vendredi 18 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2302123 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 août 2023 M. A B, représenté par Me Ortego Sampedro, demande à la magistrate désignée :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a nationalité et d'annuler l'arrêté du même jour par lequel la même autorité l'a assigné à résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques, d'une part, de procéder à l'effacement du signalement dont il est l'objet dans le système d'information Schengen, aux fins de non-admission, sans délai, à compter de la notification du jugement à intervenir, d'autre part, de lui restituer son passeport et sa carte d'identité dans le délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision n'est pas motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
- la décision n'est pas motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement et la décision refusant un délai de départ volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Réaut en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 août 2023 à 14 h 30 :
- le rapport de Mme Réaut, magistrate désignée ;
- les observations de Me Ortego Sampedro, représentant M. B, qui insiste sur le fait que ce dernier est entré régulièrement en France le 30 mars 2019, à 17 ans ; qu'il vit en France depuis plus de 4 ans, en concubinage avec une ressortissante française depuis trois ans et en couple - vivent ensemble - depuis un an ; la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est établie au regard de la durée de présence en France et du degré d'insertion dans la société française ; l'atteinte que la mesure d'éloignement porte à sa situation personnelle est disproportionnée ;
Il devra être fait droit aux conclusions à fin d'injonction en conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement.
Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'était ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15h15.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 28 juillet 2001 à Tiznit (Maroc), de nationalité marocaine, est entré régulièrement en France le 30 mars 2019, muni d'un visa de court séjour. Par un arrêté du 2 mars 2020, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a refusé de lui accorder un titre de séjour. Interpellé en situation irrégulière sur le territoire français le 10 août 2023, la même autorité a décidé, par deux arrêtés du 11 août 2023, d'une part, d'éloigner M. B du territoire français sans délai et, d'autre part, d'assigner ce dernier à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B demande à la magistrate désignée d'annuler ces deux arrêtés du 11 août 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
3. L'arrêté attaqué comporte les visas des dispositions conventionnelles et des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fait application. Il comporte également les considérations de fait, tenant à la situation personnelle et administrative de l'intéressé, qui l'ont conduit à décider d'éloigner
M. B du territoire français. Dans ces conditions, la décision attaquée répond aux exigences légales d'une motivation régulière. Le vice de forme manque en fait.
4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). "
5. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. B fait valoir qu'il vit en France depuis quatre ans, qu'il fréquente une ressortissante française depuis trois ans avec laquelle il vit depuis un an et qu'ils ont le projet de se marier. La requête est accompagnée d'attestations de nature à établir la réalité de la relation de couple de M. B, confortée par la présence de sa compagne à l'audience. Toutefois, eu égard au caractère relativement récent du séjour en France du requérant, au fait que ce dernier a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 2 mars 2020, restée inexécutée, et comme il l'a indiqué lors de son audition, au fait que ses parents, ses sœurs et son frère vivent à Tiznit au Maroc, l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ne porte pas, au regard des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
7. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient M. B, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a précisé dans son arrêté le motif du refus de lui accorder un délai de départ volontaire, tenant au fait qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Par ailleurs, le requérant ne peut utilement se prévaloir d'une atteinte à sa vie privée et familiale pour contester ce refus. Enfin, comme il vient d'être dit au point 6, la mesure d'éloignement n'étant pas irrégulière, le refus d'accorder un délai de départ volontaire n'est pas dépourvu de base légale.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi et la décision portant assignation à résidence :
9. Il ressort de ce qui a été dit aux points précédents que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant assignation à résidence est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou, et en tout état de cause, de l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Le rejet des conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B ne peuvent être que rejetées.
Sur les frais liés au procès :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 s'opposent à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, une somme à verser au conseil de M. B ou à ce dernier au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023.
La juge des référés, La greffière,
Signé Signé
V. REAUT M. C
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
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