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Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2303104

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2303104
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSCP AVOCAGIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er décembre 2023 et 7 mai 2025, le syndicat des copropriétaires de la Résidence Hausquette Bâtiments D - E, représenté par Me Astabie, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°)
de condamner la communauté d’agglomération du Pays Basque à réaliser les travaux de reprise des désordres relatifs à l’étanchéité de la dalle haute du parking souterrain de la résidence au niveau du cadran solaire et du local deux-roues ainsi qu’à la dégradation progressive des dalles en périphérie des bâtiments D et E de cette résidence, dans un délai de dix mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de condamner la communauté d’agglomération du Pays Basque à lui verser une somme de 150 euros par mois à compter du 8 avril 2011 et jusqu’à la parfaite exécution des travaux de reprise des désordres, et une somme totale de 103 156,36 euros au titre des préjudices qu’il estime avoir subis en raison de ces derniers ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d’agglomération du Pays Basque une somme de 7 000 euros au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- dans le cadre d’un marché public de travaux, la communauté d’agglomération du Pays Basque a fait réaliser une esplanade en dallage orné d’un cadran solaire sur le parvis des bâtiments D et E de la résidence Hausquette et au‑dessus du parking souterrain de ceux-ci ;
- la communauté d’agglomération du Pays Basque est propriétaire du parvis et de son réseau d’évacuation des eaux pluviales, qui constituent des ouvrages publics ; en outre, elle avait la qualité de maître d’œuvre des travaux publics dans le cadre de la construction de l’esplanade ;
- les vices de construction de cet ouvrage sont à l’origine d’infiltrations dans le parking souterrain de la résidence au niveau du cadran solaire (désordre n° 1) et du local deux-roues (désordre n° 2) et d’une dégradation progressive des dalles en périphérie des bâtiments (désordre n° 21), engageant la responsabilité de la communauté d’agglomération pour défaut d’entretien normal de l’ouvrage, l’inaction de la communauté d’agglomération ayant aggravé les désordres ;
- en raison de l’abstention fautive de la communauté d’agglomération à réaliser les travaux préconisés par l’expert, il doit être enjoint à celle-ci d’effectuer les travaux de reprise ;
- les désordres litigieux lui ont causé des préjudices qui doivent être évalués comme suit :
• 2 130,75 euros toutes taxes comprises au titre des frais de vidange ;
• 150 euros par mois à compter du 8 avril 2011 et jusqu’à parfaite exécution des travaux de reprise au titre du préjudice de jouissance ;
• 101 025,61 euros au titre des frais d’expertise.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 septembre 2024 et 19 septembre 2025, la communauté d’agglomération du Pays Basque, représentée par la SELARL Tortigue-Petit-Sornique-Ribeton, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d’une somme de 7 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, et, à titre subsidiaire, à la condamnation de la société Eurovia Aquitaine à la garantir des condamnations prononcées à son encontre relatives au désordre affectant les dalles, au préjudice de jouissance et aux dépens, et à ce que soit mise à la charge de cette même société une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- le désordre n° 1 est uniquement imputable aux travaux de construction de la résidence Hausquette par la SCI Hausquette I, qui incluent la réalisation de la couche d’étanchéité supportant l’esplanade, et non à la réalisation de cette dernière par la communauté d’agglomération ;
- le désordre n° 2 est uniquement imputable à un défaut d’entretien des canalisations par le syndicat des copropriétaires, la communauté d’agglomération n’ayant pas réalisé de travaux dans ce volume ;
- le désordre n° 21 est uniquement imputable à la décision prise, dans le cadre des travaux de construction sous la maîtrise d’ouvrage de la SCI Hausquette I, de remplacer la pose de caniveaux grille par des dallettes de béton ;
- elle n’est pas propriétaire des ouvrages dont il lui est demandé la reprise mais uniquement du dallage surplombant le parvis ;
- la société Eurovia Aquitaine devra la garantir des éventuelles condamnations prononcées à son encontre relatives au désordre n° 21, au préjudice de jouissance et aux dépens dès lors que cette entreprise était titulaire du lot de terrassement, revêtement et assainissement du marché de réalisation du dallage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2025, la société Eurovia Aquitaine, représentée par Me Coronat, conclut, à titre principal, au rejet des conclusions à fin d’appel en garantie présentées à son encontre, à titre subsidiaire, au rejet des conclusions de la requête tendant à la réalisation de travaux de reprise et à l’indemnisation du préjudice de jouissance et à ce que la somme allouée au titre des frais d’expertise soit limitée à 4 810,74 euros, à titre infiniment subsidiaire, à la condamnation de la communauté d’agglomération du Pays Basque et du requérant à la garantir à hauteur de 50 % de toute condamnation prononcée à son encontre et à la mise à la charge de toute partie succombante d’une somme de 10 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- à titre principal, sa responsabilité décennale ne peut être engagée en raison des dommages causés aux immeubles tiers par les désordres affectant l’ouvrage faisant l’objet du marché public ;
- l’intervention du décompte général et définitif fait obstacle à l’appel en garantie du maître de l’ouvrage à l’encontre des constructeurs ;
- à titre subsidiaire, le principe d’intangibilité de l’ouvrage public fait obstacle à une réparation en nature du dommage, en l’absence de voie de fait ;
- le juge ne peut condamner une personne publique à verser une indemnité mensuelle jusqu’à exécution des travaux ;
- elle ne peut être condamnée qu’au paiement d’une fraction des frais d’expertise, dès lors que sa responsabilité n’est mise en cause que pour l’un des désordres faisant l’objet du rapport ;
- à titre infiniment subsidiaire, elle est fondée à appeler la communauté d’agglomération du Pays Basque à la garantir à hauteur de 50 % des condamnations prononcées à son encontre dès lors que le désordre n° 21 a pour origine une conception défectueuse ;
- le syndicat des copropriétaires requérant a commis une faute exonératoire de 50 % de sa responsabilité dès lors que le désordre est également imputable à des malfaçons affectant les immeubles de la résidence.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de ce que la responsabilité sans faute de la communauté d’agglomération du Pays Basque était susceptible d’être engagée envers le syndicat des copropriétaires de la Résidence Hausquette – Bâtiments D – E, au titre des dommages résultants des désordres nos 1 et 2 dès lors que le syndicat a la qualité de tiers, et non d’usager, de l’ouvrage public en cause.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Becirspahic, conseillère,
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,
- les observations de Me Arbeletche, substituant Me Astabie, avocat du syndicat,
- et les observations de Me Troalen, substituant Me Coronat, avocat de la société Eurovia Aquitaine.


Considérant ce qui suit :

1. La SCI Hausquette I a fait réaliser, entre 2009 et 2012, un ensemble immobilier situé à Anglet, vendu par lots en l’état futur d’achèvement. Le syndicat des copropriétaires de la Résidence Hausquette Bâtiments D – E, constitué par les acquéreurs des bâtiments éponymes, a reçu livraison de ceux-ci le 8 avril 2011 et la réception avec réserves a été prononcée le 31 mars 2012. Concomitamment à ces travaux, la communauté d’agglomération Bayonne‑Anglet-Biarritz a fait réaliser, sur l’esplanade des bâtiments D et E recouvrant le parking souterrain de ceux-ci, en qualité de maître d’ouvrage et dans le cadre d’un marché public de travaux, un dallage orné d’un cadran solaire. Le lot n° 1 de ce marché, relatif aux terrassements, revêtements et assainissements de surface, a été confié, par acte d’engagement du 21 mai 2008, au groupement rassemblant les sociétés Eurovia Aquitaine et Appia Sud Aquitaine.

2. Se prévalant de divers désordres affectant l’ensemble immobilier, le syndicat des copropriétaires de la Résidence Hausquette Bâtiments D – E a assigné la SCI Hausquette I devant le tribunal de Bayonne le 18 novembre 2011 en vue de la réalisation d’une expertise, demande à laquelle il a été fait droit par une ordonnance du 11 janvier 2012. Par une ordonnance du 15 janvier 2013, les opérations d’expertise ont été étendues à la communauté d’agglomération Côte Basque-Adour, anciennement la communauté d’agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz et, par une ordonnance du 12 mai 2015, à la société Eurovia Aquitaine. Par assignations intervenues en juillet et août 2020, le syndicat a notamment attrait devant le tribunal judiciaire de Bayonne la communauté d’agglomération du Pays Basque, venant aux droits de la communauté d’agglomération Côte Basque-Adour et la société Eurovia Aquitaine, aux fins d’indemnisation de divers désordres affectant les bâtiments D et E, relatifs notamment à l’étanchéité de la dalle haute du parking souterrain au niveau du cadran solaire et du local deux-roues et à la dégradation progressive des dalles en périphérie des bâtiments. L’expert a remis son rapport le 26 juillet 2021. Par une ordonnance du 9 mars 2023, le juge de la mise en état du tribunal judiciaire de Bayonne a déclaré le tribunal judiciaire incompétent pour connaître des conclusions résultant du marché public de travaux réalisé sous la maîtrise d’ouvrage de la communauté d’agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz. Le 4 août 2023, le syndicat des copropriétaires de la Résidence Hausquette Bâtiments D – E a adressé une réclamation préalable indemnitaire à la communauté d’agglomération du Pays Basque, relative aux désordres sus-évoqués. Par une décision du 6 octobre 2023, ladite communauté d’agglomération a rejeté cette demande. Par sa requête, le syndicat des copropriétaires de la Résidence Hausquette Bâtiments D – E sollicite l’indemnisation de ses préjudices résultant, selon elle, des désordres nos 1, 2 et 21.

Sur les désordres n° 1 et 2 :

3. Il résulte de l’instruction qu’à compter de 2011, le parking des bâtiments D et E de la résidence Hausquette, situé sous l’esplanade ayant fait l’objet d’un aménagement réalisé sous maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre de la communauté d’agglomération Bayonne‑Anglet-Biarritz, a été l’objet d’infiltrations et d’inondations (désordre n° 1) au niveau des places de parkings n° 48 et 49 (sous-désordre n° 1), en périphérie de la cage d’escalier (sous-désordre n° 2), de la zone extérieure en pied d’escalier (sous‑désordre n° 3) ainsi qu’au niveau du reste du parking (sous-désordre n° 4). Ces mêmes infiltrations ont également engendré des dommages au niveau du local deux-roues (désordre n° 2).

En ce qui concerne le principe de responsabilité :

4. Le maître d’ouvrage est responsable, même en l’absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s’il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d’un cas de force majeure.
5. D’une part, ainsi que le fait valoir la communauté d’agglomération défenderesse, il résulte de l’instruction et plus particulièrement du rapport d’expertise qu’elle n’a fait réaliser, en qualité de maître de l’ouvrage, que la couche de béton armé finition désactivé constituant la couche supérieure du parvis des bâtiments D et E de la résidence Hausquette à l’aplomb du parking de celle-ci, les couches inférieures constituées par l’étanchéité et l’isolant ayant été réalisées sous la maîtrise d’ouvrage de la SCI Hausquette I. S’agissant de la couche de béton formant l’esplanade, il résulte de l’instruction que celle-ci, réalisée, ainsi qu’il a été dit, sous maîtrise d’ouvrage de la communauté d’agglomération Bayonne‑Anglet-Biarritz, qui fait partie de la voirie et est ouverte au public, constitue un ouvrage public. S’agissant des couches inférieures du parvis, réalisées sous maîtrise d’ouvrage de la SCI Hausquette I, celles-ci visent uniquement à assurer l’étanchéité et l’isolation du parking souterrain privatif. Par suite, faute de constituer un accessoire indispensable de l’ouvrage public que constitue l’esplanade, elles ne sauraient être regardées comme un ouvrage public.

6. Par ailleurs, il résulte de l’instruction que le parvis des bâtiments D et E de la résidence Hausquette comprend plusieurs regards, reliés à des canalisations traversant le parking souterrain de la résidence, ces équipements étant destinés à la collecte des eaux de pluie du parvis. Ces équipements, qui présentent un lien physique et fonctionnel avec ce même parvis, doivent ainsi être regardés comme des ouvrages publics, la circonstance, à la supposer même établie, qu’ils appartiennent en tout ou partie à des personnes privées, étant, à cet égard, indifférente.

7. D’autre part, si le syndicat des copropriétaires de la Résidence Hausquette Bâtiments D – E soutient qu’il doit être regardé comme usager des ouvrages publics constitués par le parvis et le réseau de collecte des eaux usées de la voirie, la seule circonstance que les bâtiments D et E soient riverains de ces ouvrages, dont certains traversent le parking de la résidence, n’est pas de nature à conférer au syndicat la qualité d’usager de ceux-ci. En revanche, il résulte de l’instruction que le syndicat des copropriétaires requérant a la qualité de tiers par rapport aux ouvrages auxquels il impute les dommages dont il se prévaut. Dans ces conditions, ainsi qu’il a été rappelé au point 4, il peut rechercher la responsabilité sans faute du maître d’ouvrage à raison des dommages causés par l’existence ou le fonctionnement des ouvrages publics que sont la couche de béton armé finition désactivé constituant la couche supérieure du parvis ainsi que les regards et canalisations destinés à l’évacuation des eaux pluviales de ce parvis.

En ce qui concerne la part de responsabilité incombant à la communauté d’agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz :

S’agissant du désordre n° 1 :

8. En premier lieu, il résulte de l’instruction, plus particulièrement du rapport d’expertise remis le 26 juillet 2021, que les problèmes d’infiltration dans le parking de la résidence au niveau des places 48 et 49 (sous‑désordre n° 1) ont pour origine l’absence d’isolation d’un fourreau infiltrant dans le bétostyrène coulé dans l’enceinte du cadran solaire, cette erreur de conception étant imputable, pour 80 %, à un constructeur du chantier réalisé sous la maîtrise d’ouvrage de la SCI Hausquette I et, pour 20 %, à la société Bernad, qui a procédé à la pose du cadran pour le compte de la communauté d’agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz. Il s’ensuit que la responsabilité de la communauté d’agglomération du Pays Basque, en sa qualité de maître de l’ouvrage, n’est engagée en raison de ce sous-désordre qu’à hauteur de 20 %.


9. En deuxième lieu, il résulte de l’instruction, plus particulièrement du rapport d’expertise, que les infiltrations en périphérie de la cage d’escalier (sous‑désordre n° 2) ont pour origine un défaut de coordination du chantier réalisé sous la maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre de la communauté d’agglomération, qui a conduit au coulage de banquettes directement sur l’étanchéité et contre les murets en élévation hors sol de la cage d’escalier, sans traitement préalable des relevés par l’étancheur qui est intervenu dans le cadre des travaux de construction privés de la résidence, la création de jardinières non cloisonnées et une pose de regards sur l’étanchéité sans drainage en partie basse. Il s’ensuit que la responsabilité de la communauté d’agglomération du Pays Basque, en sa qualité de maître de l’ouvrage, est intégralement engagée en raison ce sous-désordre.

10. En troisième lieu, il résulte de l’instruction, plus particulièrement du rapport d’expertise, que les inondations de la zone extérieure en pied d’escalier (sous-désordre n° 3) sont imputables à un défaut d’entretien de la canalisation, du caniveau et du relevage des eaux au niveau de l’entrée d’escalier du parking souterrain. Il ne résulte cependant pas de l’instruction que ces équipements ne seraient pas propres à la résidence et participeraient de la collecte des eaux pluviales de la voirie publique. Dans ces conditions, ce sous-désordre ne saurait être regardé comme procédant d’un dysfonctionnement d’un ouvrage public dont la communauté d’agglomération défenderesse aurait la maîtrise.

11. En quatrième et dernier lieu, il résulte de l’instruction, plus particulièrement des constatations de l’expert, que les inondations dans le reste du parking (sous-désordre n° 4) sont imputables à un défaut d’entretien des regards et canalisations destinés à la collecte des eaux pluviales du parvis. Si la communauté d’agglomération fait valoir qu’il appartenait au syndicat des copropriétaires de procéder à l’entretien de ces équipements, il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 6 que ceux-ci constituent un ouvrage public, de sorte qu’il n’appartenait qu’à la communauté d’agglomération défenderesse d’en assurer l’entretien. Par suite, la responsabilité de la communauté d’agglomération du Pays Basque, en sa qualité de maître de l’ouvrage, est intégralement engagée en raison de ce sous-désordre.

12. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 8 à 11, et alors qu’il ne résulte pas de l’instruction que le désordre n° 1 aurait été aggravé par l’inaction de la communauté d’agglomération défenderesse, la responsabilité de cette dernière est engagée, concernant ce désordre, et au regard de l’importance respective des sous-désordres qui le composent, à hauteur de 70 % des dommages résultant de ce désordre.

S’agissant du désordre n° 2 :

13. Il résulte du rapport d’expertise que le problème d’infiltration du parking au niveau du local deux-roues situé sous l’angle sud-ouest du parvis (désordre n° 2), et causant un endommagement de la porte du local, résulte d’un défaut d’entretien des équipements de collecte d’eaux pluviales sur la voirie, et notamment du regard et de la canalisation situés à l’aplomb du local, lesquels, ainsi qu’il a été dit, constituent un ouvrage public. Dans ces conditions, et alors qu’il ne résulte pas de l’instruction que ce désordre aurait été aggravé par l’inaction de la communauté d’agglomération défenderesse, la responsabilité de cette dernière est intégralement engagée à raison de celui-ci.




En ce qui concerne la réparation des préjudices :

S’agissant de la demande indemnitaire :

14. En premier lieu, il résulte du rapport d’expertise que les infiltrations dans le parking souterrain dans plusieurs zones identifiées au titre des désordres nos 1 et 2 ont nécessité une vidange de celui-ci à huit reprises en 2013, 2014 et 2021, pour un montant total de 2 130,75 euros toutes taxes comprises. Il sera fait une juste appréciation de la part respective des désordres nos 1 et 2 dans l’engagement de ces frais en les évaluant à 90 % pour le désordre n° 1 et 10 % pour le désordre n° 2. Par suite, et au regard de la part de responsabilité de la communauté d’agglomération dans la survenance du désordre n° 1, précisée au point 12, il y a lieu de mettre à la charge de la communauté d’agglomération du Pays Basque une somme de 1 342,37 euros au titre de ce chef de préjudice.

15. En deuxième lieu, les infiltrations identifiées au titre des désordres nos 1 et 2 ont ponctuellement, depuis 2011, rendues inaccessibles les zones concernées du parking, et ont notamment interdit l’usage de deux places de parking. Compte tenu de la part des responsabilités de la communauté d’agglomération défenderesse dans la survenance du désordre n° 1, précisée au point 12, et de l’importance respective des désordres n° 1 et 2, il sera fait une juste appréciation du préjudice de jouissance subi par le syndicat des copropriétaires jusqu’à la date du présent jugement en mettant à la charge de la communauté d’agglomération du Pays Basque une somme de 5 000 euros. En revanche, et alors qu’il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les inondations empêchant l’usage du parking ne présentent pas un caractère régulier, la persistance du préjudice de jouissance au-delà de la date du présent jugement ne présente qu’un caractère hypothétique. Par suite, les conclusions tendant à l’octroi d’une indemnisation au titre du préjudice de jouissance au-delà de cette date doivent être rejetées.

16. En troisième et dernier lieu, les frais et dépens qu'a définitivement supportés une personne en raison d'une instance judiciaire dans laquelle elle était partie, sont au nombre des préjudices dont elle peut obtenir réparation devant le juge administratif de la part de l'auteur du dommage, sauf dans le cas où ces frais et dépens sont supportés en raison d'une procédure qui n'a pas de lien de causalité directe avec le fait de cet auteur.

17. Le syndicat des copropriétaires soutient qu’il a engagé une somme de 101 025,61 euros, mise à sa charge au titre de l’expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal judiciaire de Bayonne, et produit, en ce sens, une ordonnance de taxation en date du 6 septembre 2021. Cependant, ce seul document n’établit pas que le syndicat des copropriétaires aurait définitivement supporté ces frais, qui concernent non seulement les investigations réalisées au titre des trois désordres dont il se prévaut dans le cadre de la présente instance, mais également celles relatives à dix-neuf autres désordres faisant l’objet d’une instance en cours devant le tribunal judiciaire de Bayonne. Dans ces conditions, les conclusions présentées au titre de ce chef de préjudice ne peuvent qu’être rejetées.

S’agissant de la demande d’injonction :

18. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution. Le juge ne peut pas faire droit à une demande tendant à ce qu’il soit enjoint à une personne publique de faire cesser les causes du dommage dont il est demandé réparation ou d’en pallier les effets si les conditions d’engagement de la responsabilité de cette personne, notamment l’existence d’un dommage qui doit perdurer au jour où il statue, ne sont pas réunies, et ne peut ainsi y faire droit s’il estime que le requérant ne subit aucun préjudice indemnisable résultant de ce dommage.

19. Il résulte de l’instruction qu’en l’absence de travaux de reprise, les désordres n° 1 et 2 perdurent à ce jour. S’agissant de la reprise, d’une part, du sous-désordre n° 4 du désordre n° 1 et, d’autre part, du désordre n° 2, celle-ci implique l’entretien des ouvrages publics de collecte des eaux pluviales du parvis, lequel incombe à la communauté d’agglomération défenderesse. Ainsi, en ne procédant pas à l’entretien de ces ouvrages et alors que les mesures nécessaires à l’entretien de ce réseau ne présentent pas un caractère manifestement disproportionné, la communauté d’agglomération défenderesse, en s’abstenant de réaliser de telles mesures, a commis une abstention fautive. En outre, aucun autre motif d’intérêt général ni droit des tiers ne s’oppose à ce qu’il soit enjoint à la communauté d’agglomération de procéder à cet entretien. Dans ces conditions, il y a lieu d’enjoindre à la communauté d’agglomération du Pays Basque, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder à l’entretien régulier des ouvrages publics de collecte des eaux pluviales de la voirie publique contribuant aux infiltrations constatées dans le parking de la résidence, tant qu’elle conservera la maîtrise de ceux-ci. En revanche, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte. S’agissant du surplus des désordres, il résulte de l’instruction, et plus précisément des conclusions du rapport d’expertise, que les travaux de nature à y mettre fin nécessitent la reprise presque complète du parvis, comprenant le dallage, l’étanchéité et une partie des réseaux électriques et de collecte des eaux pluviales. Il s’ensuit que ces travaux ne se limitent pas à la réfection des ouvrages publics constitués par le dallage et le réseau de collecte d’eaux pluviales qui en est l’accessoire, mais impliquent de façon concomitante et coordonnée la réfection des ouvrages privés constitués par les couches inférieures du parvis et réalisés sous la maîtrise d’ouvrage de la SCI Hausquette I. Dans ces conditions, et alors que la communauté d’agglomération du Pays Basque ne pouvait entreprendre de tels travaux de sa propre initiative, et n’a pas, par son inaction, fait obstacle à la réalisation des travaux de reprise incombant à la SCI Hausquette I, ladite communauté d’agglomération, en s’abstenant d’effectuer les travaux précités de reprise relatifs aux ouvrages publics en cause, n’a pas commis de faute.

Sur le désordre n° 21 :

20. Il résulte de l’instruction, notamment du rapport d’expertise, que les dallettes entourant l’esplanade et situées en bordure des bâtiments D et E de la résidence Hausquette sont sujettes à des fissures et ruptures. Si le syndicat des copropriétaires, qui n’est pas propriétaire de ces dalles, soutient qu’il subirait un dommage en ce que l’état de ces dallettes présenterait un risque de chute sur une zone très fréquentée en raison des habitations et commerces, la réalité de ce préjudice n’est pas établie par les pièces versées à l’instance, alors, au demeurant, que ces dallettes présentent une surface limitée et qu’il n’est fait état d’aucune chute effective au droit de celles-ci. Dans ces conditions, en l’absence de préjudice établi, le syndicat requérant n’est pas fondé à rechercher la responsabilité de la communauté d’agglomération du Pays Basque en raison du désordre n° 21. Par suite, les conclusions aux fins d’indemnisation et d’injonction qu’il présente à ce titre ne peuvent qu’être rejetées.

Sur l’appel en garantie :

21. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 8 à 11, la société Eurovia n’a commis aucune faute qui serait à l’origine de la survenance des désordres n° 1 et 2. Ainsi, la communauté d’agglomération du Pays Basque n’est pas fondée à appeler en garantie cette société au titre de ces désordres. Par ailleurs, s’agissant du désordre n° 21, ainsi qu’il vient d’être dit, la responsabilité de la communauté d’agglomération défenderesse ne saurait être engagée à raison de celui-ci. Il s’ensuit que les conclusions présentées par la communauté d’agglomération défenderesse tendant à ce que la société Eurovia la garantisse des condamnations prononcées à son encontre à raison de ce désordre doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du syndicat des copropriétaires, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme de la communauté d’agglomération du Pays Basque sollicite sur le fondement de ces dispositions. Par ailleurs, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la communauté d’agglomération une quelconque somme au titre des frais liés au litige et non compris dans les dépens.


D É C I D E :


Article 1er : La communauté d’agglomération du Pays Basque est condamnée à verser au syndicat des copropriétaires de la Résidence Hausquette Bâtiments D – E une somme de 6 342,37 euros toutes taxes comprises.

Article 2 : Il est enjoint à la communauté d’agglomération du Pays Basque de procéder à l’entretien régulier des ouvrages publics de collecte des eaux pluviales de la voirie publique contribuant aux infiltrations constatées dans le parking des bâtiments D et E de la résidence Hausquette, tant qu’elle conservera la maîtrise de ceux-ci, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.







Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de la Résidence Hausquette Bâtiments D – E, à la communauté d’agglomération du Pays Basque et à la société Eurovia Aquitaine.

Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Meunier-Garner, présidente,
Mme Aché, première conseillère,
Mme Becirspahic, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.


La rapporteure,



L. BECIRSPAHIC






La présidente,



M-O. MEUNIER-GARNER








L’assesseure la plus ancienne,



M. B...


Le président-rapporteur,



A. MARCHAND






L’assesseure la plus ancienne,



M. B...

La greffière,



M. A...

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière,