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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2302384

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2302384

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2302384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSP AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2023, M. B C forme un recours contre l'arrêté du 8 septembre 2023 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient qu'il souhaite rester en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête ne contient ni conclusions ni moyens ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité compétente ;

- le requérant ne peut bénéficier des dispositions de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 26 octobre 2023, présenté son rapport et entendu les observations de Me Pather, représentant M. C, qui demande en outre qu'il soit enjoint au préfet des Hautes-Pyrénées de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, et soutient par ailleurs que :

- il peut soulever de nouveaux moyens, en application de l'article R. 776-5 du code de justice administrative ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* elle est insuffisamment motivée en fait ;

* il ne constitue pas une menace pour l'ordre public,

* la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

* elle est privée de base légale ;

- en ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

* elle est privée de base légale ;

- en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

* elle est privée de base légale ;

* elle revêt un caractère disproportionné.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité algérienne, est entré en France en 2020 selon ses déclarations. Par arrêté du 8 septembre 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. La requête de M. C doit être regardée comme tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L.613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

3. La décision attaquée se fonde sur ce que M. C n'a engagé aucune démarche pour régulariser sa situation et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, sur ce qu'il représente une menace réelle, actuelle et grave affectant la sécurité publique dès lors qu'il a été condamné par jugement du tribunal correctionnel du Mans du 27 novembre 2020 à une peine de six mois d'emprisonnement pour vol, violation de domicile, effraction et dégradation ou détérioration du bien d'autrui, par un jugement du tribunal correctionnel du Mans du 2 décembre 2020 à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis et interdiction de séjour dans la ville du Mans pendant cinq ans pour violence commise en réunion, par un jugement du tribunal correctionnel de Toulouse du 25 novembre 2022 à l'irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental pour violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, et par un arrêt de la cour d'appel de Toulouse du 2 novembre 2022 à une peine de 18 mois d'emprisonnement pour violence avec usage ou menace d'une arme, et qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence sur un agent de l'administration pénitentiaire commis le 4 septembre 2022, de violence avec usage ou menace d'une arme commise le 30 juin 2022, de fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire commise le 30 juin 2022, de vente frauduleuse au détail de tabac manufacturé sans être titulaire de la qualité de débitant de tabac, de revendeur ou d'acheteur revendeur commise le 11 octobre 2021, de vol avec destruction ou dégradation commis le 14 novembre 2021, de refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par une personne soupçonnée de crime ou de délit commis le 11 juin 2021, d'outrage à un agent d'un exploitant de réseau de transport public de personnes commis le 11 juin 2021, de rébellion commise en réunion le 27 avril 2021, de détention non autorisée de stupéfiants commise le 27 avril 2021, et d'offre ou de cession non autorisée de stupéfiants commise le 27 avril 2021, sur ce qu'il ne peut bénéficier des dispositions de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, faute de pouvoir se prévaloir de liens personnels et familiaux intenses suffisamment anciens et stables en France, et sur ce qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé compte tenu de son arrivée récente en France, de ce qu'il n'a pas d'enfant, de ce qu'il déclare n'avoir qu'une amie qui résiderait à Toulouse, de ce que son comportement en France représente une menace pour l'ordre public eu égard à la nature et la fréquence des faits commis qui constituent des atteintes graves aux personnes et pour lesquels il a été condamné pénalement, et de ce qu'il ne démontre pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de 19 ans. Contrairement à ce que soutient le requérant, la décision attaquée fait état de sa relation alléguée de concubinage. Par suite, cette décision satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, M. C conteste les faits rappelés au point précédent pour lesquels il est considéré comme étant défavorablement connu des services de police, et il n'est pas démontré qu'il aurait été condamné en raison de leur commission. Toutefois, compte tenu de la nature, de la gravité et du caractère récent des faits pour lesquels il a été condamné, le préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision portant obligation à un étranger de quitter le territoire français, laquelle n'a ni pour objet ni pour effet de contraindre l'intéressé à retourner dans son pays d'origine, et doit, par suite, être écarté pour ce motif.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Si M. C soutient qu'il est présent en France depuis trois ans et qu'il entretient une relation de concubinage avec une personne sur le territoire français, il ne produit aucun commencement de preuve sur l'existence de cette relation et il ne conteste ne pas avoir d'enfant, et ne pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment des faits à raison desquels il a été pénalement condamné, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité des décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :

8. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, les décisions attaquées n'ont pas été prises sur le fondement d'une décision faisant obligation de quitter le territoire français illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, les décisions portant obligation de quitter sans délai le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'a pas été prise sur le fondement des décisions faisant obligation de quitter sans délai le territoire français illégales. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. S'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une mesure d'éloignement a déjà été prise à l'encontre de M. C, ainsi qu'il a été dit au point 4, le comportement de ce dernier constitue une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas avoir de liens personnels en France caractérisés par leur intensité et leur ancienneté, et il a déclaré être entré en France en 2020, soit une durée de présence de trois années au plus sur le territoire national. Par suite, en prononçant une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hautes-Pyrénées, les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière : Signé

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