mardi 31 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2302204 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 août 2023, M. A C, représenté par Me Pather, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel la préfète des Landes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à venir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- en raison de cette lacune il n'est pas possible d'établir que la préfète a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation, ni qu'elle n'aurait procédé à sa propre appréciation et ne s'est pas senti liée par la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 611-1 4° et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, dès lors que la préfète n'a fait aucune mention de son insertion socioprofessionnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 11 octobre 2023 à 14 heures, en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience :
- le rapport de Mme B ;
- et les observations de Me Ortego Sampedro substituant Me Pather, représentant M. C, qui confirme ses écritures et fait valoir qu'il est totalement inséré notamment professionnellement, et en insistant sur le défaut d'examen, dès lors qu'il avait informé la préfète ; que cette dernière a édicté une mesure d'éloignement sans examiner sa situation à cet égard.
La préfète des Landes n'étant ni présente, ni représentée, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant burundais né le 12 juillet 1972 à Kiganda (Burundi), est entrée en France, le 19 janvier 2020 muni d'un visa court séjour Schengen délivré par les autorités polonaises. Il a déposé une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 20 septembre 2022 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 14 juin 2023. Par un arrêté du 27 juillet 2023 la préfète des Landes a obligé M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent, et les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne les décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile sur sa demande d'asile et rappelle les éléments tenant à la situation personnelle et familiale de M. C au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. La seule circonstance que la préfète n'a pas mentionné l'insertion professionnelle de l'intéressé ne saurait permettre de regarder l'arrêté comme insuffisamment motivé alors qu'elle n'est pas tenue d'exposer de manière exhaustive la situation personnelle du requérant. Il s'ensuit que la décision attaquée comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de faits qui la fonde et de nature à permettre à l'intéressé de la contester utilement. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce des dossiers que la préfète des Landes n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle, ni qu'elle se serait senti liée, à tort, par la décision prise sur la demande d'asile du requérant, de sorte que ces moyens seront également écartés.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, () ". Par ailleurs, l'article L. 542-1 du même code dispose que : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".
4. Il ressort des mentions figurant sur le relevé de la base de données " TelemOfpra " produit par la préfète des Landes, lesquelles font foi jusqu'à preuve du contraire, que le recours formé par M. C, le 12 décembre 2022 à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, rejetant sa demande d'asile, a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile par une décision lue en audience publique du 14 juin 2023, d'ailleurs produite à l'instance par la préfète des Landes. Il s'ensuit que le droit de M. C à se maintenir sur le territoire a cessé à cette date. Dans ces conditions, la préfète des Landes a pu légalement estimer à la date de l'arrêté en litige, le 27 juillet 2023, que l'intéressé se trouvait dans le cas visé au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lequel elle pouvait légalement édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
5. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 2, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, et en particulier des termes de l'arrêté en litige, que la préfète des Landes n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Si le requérant produit un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 1er janvier 2023 pour un poste d'ouvrier d'abattoir, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet élément ait été porté à la connaissance de la préfète. Par ailleurs, et en tout état de cause, le requérant n'allègue, ni n'établit avoir demandé à la préfète une autorisation de travail. Il s'ensuit que l'absence de mention de son insertion socio-professionnelle ne saurait révéler un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. C. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen réel et sérieux et de l'erreur de droit doivent être écartés.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. M. C se prévaut de ce qu'il réside en France depuis trois ans, de ce que sa sœur est de nationalité française et qu'il n'a plus d'attache dans son pays d'origine, de ce qu'il est intégré professionnellement et qu'il est bénévole dans diverses associations. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui est entré en France le 19 janvier 2020, à l'âge de 47 ans sous couvert d'un visa court séjour Schengen, n'a été autorisé à y résider, à l'expiration du délai de validité de son visa, que dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. La conclusion récente d'un contrat à durée indéterminée en janvier 2023 ne permet par ailleurs pas, à elle seule, d'attester d'une intégration professionnelle stable et durable sur le territoire. Enfin la présence sur le territoire de sa sœur de nationalité française ne lui confère aucun droit au séjour et ne fait pas obstacle à la poursuite de sa vie privée et familiale ailleurs qu'en France et notamment dans son pays d'origine, alors au surplus que le requérant ne justifie pas de l'intensité de ses liens familiaux ou personnels en France. Dans ces conditions, et eu égard à ses effets, la mesure d'éloignement attaquée n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et en dépit de l'investissement de M. C dans des activités bénévoles, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la mesure d'éloignement en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
8. En premier lieu, en mentionnant la nationalité de M. C et en relevant qu'il n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, la préfète a suffisamment motivé en fait la décision fixant le pays de renvoi.
9. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. M. C soutient qu'il encourt des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Burundi. Toutefois, et alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, il n'apporte dans le cadre de la présente instance aucun élément nouveau de nature à établir la réalité des risques allégués. Il s'ensuit que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2023 de la préfète des Landes, de sorte que les conclusions qu'il présente à cette fin doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C, n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction de cette même requête ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. C demande le versement à son conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète des Landes.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.
La présidente,
Signé
V. QUEMENERLa greffière,
Signé
S. YNIESTA
La République mande et ordonne à la préfète des Landes, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026