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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2303020

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2303020

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2303020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre des référés
Avocat requérantJACQUES-HUREAUX GHISLAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2023, M. E C et Mme D A, épouse C, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 8 novembre 2023, reçue le 14 novembre 2023 par laquelle le directeur des services départementaux de l'éducation nationale des Landes les a mis en demeure de scolariser leurs enfants dans un établissement d'enseignement secondaire public ou privé au moins jusqu'à la fin de l'année scolaire 2023-2024 dans un délai de quinze jours, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence doit être regardée comme remplie dès lors que la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation de leurs enfants qui ont entamé leurs cours par correspondance depuis trois mois et qu'il serait préjudiciable au bon déroulé de leur scolarité de les obliger dans un délai de 15 jours à rejoindre en cours d'année une école qu'ils ne connaissent pas, ce qui au surplus serait irréaliste ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision dès lors que :

- le motif sur lequel se fonde la décision attaquée est erroné car ils ont bien adressé aux services de l'éducation nationale les demandes d'autorisation d'instruction en famille pour tous leurs enfants en élaborant les dossiers de "demande d'autorisation de plein droit" en temps et en heure ;

- leurs enfants sont inscrits en établissement privé par correspondance et non en IEF ;

- la prohibition du droit à l'instruction en famille en restreignant drastiquement les conditions dans lesquelles il pourrait être accordé, de surcroit par une autorité administrative, serait inconstitutionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2023, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- aucun moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 24 novembre 2023 sous le numéro 2303019 par laquelle M. et Mme C demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n°2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Madelaigue, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 6 décembre 2023 à 15h30, ont été entendus :

- le rapport de Mme Madelaigue, juge des référés ;

- les observations de Me Jacques-Hureaux qui développe les moyens soulevés dans les écritures ;

- les observations de Mme C qui insiste sur l'atteinte au bon déroulé de la scolarité de ses enfants dans le fait de rejoindre en cours d'année une école qu'ils ne connaissent pas et sur les difficultés de la mise en œuvre d'une telle inscription alors qu'il n'y a pas de ramassage scolaire ;

- les observations de M. Delcroix, secrétaire général de la direction des services départementaux de l'éducation nationale des Pyrénées-Atlantiques qui reprend les moyens développés dans les écritures en défense.

La clôture de l'instruction est différée jusqu'à la date, au plus tard, du 21 décembre 2023 à 12 heures pour permettre aux parties de faire connaître leur acceptation pour participer à un processus de médiation.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. et Mme C demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 8 novembre 2023, par laquelle le directeur des services départementaux de l'éducation nationale des Landes les a mis en demeure de scolariser leurs enfants dans un établissement d'enseignement secondaire public ou privé au moins jusqu'à la fin de l'année scolaire 2023-2024 dans un délai de quinze jours au motif qu'aucune demande d'autorisation d'instruction en famille pour leurs sept enfants en âge d'être scolarisé n'était parvenue dans les services conformément à la loi n°2021-1109 du 24 août 2021.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. D'autre part, l'article L. 213-1 du code de justice administrative dispose que : " La médiation () s'entend de tout processus structuré, quelle qu'en soit la dénomination, par lequel deux ou plusieurs parties tentent de parvenir à un accord en vue de la résolution amiable de leurs différends, avec l'aide d'un tiers, le médiateur, choisi par elles ou désigné, avec leur accord, par la juridiction ". Et selon l'article L. 213-7 du même code : " Lorsqu'un tribunal administratif ou une cour administrative d'appel est saisi d'un litige, le président de la formation de jugement peut, après avoir obtenu l'accord des parties, ordonner une médiation pour tenter de parvenir à un accord entre celles-ci ".". Enfin, aux termes de l'article R. 213-5 du même code : " Lorsque le juge estime que le litige dont il est saisi est susceptible de trouver une issue amiable, il peut à tout moment proposer une médiation. Il fixe aux parties un délai pour répondre à cette proposition ".

4. Après avoir entendu M. et Mme C lors de l'audience publique qui ont notamment produit les dossiers de "demande d'autorisation de plein droit" qu'ils avaient élaborés pour chacun de leurs enfants afin d'obtenir une autorisation d'instruction en famille, mais dont les services départementaux de l'éducation nationale n'ont pas été destinataires, il est apparu impératif de proposer aux parties l'entrée dans un processus de médiation et qu'un entretien soit organisé entre elles, afin de présenter de nouveau les demandes d'autorisation d'instruction en famille pour leurs sept enfants en âge d'être scolarisés et de tenter de parvenir à la résolution amiable de leurs différends, avec l'aide d'un tiers.

5. Dans ces conditions, le litige tel qu'il est soumis au juge des référés étant susceptible de trouver une issue amiable dans des délais raisonnables et compatibles avec les dispositions régissant les référés de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, il y a lieu, de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme C, tous droits moyens et conclusions étant réservés, le temps de recueillir l'accords de parties pour entrer en médiation, puis la médiation.

ORDONNE :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la présente requête, le temps des opérations de médiation.

Article 2 : Tous droits, moyens et conclusions sur lesquels il n'est pas statué par la présente ordonnance sont expressément réservés.

Article 3 : Une proposition d'entrer en médiation sera adressée aux parties.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme E C et à la rectrice de l'académie de Bordeaux.

Fait à Pau, le 15 décembre 2023.

La juge des référés,

Signé

F MADELAIGUE La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

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