2023. Par un courrier du 6 juin 2023, M. A a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet sur sa demande de communication des documents. Par un courrier du 2 juin 2023 et dans son mémoire en défense, le département des Pyrénées-Atlantiques a communiqué au requérant un certain nombre de documents. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du département des Pyrénées-Atlantiques sur sa demande de communication de documents administratifs, sauf en tant qu'elle concerne ceux qui lui ont été communiqués.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, d'une part, si le silence gardé par l'administration fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que cette seconde décision ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquent pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le département des Pyrénées-Atlantiques a adressé à M. A un courriel, le 2 juin 2023, aux termes duquel lui sont transmis divers documents parmi ceux sollicités et qui l'informe également que certains des documents demandés n'existent pas. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation tel qu'invoqué par M. A est inopérant.

4. D'autre part, l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-2 du même code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions ". Aux termes de l'article L. 311-2 de ce code : " Le droit à communication ne s'applique qu'à des documents achevés. Le droit à communication ne concerne pas les documents préparatoires à une décision administrative tant qu'elle est en cours d'élaboration ".

5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de contrôler la régularité et le bien-fondé d'une décision de refus de communication de documents administratifs sur le fondement des dispositions, citées au point 2, des articles L. 311-1 et L.-311-2 du code des relations entre le public et l'administration. Pour ce faire, par exception au principe selon lequel le juge de l'excès de pouvoir apprécie la légalité d'un acte administratif à la date de son édiction, il appartient au juge, eu égard à la nature des droits en cause et à la nécessité de prendre en compte l'écoulement du temps et l'évolution des circonstances de droit et de fait afin de conférer un effet pleinement utile à son intervention, de se placer à la date à laquelle il statue.

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration : " La Commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif (). La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'une demande de communication de documents administratifs a été rejetée par une décision explicite ou implicite de l'autorité administrative, ce refus ne peut être déféré directement au juge de l'excès de pouvoir. L'intéressé doit avoir, au préalable, saisi de ce refus la commission d'accès aux documents administratifs. A défaut de recours administratif préalable devant cette commission, la contestation portée directement devant le juge administratif est irrecevable.

7. En l'espèce, si M. A démontre avoir saisi la CADA de manière à exercer le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions précitées, il ressort des pièces du dossier que cette demande ne portait pas sur le règlement intérieur des équipes pluridisciplinaires relatives au revenu de solidarité active mais sur les annexes de la délibération du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques ayant adopté ce règlement. Ainsi, les conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le département des Pyrénées-Atlantiques aurait refusé de communiquer le règlement intérieur susvisé doivent être rejetées comme irrecevables, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à ce qu'il soit enjoint au département des Pyrénées-Atlantiques de procéder à une telle communication.

8. En deuxième lieu, s'agissant de la convention prévue à l'article L. 262-33 du code de l'action sociale et des familles, le département des Pyrénées-Atlantiques fait valoir qu'elle n'existe pas. En l'absence de tout commencement de preuve apporté par M. A, sur l'existence de cette convention, il n'est pas fondé à en demander la communication.

9. En troisième et dernier lieu, si une autorité administrative est tenue de communiquer les documents administratifs qu'elle détient aux personnes qui en font la demande, ce droit à communication ne s'applique toutefois qu'à des documents existants et n'a ni pour objet, ni pour effet de contraindre l'administration à établir un document qui n'existe pas, l'administration n'étant pas davantage tenue d'établir un document en vue de procurer les renseignements ou l'information souhaités. La communication d'un document est toutefois imposée, dans l'hypothèse où celui-ci peut être obtenu par un traitement d'usage courant.

10. Si M. A demande la communication d'un document relevant des dispositions précitées, le département des Pyrénées-Atlantiques soutient en défense que ce document n'existe pas. Or, la seule circonstance que l'arrêté du président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques du 1er avril 2019 portant composition des membres des équipes pluridisciplinaires mentionne que " Un planning sera adressé par le SDSEI à l'ensemble des membres afin que chaque organisme puisse indiquer au SDSEI le nom du professionnel le représentant. Une fois le planning établi, le SDSEI renverra le planning final mentionnant les dates des réunions, les membres présents et leur représentant " n'est pas de nature à établir qu'une telle décision, distincte aurait été formalisée. Il ne ressort pas des autres pièces du dossier que ce document existerait. Aucune disposition ne lui faisant obligation d'élaborer un tel document et, dès lors qu'il n'est pas justifié que ce dernier pourrait être obtenu par extraction des bases de données dont l'administration dispose, c'est à bon droit que le département des Pyrénées-Atlantiques a rejeté la demande de M. A sur ce point.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du défendeur, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D A et au département des Pyrénées-Atlantiques.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.

La magistrate désignée,

M. SELLÈSLa greffière,

M. B La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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