vendredi 27 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2302728 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AKAKPOVIE EKOUE DIDIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 octobre 2023 et le 26 octobre 2023, M. D F E, représenté par Me Akakpovie, avocat, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de la Corrèze a rejeté sa demande de renouvellement du titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à venir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai, en tout état de cause, de régulariser sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à venir dans l'attente de la délivrance du titre de séjour sollicité ou du réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 412-5 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est privée de base légale ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est privée de base légale ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du président du tribunal administratif de Limoges du 23 octobre 2023 portant transmission de la requête de M. E au tribunal administratif de Pau ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. de G de H en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Dumaz-Zamora, représentant M. E, qui soutient en outre que :
- la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il présente des garanties de représentation.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, de nationalité malienne, est entré en France en 2018 alors qu'il était mineur. Par un jugement du 25 février 2019, le tribunal pour enfants de A a confié l'intéressé au service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Corrèze. Par décision du 8 février 2022, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté la demande d'asile présentée le 10 février 2021 par M. E. Par arrêté du 13 février 2022, confirmé par un jugement du magistrat désigné du tribunal administratif de Limoges du 19 mai 2022, le préfet de la Corrèze a rejeté la demande de titre de séjour présentée par ce dernier en qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Toutefois, M. E s'est vu délivrer le 30 mars 2023 une carte de séjour temporaire. Par arrêté du 9 août 2023, le préfet de la Corrèze a rejeté la demande de renouvellement de ce titre de séjour présentée par M. E, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par jugement du 4 octobre 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Limoges a annulé cet arrêté, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination. Par arrêté du 19 octobre 2023, cette même autorité a à nouveau rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour présentée par M. E, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. E demande l'annulation de cet arrêté du 19 octobre 2023.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, de faire droit à la demande de M. E tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur l'étendue du litige :
4. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 (), le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 614-8 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. ". Aux termes de l'article L. 614-9 du même code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. / Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal. ". Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire (), la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ". Aux termes de l'article R. 776-10 du même code : " Les dispositions de la présente sous-section sont applicables aux recours formés, en application des articles L. 614-4 ou L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code () ".
5. En application des dispositions précitées et en raison de la mesure de placement en rétention administrative prononcée à l'encontre de M. E par arrêté du préfet de la Corrèze du 19 octobre 2023, il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal de statuer sur la légalité de la décision concernant le droit au séjour de l'intéressé. Il résulte en outre de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, qu'il a été pris sur le 3°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de la Corrèze du 19 octobre 2023, en tant qu'il porte rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. E, doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, tout d'abord, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
7. La décision attaquée vise les articles L. 412-5, L. 421-3 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et se fonde sur ce que la nouvelle demande d'autorisation de travail pour un contrat de travail d'une durée de six mois, dont le dépôt a été attesté par la commune de Tulle, n'a pas donné lieu à la délivrance de cette autorisation par les services de la main-d'œuvre étrangère compétents, sur ce que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public compte tenu qu'il est défavorablement connu sur le fichier du traitement des antécédents judiciaires pour des faits d'usage de faux et d'obtention frauduleuse de documents administratifs constatant un droit ou une qualité ou accordant une autorisation commis en 2019, et d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public et de menace de mort réitérée commis en 2020, et qu'il fait l'objet d'une inscription au fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste à raison de ces faits ainsi que de visionnages habituels de documents vidéographiques décrivant des scènes de décapitation provenant de sites internet à caractère prosélyte, et de profération de menaces ou d'actes de vengeance envers les institutions sociales et leurs personnels, et sur ce qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il est entré en France pour demander spécialement d'asile, qu'il est célibataire et sans enfant, qu'il est accompagné par les services de l'urgence sociale et que son état de santé peut être normalement pris en charge dans son pays d'origine. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
8. Ensuite, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. () ". Aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. / Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le titre de séjour rappelé au point 1 a été délivré à M. E au vu d'un contrat de travail à durée déterminée signé le 6 mars 2023 entre le centre communal d'action sociale de la commune de Tulle et l'intéressé en vue d'exercer à compter du 26 mars 2023 pour une durée de six mois une mission d'entretien de la voirie urbaine au sein d'un chantier d'insertion. Il suit de là qu'alors même que la carte de séjour temporaire délivrée à M. E le 30 mars 2023, et dont la date de validité a expiré le 29 septembre 2023, portait la mention " salarié ", cette mention doit être regardée, comme le souligne le préfet de la Corrèze, comme entachée d'une erreur d'encodage, et la demande de titre de séjour présentée par le requérant le 27 juillet 2023 doit donc être regardée comme tendant au renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire ". Dès lors, en examinant la demande de M. E sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Corrèze ne s'est pas mépris sur son objet. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette autorité n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa demande et aurait entaché sa décision d'une erreur de droit.
10. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 7, la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour se fonde notamment sur ce que la nouvelle demande d'autorisation de travail pour un contrat de travail d'une durée de six mois, dont le dépôt a été attesté par la commune de Tulle, n'a pas donné lieu à la délivrance de cette autorisation par les services de la main-d'œuvre étrangère compétents. Par suite, M. E ne peut utilement soutenir que l'administration ne produit pas la décision rejetant cette demande d'autorisation.
11. En outre, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".
12. S'il est constant que les faits relevés à l'encontre de M. E et mentionnés dans le fichier du traitement des antécédents judiciaires, que ce dernier conteste, n'ont pas fait l'objet de condamnation pénale, il ressort des pièces du dossier, notamment d'une " note blanche " des services de renseignements, que l'intéressé a montré au mois de décembre 2019 des signes d'isolement manifeste en se repliant sur la religion et en s'estimant victime de discrimination, qu'il a souhaité explicitement en 2020 mettre fin à la vie de toute la famille qui l'hébergeait, que cet isolement a repris au mois de juin 2023 en utilisant son téléphone portable une grande partie de son temps et en exhibant à un travailleur social un document vidéographique représentant une scène de décapitation sans éprouver d'émotion particulière, et qu'il a à nouveau proféré à son entourage le 6 septembre 2023 des menaces de mort par vengeance. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucune disposition législative ni aucun principe ne s'oppose à ce que les faits relatés par une note blanche soient susceptibles d'être pris en considération par le juge administratif. Eu égard à la précision des informations contenues dans cette note, lesquelles ne sont pas sérieusement contestées par M. E, le comportement de ce dernier doit être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public. La circonstance que les arrêtés du préfet de la Corrèze du 13 février 2022 et du 9 août 2023 rappelés au point 1, et que l'arrêté de cette même autorité du 20 septembre 2023 portant assignation à résidence n'évoquaient pas cette menace pour l'ordre public, et qu'il s'est vu délivrer un titre de séjour le 30 mars 2023 est sans incidence sur la constatation de cette menace. Par suite, en fondant la décision portant refus de titre de séjour notamment sur ce motif, le préfet de la Corrèze n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. Ensuite, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Si les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent à l'administration de délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " à un étranger pour des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, il ressort des termes mêmes de cet article, et notamment de ce qu'il appartient à l'étranger de faire valoir les motifs exceptionnels justifiant que lui soit octroyé un titre de séjour, que le législateur n'a pas entendu déroger à la règle rappelée ci-dessus ni imposer à l'administration, saisie d'une demande d'une carte de séjour, quel qu'en soit le fondement, d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de titre de séjour présentée le 27 juillet 2023 par M. E reposait sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce dernier ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.
14. En outre, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
15. Si M. E soutient qu'il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance dès son entrée sur le territoire national, qu'il a suivi une formation, qu'il a fait l'objet d'un suivi psychiatrique, qu'il a conclu le 9 septembre 2022 avec le centre communal d'action sociale de la commune de Tulle un contrat de travail à durée déterminée à temps partiel d'insertion professionnelle pour une durée de six mois portant effet à compter du 26 septembre 2022, renouvelé en dernier lieu le 24 août 2023 pour la même durée à compter du 26 septembre 2023, et qu'il est titulaire d'un contrat de bail pour un logement, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire et sans enfant, et que ses parents vivent dans son pays d'origine. Le requérant ne peut utilement invoquer les circonstances que le traitement médical dont il bénéficie n'est pas disponible dans son pays d'origine et que la situation sécuritaire dans ce pays est très dégradée, dès lors que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour ne constitue pas une mesure d'éloignement. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, notamment de la durée de son séjour en France et de la menace pour l'ordre public qu'il représente, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
16. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses effets sur la situation personnelle de M. E. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour.
17. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 15 et 16.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire
18. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de cette décision. () ". Aux termes de l'article L.612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
19. Si la décision attaquée ne mentionne pas le motif justifiant que M. E se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français, ainsi qu'il a été dit au point 12, son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, en prenant cette décision, le préfet de la Corrèze n'a pas fait une inexacte application du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
20. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
21. La décision attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et se fonde sur ce que l'intéressé, dont la demande d'asile a été rejetée, n'établit ni n'allègue être exposé à des risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, cette décision satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
22. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
23. Si M. E soutient que la situation sécuritaire au Mali s'est dégradée et que sa vie serait exposée en cas de retour dans ce pays compte tenu son aide apportée aux forces militaires françaises au cours de leur intervention dans ce pays, il n'assortit cette allégation d'aucun élément de preuve. Par ailleurs, s'il produit un certificat médical du docteur C, médecin psychiatre au centre hospitalier de Tulle, du 16 mars 2022 selon lequel le traitement antipsychotique Xeplion qui lui est prescrit n'est pas disponible dans son pays d'origine, il ne démontre pas qu'il ne pourrait y bénéficier d'aucun traitement équivalent. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
24. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, les décisions portant obligation de quitter sans délai le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'a pas été prise sur le fondement des décisions faisant obligation de quitter sans délai le territoire français illégales. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
25. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 15 et 16.
D E C I D E :
Article 1er: M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de la Corrèze du 19 octobre 2023, en tant qu'il porte obligation de quitter sans délai le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D F E et au préfet de la Corrèze.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE HLa greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière :
Signé
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026