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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2302855

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2302855

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2302855
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMASSOU DIT LABAQUERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Massou dit D, demande au magistrat désigné d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Il soutient que :

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation dans la mesure où son retour en Algérie l'expose à un risque pour sa sécurité en raison de son militantisme pour la cause kabyle ;

- il a travaillé comme installateur de la fibre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2023, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Réaut en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 novembre 2023 à 15 h :

- le rapport de Mme Réaut, magistrate désignée,

- les observations de Me Massou dit D, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en insistant sur le fait qu'un retour en Algérie lui serait préjudiciable.

En l'absence du préfet de la Charente-Maritime et de tout représentant.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à16 h.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 29 janvier 1982 à Mekla (Algérie), de nationalité algérienne, est entré en France le 23 mars 2017 sous couvert d'un passeport algérien valable jusqu'au 21 décembre 2024, revêtu d'un visa de court séjour valable jusqu'au 19 avril 2017. Domicilié en dernier lieu à La Rochelle, il fut appréhendé le 6 juillet 2021 et placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête de flagrant délit de tentative de meurtre. Une première mesure d'éloignement prise à son encontre le même jour n'a pas été inexécutée. La demande d'asile qu'il a présentée le 17 janvier 2022 a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 avril 2022 considérant qu'aucun élément n'établissait qu'il serait victime de persécutions de la part des autorités algériennes. A la suite de son interpellation du 2 novembre 2023, pour des faits de violences aggravées sur sa compagne, le préfet de la Charente-Maritime a décidé, par arrêté du 4 novembre 2023 de l'éloigner sans délai à destination de l'Algérie et de lui interdire tout retour en France durant trois ans. Par un arrêté du même jour, la même autorité a décidé de le placer en rétention administrative. Il a été placé au centre de rétention d'Hendaye où son maintien a été prolongé pour une durée de trente jours par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bayonne du 7 novembre 2023. Par la présente requête, il demande au magistrat désigné d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2023.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est présent en France seulement depuis 2017 et s'il dit être hébergé chez sa compagne depuis une date indéterminée, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir ni à démontrer la stabilité et l'intensité des relations personnelles qu'il entretient avec elle tandis qu'il a été interpellé à plusieurs reprises pour des faits de violence commis à son encontre sur le fondement desquels le préfet de la Charente-Maritime a considéré que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Dans la mesure où le requérant ne conteste pas la nature ni la gravité des faits de violence retenus pour fonder la mesure d'éloignement, c'est sans erreur de droit ni erreur d'appréciation que ce préfet a décidé de l'éloigner du territoire français.

4. En deuxième lieu, si M. B soutient qu'il a travaillé en qualité d'agent polyvalent pour installer la fibre, il n'allègue ni n'établit avoir déposé et obtenu un titre de séjour mention " salarié " relevant de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui aurait fait obstacle à la mesure d'éloignement en litige.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B n'apporte aucun élément de nature à justifier d'une vie sociale, personnelle et familiale en France d'une stabilité et d'une intensité telle que son éloignement du territoire national caractériserait une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées.

7. En dernier lieu, en se bornant à alléguer qu'un retour en Algérie est de nature à l'exposer à des risques pour sa sécurité et sa personne en raison de son activité militante en faveur des kabyles, sans apporter le moindre élément de nature à étayer cet argument, M. B ne peut sérieusement soutenir que le préfet de la Charente-Maritime a méconnu les stipulations aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement sont rejetées. Il en est de même des conclusions dirigées contre les autres décisions dont l'obligation de quitter le territoire est assortie, au soutien desquelles aucun moyen n'est présenté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Charente-Maritime.

Fait à Pau le 9 novembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

V. REAUT

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière :

Signé

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