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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2302124

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2302124

vendredi 18 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2302124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 août 2023, Mme A D B, représentée par Me Pather, demande à la magistrate désignée :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 10 août 2023 par lesquels le préfet des Pyrénées-Atlantiques, d'une part, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont elle a nationalité et lui interdit un retour en France durant deux ans, et d'autre part, l'a assignée à résidence dans le département des Pyrénées-Atlantiques pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- l'arrêté méconnait les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'il est insuffisamment motivé et ne permet pas de s'assurer que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour visée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle vit en France depuis plus de dix ans ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a porté une atteinte manifestement disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où elle justifie d'une résidence continue en France depuis plus de dix ans et qu'elle est sérieusement insérée dans la société française ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne lui accordant pas un droit au séjour à titre exceptionnel ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dans la mesure où sa fille vit en France depuis qu'elle est née et qu'elle y est scolarisée depuis l'âge de trois ans ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace grave et actuelle ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dans la mesure où sa fille vit en France depuis qu'elle est née et qu'elle y est scolarisée depuis l'âge de trois ans ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dans la mesure où sa fille vit en France depuis qu'elle est née et qu'elle y est scolarisée depuis l'âge de trois ans ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle n'est pas motivée et méconnait les dispositions de l'article L. 612-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 20 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Réaut en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 août 2023 à 14h00 :

- le rapport de Mme Réaut, magistrate désignée,

- les observations de Me Ortego Sampedro, représentant Mme B, qui ajoute le moyen tiré de ce que l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour emporte l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

En ce qui concerne le refus de séjour, Me Ortego Sampedro insiste sur le vice de procédure tiré du défaut de consultation de la commission du titre de séjour ; la présence de

Mme B en France est établie par la procédure de demande d'asile qui courut de 2012 à 2015 ainsi que des autres pièces produites relatives à sa présence continue pour les six années suivantes ; le motif retenu par le préfet pour fonder sa décision, tiré de ce que la présence de Mme B représenterait une menace pour l'ordre public, n'exclut pas la saisine de la commission du titre de séjour ; les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont fondés au regard de sa durée de présence en France et de son insertion dans la société française notamment attestée par le suivi d'un stage de découverte de la vie en France ; la menace grave et actuelle à l'ordre public retenue par le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'est pas caractérisée ; elle a certes été condamnée en 2017 et 2018 pour des faits de proxénétisme, mais ces faits sont anciens ; la gravité des faits reprochés doit être appréciée en tenant compte de ce qu'elle a été elle-même victime de prostitution, période au cours de laquelle elle a pu profiter de cette situation, ce qui explique ses condamnations ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire, elle insiste sur la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France, elle insiste sur l'insuffisante motivation dans la mesure où il n'apparait pas clairement que le préfet aurait tenu compte des quatre critères qu'il doit combiner pour se prononcer ; la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée au regard de sa présence en France depuis plus de dix ans ;

Me Ortego Sampedro se rapporte à ses écritures pour les autres moyens soulevés.

Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'était ni présent ni représenté à l'audience.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14h 45.

Une note en délibéré, présentée pour Mme B, a été enregistrée le 17 août 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 10 octobre 1987, de nationalité nigériane est entrée en France le 7 août 2012 afin de demander l'asile. Sa demande a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 18 juillet 2014. Les demandes de réexamen ont été rejetées le 24 décembre 2014 et le 26 mars 2015. Elle a cependant obtenu un titre de séjour à la fin de l'année 2016 en qualité d'étranger malade, en vertu d'un arrêté du préfet du Calvados. La demande de renouvellement de ce titre de séjour a été rejetée par une décision de la préfète de la Gironde du 4 mai 2020. Ensuite domiciliée à Pau, elle a déposé une demande de titre de séjour le 5 avril 2023. Par un arrêté du 10 août 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a refusé de lui accorder un droit au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de renvoi et en lui interdisant tout retour en France pendant deux ans. Par un second arrêté du même jour, la même autorité l'a assignée à résidence dans le département des Pyrénées-Atlantiques pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions citées au point précédent.

Sur l'étendue du litige soumis à la magistrate désignée :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant () ". Par ailleurs, la procédure applicable lorsque l'intéressé est retenu ou assigné en résidence est régie par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du même code.

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence () / () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire (). ".

6. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient à la magistrate désignée de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et les décisions accessoires tandis que les conclusions dirigées contre le refus de délivrance d'un titre de séjour et les conclusions aux fins d'injonction dont elles sont assorties relèvent de la formation collégiale et doivent lui être renvoyées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). ".

S'agissant de l'exception d'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour :

8. Mme B a fondé sa demande de titre de séjour, à titre principal, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques a considéré qu'elle ne pouvait obtenir un titre de séjour " vie privée et familiale ", même à titre exceptionnel, et que les faits pour lesquels elle a été condamnée à deux reprises par des jugements des 29 septembre 2017 et 28 juin 2018 sont récents et graves et qu'en conséquence, sa présence en France représente une menace pour l'ordre public.

9. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". L. 432-13 du même code dispose que : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue [à l'article] L. 423-23, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () / 4° Dans le cas prévu à l'article

L. 435-1. ". Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.

Quant au droit de Mme B à un titre de séjour au titre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France en 2012 à l'âge de 25 ans, et que sa demande d'asile comme ses demandes de réexamen ont échoué. Elle a donné naissance à une fille le 9 décembre 2016, de nationalité nigériane, dont le père, de même nationalité, fait l'objet d'une mesure d'éloignement exécutoire à la date de la décision en litige. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle s'est maintenue sur le territoire français, sans activité professionnelle licite, et en dépit d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre par la préfète de la Gironde le 4 mai 2020. Elle ne se prévaut d'aucun lien personnel en France ni d'aucun élément de nature à justifier d'une insertion dans la société française, hormis la seule allégation d'un suivi de stage relatif à la découverte de la vie en France. Dans ces conditions, alors qu'une partie de sa famille vit au Nigeria et que le père de son enfant fait l'objet d'une mesure d'éloignement, en dépit d'une présence de plusieurs années sur le territoire français, la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ne méconnait ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Quant au droit de Mme B à un titre de séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

12. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

13. Mme B ne se prévaut d'aucune considération humanitaire mais prétend qu'elle justifie d'un motif exceptionnel d'admission au séjour en vue de se voir délivrer une carte de séjour "vie privée et familiale " tenant au fait qu'elle réside habituellement en France depuis plus de dix ans. Si, dans ses écritures en défense, l'administration conteste la présence continue de la requérante pendant plus d'une décennie en faisant valoir qu'aucune des pièces versées à l'instance ne l'établit pour la période courant de 2012 à 2015, il ressort toutefois des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet des Pyrénées-Atlantiques, à plusieurs reprises dans ses motifs, reconnait " les dix années de présence en France " de Mme B. Par conséquent, à la date à laquelle la décision a été prise, le préfet a retenu que la requérante bénéficiait d'une présence habituelle en France pendant au moins dix ans et a considéré, par ailleurs, que son maintien sur le territoire national constitue une menace à l'ordre public. Il s'ensuit la commission du titre du séjour, visée au point 9 devait être saisie pour avis afin précisément d'apprécier les divers intérêts en jeu. L'absence de cette saisine a privé Mme. B d'une garantie, de sorte que l'arrêté du 10 août 2023, en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour, a été pris au terme d'une procédure irrégulière. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, le refus de délivrance d'un titre de séjour est illégal.

14. Il résulte de ce qui précède que, comme le soutient Mme B, la mesure d'éloignement, fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est donc privée de base légale.

En ce qui concerne les autres décisions attaquées :

15. Comme le soutient Mme B, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de renvoi ainsi que la mesure d'interdiction de retour en France pour une durée de deux ans et l'arrêté distinct du 10 août 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a assignée à résidence, sont dépourvus de base légale et doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Les conclusions présentées au titre de l'injonction par Mme B sont l'accessoire des conclusions dirigées contre le refus de délivrance d'un titre de séjour, lesquelles sont réservées afin qu'il y soit statué par une formation collégiale du présent tribunal.

Sur les frais liés au procès :

17. Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Il s'ensuit que son conseil, Me Ortego Sampedro, si cette aide est confirmée, est fondée à demander que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 août 2023 en tant que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a refusé d'admettre au séjour Mme B ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y attachent sont réservées afin qu'il y soit statué par une formation collégiale du présent tribunal.

Article 3 : L'arrêté du 10 août 2023 en tant que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a prononcé l'éloignement de Mme B, n'accorde aucun délai de départ volontaire, fixe le pays de renvoi et porte interdiction de retour en France pendant deux ans ainsi que l'arrêté du même jour portant assignation à résidence sont annulés.

Article 4 : Une somme de 1 000 € (mille) euros est mise à la charge de l'Etat à verser à

Me Ortego Sampedro, conseil de Mme B, sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1990, sous réserve que celle-ci renonce à la perception de la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023.

La juge des référés

Signé

V. REAUT La greffière

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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