jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2302854 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SEBAN AUVERGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 novembre 2023 et deux mémoires en réplique enregistrés le 17 et le 21 novembre 2023, Mme C D demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née le 29 octobre 2023 du silence gardé par le directeur du centre hospitalier des Pyrénées sur sa demande d'affectation sur un emploi correspondant à ses fonctions ;
2°) d'ordonner le rétablissement de sa rémunération à compter du 1er octobre 2023 ;
3°) d'enjoindre au centre hospitalier des Pyrénées de la placer dans une position régulière et de la réintégrer sur des fonctions non cliniques, sous astreinte de 320 euros par jour de retard dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- la décision née du refus implicite du directeur du centre hospitalier des Pyrénées de l'affecter sur un emploi correspondant à des fonctions effectives a pour effet la suspension du versement de sa rémunération depuis le 1er octobre 2023, alors qu'elle doit faire face à des charges mensuelles fixes importantes et que sa rémunération de praticien hospitalier est le seul revenu de son foyer ; le directeur du centre hospitalier refuse de la placer dans une position régulière en l'a réintégrant sur un emploi correspondant à des fonctions effectives, suite à la décision, datée du 31 mai 2023, par laquelle il a abrogé sa suspension d'urgence à titre conservatoire ; aucune mesure d'absence de service fait ne peut lui être imputable car son absence résulte du centre hospitalier des Pyrénées qui l'a maintient dans une situation illégale et dans une situation d'inactivité forcée ; l'administration a décidé de suspendre le versement de sa rémunération en dehors de tout cadre légal ce qui l'empêche de cotiser pour sa retraite ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision par laquelle le directeur du centre hospitalier des Pyrénées a refusé de satisfaire sa demande du 25 août 2023 à la suite de l'abrogation de la décision de suspension d'urgence à titre conservatoire et qui pour effet de suspendre sa rémunération, n'est pas motivée ;
- le directeur du centre hospitalier des Pyrénées ne peut légalement refuser de l'affecter dans un délai raisonnable sur un emploi correspondant à des fonctions effectives ;
- alors que l'absence de service fait ne résulte pas de son fait mais de la faute de l'administration cette décision est entachée, d'incompétence, d'erreur manifeste d'appréciation, d'erreur de droit, d'erreur de fait et de détournement de pouvoir dans un contexte d'agissements qui peuvent être qualifiés de harcèlement ;
- cette décision qui a pour effet de la priver de sa rémunération revêt le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2023 et une pièce complémentaire enregistrée le 21 novembre 2023, le centre hospitalier des Pyrénées, représenté par Me Lantero, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et à ce que soit mis à la charge de Mme D une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sur l'irrecevabilité de la requête, elle oppose deux fins de non-recevoir tirées de ce que le silence gardé sur cette demande n'est pas de nature à faire naître une décision susceptible de recours, car elle est purement confirmative de trois autres demandes et de la tardiveté de la demande au motif que les arguments de la requête sont dirigés contre la décision du 31 mai 2023 abrogeant la suspension dont le délai pour la contester expirait le 22 septembre 2023 ;
- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que la requérante est à l'origine de la situation d'urgence dont elle se prévaut : en effet, la suspension de traitement a été prise le 31 mai 2023 et elle disposait de deux mois à compter de cette décision (soit jusqu'au 31 juillet 2023) pour désigner un expert, faute de quoi, la décision indiquait qu'elle serait regardée comme " en absence de service fait " ; par une décision du 18 juillet 2023, la date d'exécution de cette décision a été repoussée au 30 septembre 2023 car le centre hospitalier avait été informé que le président du Tribunal judiciaire de Pau avait été saisi pour la troisième fois pour désigner un expert, la requérante ayant pour la troisième fois refusé de le faire ; dans un courrier du 12 octobre 2023, le centre hospitalier encourageait l'intéressée à régulariser sa situation au regard de son droit d'exercer la médecine, en lui indiquant que si elle se rendait à l'expertise, la décision du 31 mai deviendrait sans objet ; or la requérante s'est une nouvelle fois abstenue de se présenter à l'expertise ;
- en l'absence volontaire et persistante de désigner un expert, la requérante qui s'est placée en absence de service fait ne peut se prévaloir d'aucun préjudice financier ;
- une décision implicite n'est pas entachée d'un vice de forme du seul fait qu'elle n'est pas assortie d'une motivation en vertu de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- les moyens dirigés en réalité contre la décision du 31 mai 2023 portant abrogation de suspension sont inopérants à l'encontre du refus implicite d'affectation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Madelaigue, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu la requête enregistrée le 6 novembre 2023 sous le n° 232853 par laquelle Mme D demande l'annulation de la décision implicite de rejet née le 29 octobre 2023.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 21 novembre 2023 à 10h00, ont été entendus :
- le rapport de Mme Madelaigue, juge des référés ;
- les observations de Me Lantero, représentant le centre hospitalier des Pyrénées, qui a développé les moyens soulevés dans ses écritures ;
- les observations de Mme A, directrice adjointe des affaires médicales du centre hospitalier.
- Mme D n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, praticien hospitalier, a été affectée le 11 août 2017 au centre hospitalier des Pyrénées de Pau. Par un courrier en date du 25 août 2023, Mme D a demandé au directeur du centre hospitalier des Pyrénées de la réintégrer sur des fonctions effectives, eu égard à la décision du 31 mai 2023 par laquelle le centre hospitalier a décidé d'abroger la décision de suspension d'urgence à titre conservatoire édictée le 30 novembre 2021. Par la présente requête, Mme D demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite née du silence gardé par le centre hospitalier.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". L'article R. 522-1 de ce code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. Il ressort des pièces du dossier qu'en septembre et octobre 2019 le Conseil régional de l'Ordre des médecins (CROM) a été saisi de la situation de Mme D par le conseil départemental de l'Ordre des médecins des Pyrénées-Atlantiques et le directeur général de l'ARS, sur le fondement des dispositions de l'article R 4124-3 du code de la santé publique, pour qu'il se prononce sur une suspension temporaire du droit d'exercer la médecine en raison d'un " état pathologique rendant dangereux l'exercice de la profession ". Mme D n'ayant jamais désigné d'expert dans les conditions fixées à l'article R. 4124-3-4 du code de la santé publique, il appartenait au CROM de solliciter la désignation de l'expert en principe désigné par le praticien, auprès du président du tribunal judiciaire. Mme D ne s'étant pas présentée aux opérations d'expertise, les experts ont rendu un rapport de carence, et la formation restreinte du CNOM a suspendu Mme D du droit d'exercer la médecine pour trois mois, par une décision du 16 mars 2021, la reprise d'activité étant subordonnée au résultat d'une expertise dont Mme D devait solliciter l'organisation auprès de la formation restreinte du CROM. Parallèlement, par jugement n° 1900315 du 28 septembre 2021, le tribunal administratif de Pau a annulé une décision du 15 janvier 2019 par laquelle le directeur du centre hospitalier avait prononcé la suspension d'urgence de la requérante de ses activités cliniques et thérapeutiques, dans l'attente que le comité médical se prononce sur son aptitude à l'exercice de ses fonctions de praticien hospitalier et ordonné sa réintégration. Compte tenu de la décision du CNOM du 16 mars 2021, sur le fondement de l'article L 6143-7 du code de la santé publique, le centre hospitalier a alors pris une décision de suspension des activités cliniques et thérapeutiques maintenant cette dernière en suspension du droit d'exercer la médecine dans l'attente d'une expertise tout en conservant son plein traitement le 30 novembre 2021. Le 17 mars 2023, le CROM a repris une décision de suspension temporaire pour " présomption d'infirmité ou d'état pathologique rendant dangereux l'exercice de la profession ", pour laquelle Mme D s'est de nouveau abstenue de désigner un expert, rendant nécessaire la saisine du président du tribunal judiciaire de Pau. Mme D ne s'étant pas rendue à la convocation, les experts ont de nouveau établi un rapport de carence. Enfin, le 31 mai 2023, le directeur du centre hospitalier a abrogé la suspension " conservatoire et temporaire " de Mme D, lui rappelant qu'il n'existait pas de fonctions support au sein de l'établissement pour l'exercice de fonction " non cliniques " et précisant qu'en l'absence de désignation d'un expert pour régulariser sa situation ordinale dans un délai de deux mois, elle serait regardée comme se plaçant volontairement en absence de service fait, et que son traitement serait suspendu.
4. A supposer même que la condition d'urgence soit remplie, en l'état de l'instruction, aucun des moyens visés ci-dessus dont la requérante fait état tirés du défaut de motivation, de l'erreur de droit du refus de l'affecter dans un délai raisonnable sur un emploi correspondant à des fonctions effectives revêtant le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée, de la faute de l'administration entachant cette décision d'incompétence, d'erreur manifeste d'appréciation, d'erreur de droit, d'erreur de fait et de détournement de pouvoir, n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision née du silence gardé par le centre hospitalier sur sa demande du 25 août 2023 de la réintégrer sur des fonctions effectives au centre hospitalier des Pyrénées.
5. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requérante aux fins de suspension de l'exécution de cette décision et, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier des Pyrénées, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont Mme D demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme D une somme de 800 euros à verser au centre hospitalier des Pyrénées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Mme D versera une somme de 800 euros au centre hospitalier des Pyrénées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D et au centre hospitalier des Pyrénées.
Fait à Pau, le 23 novembre 2023.
La juge des référés,
Signé
F. MADELAIGUE La greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026